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L'audace ou l'impasse
La première étape de montagne, dans un Tour, c'est toujours un moment particulier. Pour les favoris comme pour nous. Chacun, à son niveau, guette ce rendez-vous là avec une impatience certaine. C'est le moment où les premières interrogations se lèvent. Que retenir de la passe d'armes de la Planche des Belles Filles? Je dirai qu'elle a accouché d'une hiérarchie ultra-prévisible. A croire que c'est le schéma de cette 99e édition. Le prologue pour Cancellara, des sprints en plaine, Sagan dans les bosses, Cavendish et Greipel dans les sprints plus classiques. On ne peut pas vraiment dire que les surprises nous aient attendus au tournant tous les jours pour l'instant.
La première escarmouche montagnarde s'est inscrite très exactement dans cette thématique. Les Sky ont lessivé le peloton avant de l'essorer. Collectivement, ils sont monstrueux. Et un rapide coup d'œil au classement général donne un trio de tête plus qu'attendu, avec Wiggins, Evans et Nibali dans cet ordre. Soit les deux grandissimes favoris devant leur principal adversaire. Puisque le podium attendu à Paris par beaucoup est déjà en place à deux semaines de l'arrivée, nous n'avons pas fini de nous ennuyer. A moins que… A moins que la révolte ne sonne dans les prochains jours. Peut-être, même, dans les prochaines heures. Le terrain s'y prêtera dimanche dans le Jura suisse. Encore faut-il: 1. Le vouloir. 2. Le pouvoir.
Samedi, Wiggins était dans un fauteuil. Il faudra que quelqu'un (ou quelques-uns) se dévouent pour essayer de l'en déloger. Sinon, il va filer tout droit en jaune vers Paris. La perspective ne me désespère pas. Mais si Wiggins doit gagner ce Tour, qu'il soit secoué, mis à l'épreuve. J'ai envie de voir ce qu'il a dans le ventre si la situation se complique, si son petit confort est remis en cause. Il faut le fragiliser, le déstabiliser. Il faut mettre les Sky sous pression. Il faut leur mettre le feu. Et si, après tout ça, Wiggo est toujours seul devant, il méritera son sacre. Il est encore tôt pour s'inquiéter. La montagne ne fait que débuter. Mais chaque jour sans attaquer Wiggins sera un jour de perdu pour ses adversaires. Evans, magnifique de stratégie calculée l'an passé, ne fera pas l'économie d'une course audacieuse cette fois. Il ne pourra pas compter sur l'effort solitaire pour crucifier Wiggins comme il l'a fait avec les Schleck. Quant aux autres, ils sont déjà plus loin. Il nous reste donc, encore et toujours, Vincenzo Nibali.
Comme je l'ai écrit ici-même juste avant le coup d'envoi de ce Tour, je ne vois qu'un seul coureur ayant à la fois cette combinaison rare de talent et d'audace pour semer la zizanie sans laquelle ce Tour trop bien écrit ne sortira pas des cases prédéfinies: Nibali. L'Italien a promis de courir ce Tour pour le gagner, au risque de prendre le boomerang en pleine tête si tout ne se goupille pas comme il l'espère. Il tiendra promesse. Dimanche ou un autre jour. De toute façon, lui comme les autres n'a pas le choix. Sans prise de risques, il n'y aura pas de salut face à Wiggins. Bien sûr, le Britannique n'est pas à l'abri d'un coup du sort, d'une chute ou d'une grosse grippe. Mais à la régulière, dans un schéma de course classique, il sera dur à renverser. Il est en jaune, il reste 95 kilomètres de contre-la-montre, il a passé sans encombre l'arrivée au sommet la plus pentue (donc celle qui, a priori, sied le moins à son profil) et il possède la meilleure équipe. Cela fait beaucoup de raisons d'y croire pour lui.
Alors, messieurs, l'heure est à l'audace. Face à ce maillot jaune-là, l'avenir sera audacieux ou ne sera pas pour la concurrence. Facile à dire? Entièrement d'accord avec vous. Mais si vous avez une meilleure solution pour les adversaires de Wiggins…
Laurent VERGNE
twitter.com/LaurentVergne























