"Le jeu anglais est plus cohérent que celui des Sudistes"

"Le jeu anglais est plus cohérent que celui des Sudistes"
le 04/12/2012 à 12:08

La  tournée automnale a permis d’opposer les meilleures nations du monde et de se faire une idée des forces respectives et donc de la qualité du rugby dispensé par les uns et les autres. Chaque Coupe du Monde  installe un classement que la  saison successive dans les compétitions diverses ne valident pas forcement. A cela différentes raisons: pour certaines nations, le changement de staff, mais aussi l’essoufflement mental qui s’installe dans des collectifs un peu usés par les efforts concédés pour rester au top , dans la continuité de  la compétition majeure du rugby. La saison post-Mondial reste souvent une année qui permet de faire un état des lieux avec des dynamiques variées allant de préparation (voire de reconstruction) que de  recherche de résultats. Ceci, bien sûr, à des degrés différents selon les contextes. Les retrouvailles entre sudistes et européens ne manquaient donc pas d’intérêt pour évaluer le jeu et les potentialités des uns et des autres.

Comment appréhender  la victoire des anglais contre les Néo-Zélandais ? A priori, elle a de quoi surprendre puisque les Blacks, sans pour autant dégager une grande sérénité, avaient fait logiquement un sans faute respectivement en Ecosse, Italie et au pays de Galles. La victoire anglaise a donc de quoi surprendre, d’autant plus qu’elle survient après deux défaites,  pas forcément attendues, contre les Australiens et les Sud-Africains.

Mais ces deux résultats négatifs sont trompeurs. En effet, j’avais plutôt bien apprécié dans ces deux matchs les deux productions anglaises. La victoire n’aurait jamais dû leur échapper. Le jeu qu’ils ont développé s’est avéré beaucoup plus cohérent, ambitieux que celui de leurs adversaires du Sud. Un  rugby en  phase avec le jeu moderne dans lequel  il s’agit de ne pas être frileux pour entreprendre. Ce fut  le cas et il a été dommageable pour le rugby que le succès ne récompense pas les nombreuses initiatives prises. Ces initiatives, l’esprit qui va avec, les conduisent à produire un  jeu plus débridé, générant une activité adaptative qui n’a pas toujours été leur tasse de thé. Cependant, pour que ce jeu s’impose efficacement, la marge de perfectionnement est encore grande. Nul doute qu’il va leur falloir encore vivre souvent ces situations où il s’agit de répondre vite et bien à l’imprévu. Trop souvent, quand le porteur de balle a réalisé une percée significative au-delà du premier rideau défensif, les soutiens offensifs sont en retard. Il conviendra, pour ne plus "vendanger" quelques occasions qui  auraient mérité un meilleur sort d’accéder à une meilleure qualité de lecture du jeu, à la prédiction du jeu successif donc à la réactivité optimale qui va avec. Ce facteur de progression devient déterminant pour l’efficience du jeu anglais. Leur rugby en deviendra alors encore  plus redoutable.

Il est plutôt bien que la France et l’Angleterre aient choisi dans cette tournée automnale de défier les Sudistes par  un jeu entreprenant. Le prochain Tournoi n’en sera que plus captivant. Mais les Anglais, à Twickenham, rassurés par cette victoire ne seront pas une proie facile. Ils ne manqueront pas de persévérer, voir d’aller encore plus loin dans le jeu choisi.

Une défaite anglaise contre les Blacks aurait été acceptable mais elle aurait certainement, après les deux revers précédents, sérieusement remis en question le choix d’un tel jeu. Cette victoire et la manière confortent  joueurs et staff que c’est bien la bonne option.   On peut d’ores et déjà  les placer en concurrence directe avec les Français pour remporter le prochain tournoi. La victoire dans cette confrontation  pourrait bien s’assortir d’un grand chelem pour le vainqueur.

Les  Gallois auront bien du mal à revenir au niveau qui était le leur lors de la Coupe du Monde et du dernier Tournoi, mais ils ont le potentiel pour se refaire une santé. Seuls les Irlandais confiants dans les vertus de leur rugby me semblent être à même de se positionner comme arbitres du duel franco-anglais que tout le monde attend déjà.

Je ne miserai pas sur les Italiens, mais il faut reconnaître qu’ils se rapprochent un peu plus tous les jours de l’excellence des meilleurs équipes des 6 Nations. Plus que jamais, il s’agira, pour tous leurs adversaires, de se méfier de la douceur romaine.

En revanche l’Ecosse va de nouveau devoir reconstruire. Avec qui et comment ? Le départ d’Andy Robinson après la défaite contre le Tonga ne leur donnera  pas  pour autant la potion magique qui leur permettrait de rivaliser.

Un mot sur les Sud-Africains qui rentrent à la maison avec trois victoires sur leurs adversaires européens (Ecosse, Irlande , Angleterre). Fidèles à leur culture de jeu, ils ont gagné sans pour autant arriver  à faire évoluer leur rugby trop englué dans l’affrontement systématique. Un jeu où la seule surpuissance de ces joueurs près de la ligne de but adverse leur a permis de gagner les matchs au rabais. Dans le jeu tout terrain, l’affrontement individuel ayant des limites, l’utilisation excessive  du jeu au pied a masqué les carences offensives qui sont les leurs dans le jeu à la main. Des matchs gagnés petitement, mais  il n’y a pas, dit on, de petite victoire et sans aucun doute, les Springboks et leurs fans sauront s’en satisfaire.

L’Australie n’a, en revanche, pas convaincu, leur style de jeu maintenant parfaitement décodé par les adversaires, s’essouffle. Ils peuvent se satisfaire de trois victoires sur quatre matchs et croire ainsi que la défaite contre la France fait partie d’un accroc sans conséquence. A voir !