"Le XV de France me semble être sur la bonne voie"

"Le XV de France me semble être sur la bonne voie"
le 20/11/2012 à 11:48

Si l’on accepte que le jeu en mouvement et le volume du jeu produit par les Français contre l’Australie mais surtout contre l’Argentine relève d’un état d’esprit nouveau, on est bien alors obligé d’accepter que les risques que la mise en œuvre de ce rugby suscitent trop souvent des avis qui ne sont pas forcement recevables. En sachant rendre le jeu choisi efficace, les Bleus ont montré que ce rugby pouvait, y compris au plus haut niveau, avoir la place qui convient. Ces deux succès et la manière qui va avec (surtout le second) deviennent déterminants pour demain puisqu’il s’agira bien de préserver cet état d’esprit pour perfectionner la production actuelle afin de rendre encore plus opérante la compréhension de la richesse du jeu tactique développé par les Tricolores.

On sait en effet que l’action tactique, dans le cadre de la multiplicité et la variabilité des mouvements qui vont avec, s’inscrit dans une toujours plus précise interactivité entre le jeu du porteur de balle, appelons-le joueur décisionnel à l’instant T, et tout à la fois les autres joueurs partenaires mais aussi celui, par réactivité, des adversaires. C’est bien la qualité de ces interactions de l’un par rapport aux autres et des autres entre eux qu’il s’agit, si ce style de jeu est validé, de rendre encore plus performante.

Il y encore peu de temps, le jeu français dans sa construction collective dans les phases de mouvement ne s’est pas toujours réalisé adéquatement puisqu’il n’y avait pas forcement et justement concordance dans les actions des uns et des autres. Trop souvent, face à la réaction des opposants, la pensée tactique du porteur de balle et celle des partenaires engagés dans l’action ne manquait pas de nous interpeller. La mise en correspondance, à la vitesse du jeu des opérations mentales nécessaires pour assurer la continuité des phases de mouvements successifs dans les formes adéquates étaient me semble-t-il loin d’être au top. On dira que la logique de l’action individuelle n’était pas toujours bien corrélée à la logique de l’action tactique collective et vice versa.

La mise en œuvre d’un volume de jeu important implique le joueur et ses partenaires dans des situations variables, en tout cas jamais complètement identiques. Forcement, la même compréhension du jeu à faire à l’instant T grâce à la vitesse de reconnaissance de la situation influe sur l’efficacité du jeu du moment et sur celui à produire dans l’action successive (anticipation). Ce qui veut dire aussi qu’il s’agit pour ceux qui n’ont pas le ballon d’être capables dans le mouvement en cours, de se placer du point de vue du porteur de balle en comprenant sa décision, tout en apportant en même temps à celui-ci par son déplacement ou positionnement la communication utile.

S’engager dans ce jeu, c’est accroître la liberté d’initiative de chacun, sans pour autant faire n’importe quoi, mais c’est au contraire rendre possible la coordination des actions et ainsi rendre opérationnelle l’efficace coopération de tout le collectif. Coopérer dans l’action collective, c’est bien forcement "faire en commun". Les actions de chacun au sein du collectif s’ajustant les unes aux autres. Il y a partage sur ce que doit faire le porteur de balle et ce que chacun en conséquence doit faire ou modifier. Cela ne peut se réaliser que si les "références" à prendre dans la phase de mouvement en cours sont "communes" à tous. Une lecture du jeu commune qui est indispensable pour assurer l’équilibre utile dans la zone d’action du porteur de balle et dans les espaces de proximité ou plus lointain.

Ce qui est dit pour l’attaque s’applique pour la défense qui est un des facteurs clé du jeu moderne et les récupérations françaises lors des deux derniers matchs ont été suffisamment significatives et efficaces pour illustrer ce propos. Bien sûr, pour qu’il en soit ainsi, il faut que certains joueurs donne le "La" . Aujourd’hui, avec Michalak à la baguette, tout devient plus facile pour le reste de l’orchestre.

Le XV de France me semble être sur la bonne voie. Dans le volume du jeu produit, beaucoup d’enchaînements, d’actions, voire de phases, se sont joués avec justesse et en conséquence avec efficience. Tout, certes, n’est encore pas parfait, mais en restant sur ces bases avec conviction sans renier ce rugby dès le premier accroc, et il y en aura , les Bleus rentreront de plein pied dans la modernité d’un jeu qui ne sera pas seulement celui du mouvement mais ce type de jeu véhiculera un sens différent aux phases d’arrêt du mouvement du ballon (les phases de fixation) et aux phases statiques. A ce propos, il n’est pas si anecdotique que la première mêlée ait eu lieu à la 39e minute. Le jeu des deux équipes s’y prêtait ainsi que l’arbitre qui n’a eu aucun mal à gérer deux équipes qui avaient d’abord envie de "jouer" avant de faire des en-avant.