"Les jeunes Français pourront regretter de ne pas avoir su provoquer le jeu"

"Les jeunes Français pourront regretter de ne pas avoir su provoquer le jeu"
le 02/04/2013 à 15:55

La finale du championnat d’Europe des moins de 18 ans, opposant les Bleuets français aux Anglais, nous a gratifié d’un excellent match. La victoire est revenue à ceux qui, dès le début du match et dans la continuité, ont proposé un jeu collectif bien construit et bien articulé entre les lignes. Une construction collective, très "british", propre dans les lancements, mais suffisamment flexible pour laisser beaucoup de place à des initiatives individuelles particulièrement intéressantes. Ils déclenchèrent beaucoup de mouvements offensifs qui se développèrent sans blocage perturbateur sur tout le terrain, laissant ainsi peu de temps aux Français pour se rééquilibrer défensivement.

Ils inscrivirent deux essais en première période, plus un refusé qui semblait valable. A 14 -3 à la mi temps, on ne voyait pas comment les petits Bleus allaient faire face, d’autant qu’ils encaissaient, dès le coup d’envoi de la seconde mi-temps, un nouvel essai qui porta le score à 21-3. Face à ce rugby, les Français semblaient bien démunis. Le jeu qu’ils ont produit dans cette période manquait beaucoup trop d’ambition pour espérer entamer les certitudes et la dynamique de réussite acquises par leurs adversaires dans le jeu de mouvement.

Un contexte qui rappelait curieusement les prestations de leurs ainés lors du dernier Tournoi. La facilité de l’analyse aurait consisté à ce moment-là du match à mettre en avant pour expliquer les difficultés rencontrées la seule supériorité physique et athlétique des Anglais. Cela aurait été une erreur. Le staff ne s’y est pas trompé. Interviewé à la mi-temps, Philippe Boher n'en est pas resté à ce type d’analyse, préférant relever le manque d’ambition des jeunes Français pas prêts mentalement à relever le défi du jeu.

Face à l’incertitude occasionnée par le score, aller vers un autre scénario semblait difficile, mais pas impossible, puisque tout d’un coup, les Tricolores prirent leurs responsabilités, s’approprièrent le jeu et le placèrent sur des bases élevées. Ils accédèrent alors à un jeu d’équipe enthousiaste, conjonction d’intelligence individuelle et collective qui leur permit de marquer trois essais. En revenant à deux points de leurs adversaires, ils modifièrent complètement la psychologie du match et forcément la perception que les deux collectifs pouvaient en avoir à la mi-temps.

D’un coté, les Français se mirent à croire en la victoire et exploitèrent toute la richesse de leurs potentialités tactiques et techniques, celles qui justement ne s’étaient pas manifestées en première mi-temps. Le jeu offensif comme défensif en ont été transformés.

De l’autre, les jeunes Anglais ne recevant plus par le jeu au pied les munitions pour provoquer le jeu ont semblé soudainement plus empruntés et perméables en défense et par contrecoup… moins puissants.

Dommage ! Les Français pourront regretter de ne pas avoir su provoquer le jeu. Il est capital à cet âge béni pour se perfectionner, de vouloir engager comme l’ont fait leurs adversaires le défi du jeu dès le début du match.

Pour acquérir les compétences pour jouer efficacement en continuité, il faut d’abord en avoir l’intention et accepter de se confronter au désordre du jeu. La variabilité et les fluctuations des rapports de force et la vitesse du jeu amenant le collectif, avec les expériences acquises, à s’adapter de manière cohérence, donc de plus en référencée. L’organisation du collectif équipe se réalise alors… avec et contre… le désordre.

C’est quand le jeu de l’un devient le jeu de l’autre, dans les interactions provoquées, que s’exprime le mieux la richesse du jeu. Jouer de manière sécuritaire comme l’ont fait les Bleuets en début de match , c’est faire individuellement et collectivement peu de cas de son potentiel. C’est en tout cas une forme de fragilité mentale qui ne devrait pas s’imposer, mais malheureusement ce manque, dans le rugby français, ne touche pas seulement les plus jeunes.

Crédit photos: Moros