“Les Français n’ont pas été calculateurs contre les Blues”

“Les Français n’ont pas été calculateurs contre les Blues”
le 13/06/2013 à 17:36

On entend souvent dire "quand on s’entraîne bien on joue bien" ce qui sous-entend que logiquement, la performance d’entraînement est reproductible dans la compétition. Les attentes des entraîneurs sont logiquement très axées sur cette préparation en espérant que ce travail produira une performance achevée en compétition.

Mais malheureusement, comme la compétition est toujours successive au travail réalisé à l’entraînement, la performance attendue garde son lot d’incertitudes. Le "bien jouer" à l’entraînement se met en place très souvent en simplifiant les contraintes, en facilitant la réussite ce qui d’une certaine manière, du moins on le croit, va permettre d’accéder à plus de confiance, tant individuelle que collective . On ôte, certes, un peu les angoisses grâce à des objectifs rassurants (plan de jeu) , mais on y oublie beaucoup que la performance est à réaliser dans toute la complexité que révèle la compétition elle même, et son environnement. Celle-ci n’est pas réductible en parties ou morceaux de jeu que l’on pourrait isoler et travailler. La situation de compétition est originale et forcément imprévisible, elle ne répond pas nécessairement à la mise en œuvre de tout ce que l’on avait prévu.

Quand cela ne marche pas, on est étonné de ne pas avoir de plan B et si on croit l’avoir, quand on le réalise, il n’est pas forcément efficace car il est le contre-pied du jeu précèdent. Chose qui n’est pas forcément rassurante car il s’appuie sur l’ échec précèdent, sur la défaillance du jeu prioritaire.

La compétition, source d’imprévisibilité, est un facteur clé dans la formation du joueur. Savoir faire face à cette imprévisibilité sous tous les aspects et formes qui s’imposent ou surgissent est une dimension de la formation trop souvent absente dans les formes d’entraînements où la tendance est d’oublier de travailler le jeu collectif. On ne sollicite pas suffisamment celui-ci à “l’art de vivre”  le jeu situationnel en utilisant les seules règles fondamentales du rugby , celles qui gèrent le mouvement des joueurs et du ballon, celles qui à la fois cloisonnent la liberté du joueur tout en la garantissant.

En ce sens, le match qualifié "d’amical" des Tricolores contre les Blues d’Auckland m’a paru intéressant à plusieurs titres. D’abord parce la victoire est toujours bonne à prendre, ensuite parce que les Français dans ce match n’ont pas été calculateurs. En se lâchant, et en entreprenant tout autant que leur adversaires, ils ont pu mesurer les limites actuelles de leur capacité à jouer efficacement et collectivement en mouvement. Les pertes de balles, imprécisions, voire erreurs dans les choix de jeu sont suffisamment significatives pour accepter de relativiser la victoire et de se pencher sur les vrais problèmes que rencontrent le rugby français quand il s’agit d’imposer un jeu résolument accès sur l’offensive, concept qui inclut bien sur les ballons récupérés à l’adversaire grâce à la défense.

Plus grave, si l’on regarde actuellement la Coupe du monde des moins de 20 ans , on peut faire le même constat et bien sur s’en inquiéter. Ce n’est pas l’arrivée chez  les Tricolores de joueurs venus d’ailleurs qui entraîneront cette métamorphose.

Ceci dit la prestation des Français dans le premier test n’en reste pas moins intéressante. Le deuxième ne va pas manquer d’intérêt et leur prestation nous permet d’être en droit d’attendre une performance de haut niveau des Bleus. Quand même un point d’interrogation. Elle concerne le jeu des All Blacks, à savoir leur capacité actuelle à ne pas concéder dans leur jeu d’attaque autant de ballons (24) que dans le premier test, étant entendu qu’un jeu plus précis de leur part compliquerait subitement la tache des Tricolores.