Villepreux: "Le projet doit rester la pierre angulaire"

Villepreux: "Le projet doit rester la pierre angulaire"
le 09/11/2012 à 15:10

En ce début de saison internationale, les objectifs du XV de France s’inscrivent à la fois dans le long terme et le court terme. Tout d’abord dans le présent, des "objectifs de résultats", à savoir gagner les trois matchs de la tournée automnale pour accéder à une place permettant d’entrer dans le Mondial 2015 à une place limitant les risques de tomber en poule sur un, voire deux adversaires, de qualité.

Pour ce faire, il s’agit bien de faire face à trois défis non dérisoires. Au classement IRB, l’Australie, placée en deuxième position, est la plus redoutable, les Argentins et Samoans occupant respectivement les huitième et dixième places, semblent, à priori, beaucoup plus abordables. Ceci pour dire qu’il aurait été sans doute préférable de se roder (mais le terme est-il approprié ?), d’abord contre les plus mal classés. Rien de mieux que deux victoires pour à la fois engranger de la confiance et pour mettre en place un jeu qui a eu du mal à émerger lors de la saison précédente.

Mais bon, pas le choix: le calendrier a imposé cette chronologie. Il faudra donc faire un premier tour de chauffe avec les Australiens sans avoir vraiment de repères pour aborder les "objectifs de performance" qui devraient être premiers car ils concernent la mise en place et œuvre du projet de jeu choisi et recherché. Pas évident puisque parmi les 23 joueurs choisis, il n’est pas sûr qu’entre pensionnaires incontournables, nouveaux et revenants, que le collectif tourne à plein régime et que les automatismes, pas toujours simples à mettre en place au niveau de l’équipe nationale, fonctionnent sans ratés. Mais tous les joueurs sélectionnés sont des habitués du haut niveau, ce qui logiquement devrait leur permettre de s’adapter vite et bien à tous les systèmes de jeu.

Le troisième objectif concerne les "objectifs de processus": comment créer, en quatre ans, le climat favorable à la performance pour amener avec le style de jeu choisi, l’organisation et la bonne communication pour que s’installe durablement organisation et coopération. Ceci demande de cadencer les différents objectifs et de les mesurer avec impartialité. Faut-il encore que ces objectifs apparaissent réalisables pour ceux qui, dans ces trois années préparatoires à la Coupe du Monde seront amenés, derrière le jeu choisi, à être partie prenante dans la mise en œuvre de cette dynamique à long terme. Logiquement, une telle dynamique devrait drainer des comportements partagés plus ou moins implicitement par l’ensemble des membres. C’est ce qui progressivement donnera du sens à l’engagement des uns et des autres, à la fois dans le projet de jeu et dans le projet sportif.

Trop souvent, les meilleurs projets sportifs et de jeu montrent leurs limites quand les objectifs de  résultats ne suivent pas. Les acteurs entrent dans une zone d’incertitude déstabilisante qui les amène à s’éloigner, de manière plus ou moins significative du rôle qui était le leur. Les meilleures stratégies de communication, et les explications les plus pertinentes n’y changent malheureusement rien. Chaque échec provoque une phase de déstabilisation qui est logiquement suivie d’une phase de reconstruction qui, elle-même, provoque forcément l’obligation d’acquisition d’autres compétences et des résistances qui vont avec.

Je suis convaincu que le  projet de jeu doit  rester de toute façon la pierre angulaire qui, quand il est bien compris et accepté, permet d’accepter et de comprendre tous les enjeux. C’est le projet de jeu qui doit être fédérateur. Accepté et validé dans le temps, il va mettre de l’ordre dans le système. Il permettra de faire face aux désordres en terme de conflits et résistances qui pourraient sournoisement surgir dans les moments critiques.

L’articulation entre les objectifs n’est pas simple. Le XV de France est aujourd’hui  plus que jamais confrontée à une obligation de résultats immédiats et tout en même temps à la mise en place d’un jeu (et pas n’importe lequel) qui vise à les obtenir. Mais, celui-ci ne se décrète pas, il se met en œuvre dans le temps à condition que le staff ne renie pas au premier accroc ses convictions et en même temps que les joueurs ne soient pas trop sensibles au poids des contraintes générées par l’environnement.