Eurosport
 WTCC : Circuit Paul RicardRegarder 
 
 
 
"Surpris par les qualités techniques des Japonais"
04/06/2012 - 11:29

"Surpris par les qualités techniques des Japonais"

Je n’étais pas retourné au Japon depuis de nombreuses années. Invité par le club de Toshiba, qui est un des fleurons de la ligue professionnelle nippone, j’ai pu constater combien en si peu de temps, les progrès réalisés étaient étonnants.

La qualité des structures de jeu et la gestion très professionnelle de leur organisation tant administrative que sportive sont significatives d’une notable évolution comparativement à ce que j’avais pu connaitre précédemment. En effet, le rugby universitaire à l’époque entièrement amateur était la base essentielle de l’activité rugbystique dans ce pays.

L’implication économique des sociétés du monde financier japonais a grandement contribué à cette évolution. La professionnalisation sportive a progressivement aussi été apporté par des techniciens étrangers arrivés des nations les plus puissantes. Ils ont apporté leur savoir-faire  sur les bases de celles qui existent maintenant au plus haut niveau dans leur pays. De fait, le volume d’entrainement et les conditions de travail n’ont rien à envier à celles des meilleurs clubs européens. Bien sûr, la présence de joueurs étrangers est sensible, mais pas autant qu’en Europe d’une manière générale et surtout en France, puisque chaque club ne peut bénéficier que de quatre joueurs étrangers dont deux seulement sur la feuille de match. D’autre part, les joueurs japonais ne sont pas des professionnels à part entière, sauf rares exceptions. Chez Toshiba, ils sont salariés de l’entreprise. Celle-ci leur assure un emploi après leur carrière rugbystique. C’est une façon de les fidéliser. A la question de savoir pourquoi un tel investissement de ces sociétés ? Deux raisons, la visibilité pour l’entreprise et l’esprit de solidarité auprès des joueurs qui portent leurs couleurs.

L’organisation et l’ordre méticuleux qui régit tout le système sont étonnants mais pas surprenants. Ce pays n’a jamais renié sa culture d’origine, même si la modernité s’est installée sans bouleverser pour autant les valeurs traditionnelles qui restent bien ancrées.

Dans ce contexte, c’est plutôt facile d’entrainer une équipe avec des joueurs qui font preuve en même temps, de discipline et de disponibilité qui les amènent à répondre sans état d’âme au travail d’entrainement proposé, y compris quand celui-ci n’est pas totalement en adéquation avec ce qu’ils sont généralement habitués à faire. Un tel état d’esprit très ouvert est une chance pour un entraîneur. Mais curieusement, le partage sur le jeu et les formes de travail qui devraient logiquement s’instaurer avec l’entraîneur a du mal à s’instaurer. Le poids de la culture et de l’éducation bloque la relation. Il est en effet mal perçu de poser des questions puisque ce genre d’initiative laisserait penser que celui qui le fait n’a pas compris ce que l’on attend de lui.

Le danger, vu le poids de la culture hiérarchique de ce pays et les relations de pouvoir qu’elle impose, ce serait de voir les entraineurs déverser leur savoir en faisant exécuter des recettes qui enfermeraient beaucoup trop les joueurs dans un jeu très programmé et souvent inadapté à la variabilité des situations de jeu rencontrées. Ils serait dommage de les priver d’une richesse d’action que seule une formation valorisant la liberté d’initiative en développant une lecture du jeu, rapide, juste, générant des réponses adaptées et efficaces, pourrait leur apporter. Ce serait dommage. Soumis à un jeu trop structurant, les priverait de l’accès à un jeu plus adaptatif dans lequel, je me suis rendu compte en peu de temps, ils peuvent exceller très vite pour peu que les contenus d’entrainement les confronte à l’acquisition d’autres connaissances tactiques qui s’acquièrent dans le travail en opposition...    J’ai été surpris de leurs qualités techniques. Cette bonne technicité est mal exploitée car pas suffisamment en phase avec l’activité tactique, celle qui leur permettrait de donner plus de sens à l’action de jeu. L’action collective serait rapidement conçue autrement qu’en récitant des séries d’enchainements derrière des temps de jeu programmés. En plus, le physique de ces joueurs est loin d’être négligeable et leur engagement dans le combat ne se dément jamais.

Leur objectif, leur rêve, c’est d’accéder en 2019 aux ¼ de finale de la compétition mondiale qu’ils vont organiser. On peut leur faire confiance mais la réalisation de cette vision ambitieuse passera par le choix d’une démarche de  formation sensiblement différente, s’ils veulent accéder à un rugby enrichi et ainsi exploiter au mieux leurs potentialités physiques et mentales.

Encore un voyage que je ne vais pas regretter, même si je suis privé des deux demi-finales qui s’avèrent être particulièrement ouvertes.

 
 
À ne pas manquer
  • Découvrez Le Mag Eurosport

    Parce que sport rime aussi avec Lifestyle, Culture et High-tech, Eurosport vous garde au top des tendances avec son nouveau site LeMag.

  • Le BUZZ Eurosport

    Pas de score ni de compte-rendu de match, mais des succès, des chutes, des classements, des filles sexy... Retrouvez ici l'actu décalée du sport !

  • Regardez Eurosport où vous voulez, quand vous voulez

    Avec Eurosport Player, vivez et revivez tous les grands événements sportifs sur vos écrans. Accédez en illimité aux chaînes Eurosport et aux contenus exclusifs, en Live et à la demande.

Suivre Eurosport.com
 
Sur Facebook
 
Sur Twitter
 
Sur Mobile
 
Google Plus