Wayne Smith: “Le flair français est devenu un conte de fées”

Wayne Smith: “Le flair français est devenu un conte de fées”
le 21/02/2013 à 15:42

Intéressante réflexion concernant le jeu actuel des Français qui m'a été envoyée par l’ex-entraîneur des All Blacks, Wayne Smith. Il attendait visiblement autre chose d’un match opposant à priori deux équipes qui, par le passé faisaient référence en termes d’ambition de jeu.

Selon Wayne, "Ce France-Galles, côté français, a été complètement cadenassé à la fois par les options de jeu restrictives et par les choix faits à certains postes. Particulièrement au niveau des lignes arrières les joueurs clés ne présentent pas les garanties utiles pour développer, du fait de leur poste, un rugby créatif qui puisse enfin permettre d’ouvrir les portes du jeu sur "le monde extérieur". (Il faut entendre par là de rendre opérationnels et efficaces les options offertes par le choix d’un jeu au large ). Pour qu’il en soit ainsi il faut des joueurs qui comprennent le jeu et possèdent les habiletés techniques qui vont avec. En Nouvelle Zélande on considère que ce type de joueur est incontournable pour que se développe un jeu ambitieux et riche, ce qui ne peut être opérationnel que si on exploite à bon escient le jeu sous toutes ses formes.

La France ne recherche plus ce style de rugby, donc ne le joue plus. Dans ce match, les joueurs français du milieu de terrain (ouverture et centres) qui sont des postes de créativité ont été privés de ballon. Pas étonnant que le  "french flair" se dilue. Des joueurs comme Codorniou, Sella, Blanco , et d’autres seraient, dans ce rugby, restés des joueurs ordinaires. La créativité semble un domaine d’entrainement délaissé par cette équipe. Le flair français est devenu un conte de fées.

Ce flair français exige de l'optimisme mais à l'heure actuelle, je n’en vois pas dans le jeu produit. Certains joueurs ont en eux ce pouvoir et ces capacités mais le jeu restrictif produit les en éloigne chaque fois davantage. Contre l'Angleterre et contre n’importe quelle équipe, sur un match la France peut bien sûr gagner mais cela deviendra de plus en plus difficile à reproduire dans la continuité.

Aujourd’hui je perçois différemment Marc Lièvremont, l'entraîneur français à la dernière Coupe du monde. Il a réussi de temps en temps à faire produire un certain rugby. Il n’était pas un homme dépassé car il n’y a pas d’époque dans la mise en oeuvre d’un rugby total. Le flair français a-t-il disparu pour de bon du jeu français ? "

Je connais depuis longtemps Wayne Smith et sa philosophie du rugby. Ce message est certes un peu sévère. Cependant, quand on connaît le respect des techniciens néo-zélandais pour le "jeu à la française", il est logique qu’il soit nostalgique d’un rugby pourtant plus que jamais d’actualité. Je parle de celui qui continuera à les enthousiasmer quand les initiatives surgissent de nulle part de manière si inattendue si surprenante, en pleine incertitude, mais en même temps réalisé dans la pleine maîtrise d’un mouvement collectif qui n’était ni prévu ni attendu.

Les victoires françaises contre les Blacks, et elles ne sont pas si nombreuses, sont là pour montrer qu’elles sont la conséquence de mouvements d’exception où le jeu créatif de l’un, est devenu, en synergie et avec une justesse enviable, le jeu de tous.

Ceci pour dire que la valeur rugbystique d’une nation se situe entre les convictions durables qui sont liées à l’histoire de son jeu et les réévaluations incessantes que réclame le changement ? Celui-ci ne se fait pas au détriment de ce qui a existé positivement et qu’il s’agit bien sur, aussi en termes de formation, de savoir préserver. C’est certainement en ce sens qu’il faut appréhender la pensée de ce brillant technicien.

PIERRE VILLEPREUX