"Chaque collectif se reconstruit"

"Chaque collectif se reconstruit"
le 22/08/2013 à 09:26

A l’époque quand nous commencions une nouvelle saison, nous abordions celle-ci avec un sentiment d’appartenance à une région, à un club, à une équipe et forcément à une culture rugbystique. Cette appartenance nous permettait d’aborder le championnat sans grande incertitude, sur la valeur escomptée de notre collectif. En tout cas, nous étions rassurés puisqu’il nous semblait que l’on s’inscrivait dans la continuité de la précédente saison.Cette appartenance, aujourd’hui, a explosé. D’une année sur l’autre, sauf exception, chaque collectif se reconstruit. Avec un nouveau staff, avec un nouveau collectif, souvent avec les deux. L’enrichissement du potentiel recherché créant un climat concurrentiel que l’on connaissait peu il y a encore peu de temps. Une telle donnée tend logiquement à augmenter le degré d’exigence.

"Gagner vite, sinon l'exploit devient une contrainte"

Face à cette mouvance, il s’agit de faire en sorte dans un temps limité de vite créer les liens utiles, tactiques et relationnels, sur et en dehors du terrain afin d'aborder ce fameux premier match. Celui-ci, va de fait prendre une connotation particulière puisqu’il s’agit de gagner pour se rassurer . Pour conforter entre autres, l’opinion, les supporters et les médias. Sinon, pour les battus, les frémissements de premières tensions perturbatrices risquent de sourdre. Surtout si dans la foulée, le deuxième match est jugé à risque.

Dans ce championnat, plus compétitif chaque année et noyé dans des enjeux cruciaux, les premiers résultats sont essentiels. Les équipes se préparent toujours mieux. Il faut gagner de suite. Pourquoi? Tout simplement pour ne pas entrer dans la zone rouge et ne pas avoir à vivre un début de saison psychologiquement fragilisant. Et ce pour les joueurs et pour les entraîneurs. Gagner vite, sinon l'exploit devient une contrainte. A la longue, ce facteur peut se révéler déstabilisant.

"Le mal n'est pas dans la règle, mais dans l'esprit"

Dans le cadre de ce premier match du Top 14, aucun entraîneur, aucune équipe, ne pouvait se permettre de faire une impasse. Pouvait t-on s’attendre à un jeu spectaculaire ? Nous pouvions en rêver, mais l’obligation de résultats a pris le dessus. Dans la plupart des rencontres, nous avons été conviés, à défaut d’un jeu léché et bien construit, à un engagement dans l’affrontement, tant offensif que défensif d’une rare intensité. Préfigurant ce que seront les joutes futures. D’une certaine manière, cette intensité physique a assuré le spectacle. Un spectacle qui, sans ce facteur, aurait été collectivement parlant d’une rare indigence. Je pense entre autres, au match opposant Biarritz à Clermont, qui a donné lieu à un maximum d’erreurs tant individuelles que collectives.

Pour ne rien arranger, les arbitres, et c'est un peu inquiétant, ont été contestés dans bien des rencontres. En mêlée, les nouvelles directives sur l’engagement n‘ont pas vraiment modifié les comportements. Elles n’ont pas apporté aux arbitres la sérénité utile pour gérer cette phase sans avoir à trop pénaliser. Le mal n’est pas dans la règle mais dans l’esprit avec lequel les antagonistes comprennent et exploitent la mêlée. Avec ce nouveau règlement l’engagement n’a pas été supprimé mais modifié. Tant que les premières lignes considéreront que la mêlée commence à l’engagement et pas au moment de l’introduction, les tricheries perdureront. Malheureusement, une bonne mêlée n’est plus à ce jour évaluée sur la capacité à gagner le ballon pour une utilisation optimale. Les maux d’hier risquent de persister encore un certain temps...

Autre inquiétude: l’utilisation élargie du "vidéoman" menace de créer des situations litigieuses d’arbitrage qui risquent d'être sujettes à polémique. De plus, les temps morts ne manqueront pas de s'accumuler. Il y a un risque à vouloir en terme d’arbitrage tout rendre lisse. Bien sur que le règlement doit aider l’arbitre à la recherche de l'équité. Mais en lui donnant les moyens de vérifier, à posteriori, la validité d’un essai, dans toute la phase de jeu qui précède, on entre dans un engrenage. L'arbitre va ainsi y perdre un peu de son autonomie dans le cadre des possibilités d’interprétations du jeu qui lui était auparavant accordées.