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Rallye raid - Dakar 2009

Miller : "Savoir être patient"

2e du Dakar 2009, Mark Miller (VW) était à Salzbourg pour nous raconter ses plaisirs de pilote, et ses principes surtout. Trader à la base, il ne regrette pas d'avoir lâché son métier pour les pistes de rallyes-raid.

 
"Savoir être patient" - Rallye raid - Dakar 2009Red Bull - Gepa
 

Avant d'être pilote, vous gériez des fonds à risques, le genre de placements à l'origine de la crise mondiale actuelle. Pourquoi avez-vous laissé cette activité il y a quelques années, en parlant à l'époque de "la meilleure décision de votre vie"...

\"Savoir être patient\" - Rallye raid - Dakar 2009 Mark Miller : Oui, j'ai géré des fonds pendant quinze ans, de 1989 à 2005. Je suis parti de rien pour gérer des fonds de 500 millions de dollars... La société dans laquelle je travaillais comprenait beaucoup d'analystes, d'employés, de gens spécialistes des rouages financiers. Ça me prenait totalement, et au bout du compte je n'avais qu'un but : faire de l'argent. Quand on bosse toute la journée pour ça, on perd la signification des choses et on commence à faire les choses que pour l'argent. Et dans la vie, l'essentiel n'est pas savoir combien d'argent on gagne, mais à quel point on peut être heureux. J'ai réalisé ça, que l'argent n'était pas la finalité. Je me suis dis que je voulais commencer à faire ce qui me plaisait, et c'était le sport automobile. J'adorais les gens de ce milieu. J'ai choisi ça, et j'ai eu la chance de baigner dedans comme pilote moto puis comme privé auto alors que je gérais encore des produits financiers à un haut niveau.

Dans la même logique, vous vivez dans le coeur des Etats-Unis...

M.M. : Oui, j'ai ma résidence principale en Arizona, et je passe aussi du temps au Colorado, en été. Je suis un fondu de nature et je sors ma KTM trois ou quatre jours par semaine. La semaine dernière (interview réalisée le 26 février), j'ai passé mon temps au volant de mon Oldsmobile, au Colorado. J'adore ça.

Comment s'est construite votre carrière de pilote ?

M.M. : J'ai commencé en 1998. C'est à cette époque que j'ai rencontré Dirk (Von Zitzewitz, copilote de Giniel de Viliers), Ralph (ndlr : Pitchford, son copilote), Heinz Kinigadner (pilote devenu manager de KTM), les gars de KTM et bon nombre de gens que je côtoie aujourd'hui. J'ai fini le Rallye du Maroc 6e, avec une victoire d'étape. Je suis rentré, j'ai repris mon job en pensant au rallye, à mon résultat, et j'ai réalisé que c'était mon truc. Le rallye-raid n'est pas un contre-la-montre, mais une épreuve qui allie constamment rapidité et intelligence. Dès lors, mon but est devenu de faire le Dakar. Nous l'avons fait ensemble, Dirk et moi, à partir de 2002 (19e). De là, tout a bien marché, et encore plus depuis que j'ai intégré l'équipe Volkswagen, en septembre 2005. A partir de là, j'ai progressé en vitesse pure et mon "package" de pilote est meilleur, d'une façon générale. Et dès notre premier Dakar avec Volkswagen, en 2006, nous nous sommes battus devant. Je m'éclate de plus en plus.

Vous savez que vous n'êtes pas aussi rapide que les Sainz, De Villiers, Peterhansel ou Alphand, mais votre force est de cerner vos limites. A l'arrivée de l'étape 8, votre boss Kris Nissen a dit qu'il n'y avait pas eu une éraflure sur votre voiture depuis le départ...

\"Savoir être patient\" - Rallye raid - Dakar 2009 M.M. : Oui, le rallye-raid n'est pas un truc qui consiste à faire chaque jour une perf de dingue. Si on essaie ça, tout se ligue contre soi. J'ai compris ces dernières années qu'il fallait juste que tout se mette bien à sa place, et qu'alors le résultat venait de lui-même. En termes de vitesse, je n'entends pas me comparer à Carlos [Sainz], Luc [Alphand] ou d'autres gars de ce calibre. Ma vitesse me va, et je dois raisonner en vitesse moyenne à atteindre sur l'ensemble du Dakar. Mais pour gagner deux minutes sur une étape, il me faut encore de l'expérience et de la confiance pour passer un cap. Bien sûr, j'essaie de prendre en chasse les grands noms du rallye tous les jours, mais ce n'est pas tout le temps possible.

Justement, cette tactique vous a permis de terminer 2e cette année.

M.M. : Oui, je le répète : le Dakar n'est pas une course de vitesse, ce n'est pas un sprint comme en WRC. Chaque jour impose d'être patient. Si vous regardez comment Stéphane [Peterhansel] a gagné ses huit Dakar, vous comprenez. Beaucoup de gars ont dominé la course, sans s'imposer. La question est juste d'avoir confiance dans le rythme qu'on imprime, sans se laisser distraire par des trucs annexes.

Vous n'avez signé aucun scratch sur ce Dakar, seulement des chronos globalement dans le top 5...

M.M. : Tout à fait ! Et je vais vous raconter quelque chose. Quand Ari Vatanen était encore dans l'équipe, il m'a dit un truc que je n'oublierai jamais. Il dominait alors le rallye-raid, et on faisait des tests ensemble en Tunisie. Il est venu me voir en me disant : "Tu sais Mark, il te suffit de finir 5e tous les jours pour gagner cette course. Ne cherche pas à décrocher des scratches". C'était tout Ari : il donnait ce conseil mais ne le suivait pas (rires). Néanmoins, il savait que c'était la vérité. Il aurait pu s'aider lui-même en faisant ça mais ce n'était pas son tempérament, et il aidait quand même les autres en leurs disant ça. J'ai beaucoup appris, chaque saison, au contact de mecs fantastiques comme lui.

Ces préceptes étaient particulièrement utiles sur le Dakar 2009, qui investissait de nouveaux territoires...

\"Savoir être patient\" - Rallye raid - Dakar 2009 M.M. : Complètement. Nous avons suivi ça à la lettre, en ayant pour premier objectif de finir, et ensuite si possible près des premiers. Nous l'avons fait en roulant dans les premiers, et nous avons aussi du ouvrir sur certaines étapes. Et là c'était une autre histoire ! Car ça prend aussi du temps d'avoir confiance en ses capacités pour prendre ses responsabilités devant.

Sur quelles spéciales avez-vous pris le plus de plaisir ?

M.M. : J'aime surtout le hors-piste, quand il n'y aucune piste et aucun point de référence identifié vers lequel se diriger. C'est ce que les autres gars détestent le plus ! Quand ça devient ardu comme ça, je sais que Giniel dit toujours le même truc dans sa voiture : "Ah, on arrive dans un endroit que Mark va adorer !"

 

\"Savoir être patient\" - Rallye raid - Dakar 2009

 
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