L’évolution ne se refuse pas, elle se gère
03/02/2013 - 10:53

L’évolution ne se refuse pas, elle se gère

"L’attaque n’est plus ce qu’elle était" ? Attirante interrogation. C’est sur ce thème que Joël Castany et le club de Leucate ont permis à un nombreux public de se joindre au débat que j’ai eu le plaisir d’animer avec la participation de Jo Maso et d’anciens joueurs. François Sangali, Philippe Fabre, Patrick Estève, Sébastien Buada aujourd’hui entraîneur à Narbonne, et Jean François Beltrand entraîneur à Carcassonne, apportèrent leur expertise.

Vidéo à l’appui il s’agissait bien de comparer le jeu d’hier et celui d’aujourd’hui à la fois dans les formes de jeu développées et dans la technicité en liaison avec l’évolution des règles.

Ce qui n’est pas comparable concerne le volume d’entraînement accordé aux joueurs dans le système professionnel d’aujourd’hui relativement à ceux de l’époque. Le temps et la place de la préparation physique sont particulièrement significatifs de cette évolution. La disponibilité des joueurs à plein temps a crée aujourd’hui des athlètes d’une autre dimension. Les déplacements et replacements tant offensifs que défensifs se font beaucoup plus vite dans les espaces de jeu et la puissance physique soumettent les corps à des impacts beaucoup plus répétitifs et consistants. Il est évident que cette dimension physique a eu une influence sur les comportements tactiques des joueurs. Ceux d’aujourd’hui privilégiant l’affrontement direct individuel, en utilisant cette puissance physique, là où avant était recherché l’évitement et la continuité par le jeu de passe. Assertion qui touche tous les postes.

Ce qui a certainement fait évoluer le jeu et en a modifié la forme globale concerne la distribution des joueurs dans les mouvements collectifs tant offensifs que défensifs.

Avant 97 -ce n’est pas si loin- les avants assuraient les phases de conquêtes et avaient pour mission de soutenir dans les mouvements collectifs les porteurs de balle successifs, ce qui permettait aux lignes arrières de se replacer à l’identique sur la largeur du terrain.

Ce jeu avait des exigences qui se réduisaient à celles que conférait le poste occupé. De fait, les tâches des uns et des autres étaient bien définies et forcement limitées à des comportements tactiques et techniques propres. Le rugby des avants était rarement, pour ne pas dire jamais celui des lignes arrière et vis versa.

Le jeu actuel a une tout autre articulation. La distribution du collectif se réalise par rapport à la proximité ou non du ballon et ce, quel que soit son poste. Il s’agit bien dans les mouvements collectifs développés de répondre au «principe d’utilité». Celui-ci s’inscrit dans une logique qui attribue à ceux qui sont prés du porteur de balle la dynamique de conservation, et à ceux qui sont plus loin d’adopter un replacement latéral et profond adéquat. Les uns et les autres (avants comme joueurs des lignes arrières) tous postes confondus, face à la variété et la mouvance des situations qui vont se présenter demandent aux joueurs actuels d’autres compétences tactiques et techniques et d’abord une lecture du jeu appropriée. Les habiletés demandées par ce jeu tactique où il s’agit dans les phases de mouvement de répondre juste et avec précision se transforment vite ce qui complexifie la lecture.

L’attaque d’hier a-t-elle vécu? En partie certes, mais pas de manière radicale. Le rugby moderne présente encore des caractéristiques tactiques et techniques qui impliquent les joueurs dans la forme de jeu déployé ou pénétrant dans lesquels les joueurs d’hier avec les compétences qui étaient les leurs seraient toujours à l’aise. L’esprit de jeu de l’époque qui s’imposait dans le jeu à la main à savoir la forme pénétrante pour les avants et le caractère collectif par le biais de la passe qui régentait cette forme, se révélerais, je le pense, encore efficace et certainement beaucoup plus que la forme pénétrante actuelle basée comme je l’ai signalé plus haut sur l’affrontement direct beaucoup plus individuel qui se termine régulièrement par le passage par le sol. De même, pour les lignes arrières, l’art du cadrage de l’adversaire dans le jeu de ligne était très précis contrairement au jeu actuel qui se dilue par des passes qui ne respectent pas toujours le rapport de temps et d’espace à disposition, ce qui créée devant la défense un jeu improductif.

Autant de réflexions qui ont émergé dans ce débat qui s’est poursuivi avec le public, bien sûr quelquefois un peu nostalgique. Mais l’évolution ne se refuse pas, elle se gère.

Pour conclure il me semble que l’on doit se situer aujourd’hui et ce sera vrai encore pour demain dans une contre culture qui va inverser les conceptions du jeu, les normes et valeurs de la culture d’hier, celle qui a un moment à été dominante mais qui le sera de moins en moins.

 
 
À ne pas manquer
  • Découvrez Le Mag Eurosport

    Parce que sport rime aussi avec Lifestyle, Culture et High-tech, Eurosport vous garde au top des tendances avec son nouveau site LeMag.

  • Le BUZZ Eurosport

    Pas de score ni de compte-rendu de match, mais des succès, des chutes, des classements, des filles sexy... Retrouvez ici l'actu décalée du sport !

  • Regardez Eurosport où vous voulez, quand vous voulez

    Avec Eurosport Player, vivez et revivez tous les grands événements sportifs sur vos écrans. Accédez en illimité aux chaînes Eurosport et aux contenus exclusifs, en Live et à la demande.

Suivre Eurosport.com
 
Sur Facebook
 
Sur Twitter
 
Sur Mobile
 
Google Plus