"Clermont, en grande équipe, est-il capable de rebondir ?"

"Clermont, en grande équipe, est-il capable de rebondir ?"
le 21/05/2013 à 13:11

Les Clermontois ne masqueront pas leurs regrets en visionnant encore et encore comment ils ont perdu cette finale. Passée la fébrilité des quinze premières minutes qui les contraint à réaliser une production plutôt approximative, le collectif auvergnat sut retrouver progressivement son rugby et les formes qui vont avec. Ils entrèrent enfin dans le match, ce qui leur permit avec plus d'intentions, en délaissant le jeu au pied, d’aller vers une meilleur maîtrise du ballon et de "l’avancée" avec pour conséquence l’occupation du camp adverse jusqu’à la mi-temps. En retrouvant leur jeu prioritaire et leurs meilleures armes tactiques, ils réussirent, bien guidés par leur leaders de jeu, à mettre en place et oeuvre le jeu en mouvement qu’ils affectionnent. Plusieurs occasions sur des avancées significatives se présentèrent (celle de Brock James, applatissant sur la ligne de ballon mort étant la plus nette). Mais les actions qui les amenèrent à cette domination et plusieurs fois près de la ligne adverse furent trop souvent entachées par l’indiscipline du joueur plaqué. Ils y perdirent à la fois l’avantage de l’occupation et de la pression qui va avec.


La discipline toulonnaise


Notons que ce type de pénalités en leur défaveur est surprenant. On sait que c’est l’équipe qui est dans une situation dynamique d’avancée qui se donne les meilleures chances en cas de plaquage de libérer la balle correctement et surtout que le joueur plaqué a tactiquement tout intérêt à le faire pour avoir une chance de préserver efficacement la continuité successive. Certainement aussi que dans ce match, le "bien jouer" des Toulonnais, contraint à la défensive, s’est remarquablement exprimé dans ce secteur du jeu. Même en fin de match en pleine domination auvergnate, les Rouge et Noir surent ne pas concéder la moindre faute, évitant ainsi la pénalité que beaucoup attendait. Le début de deuxième mi-temps avec la prise du score grâce à deux essais superbement réalisés pouvait laisser penser que la messe était dite. En ce sens, la transformation du deuxième complètement en coin aurait pu changer la donne. A 17-6, les Toulonnais auraient sans doute été obligés de changer de stratégie. A 15-6, rien n’était fait d’autant que Jonny Wilkinson réduisit l’écart à la 55e minute. Il n’y avait pas pour autant le feu au lac. Le match bascula curieusement suite à une situation "d’avantage" en faveur des Jaune. L’arbitre laissa le jeu se déplacer. En ne revenant pas à la pénalité, il força quand même indirectement les Asémistes à concéder un ruck. La récupération adverse qui s’ensuivit permit d’envoyer en une seule passe Armitage derrière la ligne et l’ASMCA en enfer.


 Jeu des pronostics


Effectivement après coup, si je n’avais pas vu le match et si j’avais dû m’en tenir aux statistiques, j’aurais parié sans hésitation sur une large victoire clermontoise. Mais en sport collectif, la théorie des probabilités est malmenée par le hasard et l’incertitude, surtout quand les adversaires sont de qualité, ce que personne ne saurait nier. Clermont, en grande équipe, est il capable de rebondir ? Toulon s’est-il placé psychologiquement idéalement pour accéder à une deuxième finale ? Dans les deux cas, j’aurai tendance à dire oui.


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Un petit mot et un grand bravo à Brive qui a su rapidement, en menant largement au score, ne pas entretenir le suspense. Pour cette finale qui ne consacrait pas un champion mais une montée dans notre élite nationale, le jeu n’a pas été restrictif et il a donné lieu de la part des deux équipes, contrairement au match décrit plus haut, à un nombre impressionnant de "turn over", conséquences d’imprécisions de lecture et de technique. Brive sut en profiter. Les corréziens ont certainement joué leur meilleur match de la saison mais cette performance est à situer depuis quelques temps dans l’élévation de leur niveau de jeu. Le staff technique a su faire franchir a chacun ses limites. Cette équipe de fin de championnat n’a rien a voir avec celle tâtonnante de début de saison. Le Limousin avait besoin que son équipe référence soit dans le Top 14. C’est chose faite et pour y exister, il faudra de nouveau savoir se dépasser.