Roue libre, c’est le blog de la rubrique cyclisme d’Eurosport.fr. Pour un décryptage de l’actu des choses du vélo tout au long de la saison, en toute liberté, entre coups de cœur et coups de gueule.
Le temps passe, Andy...
Andy Schleck ne gagnera donc pas le Tour de France cette année. Jusqu'au bout, il a voulu y croire. Le coup n'est pas passé loin mais, comme l'année dernière, il va terminer à la deuxième place, derrière Alberto Contador. Alors, oui, c'est vrai, il a considérablement réduit l'écart qui le sépare de son grand rival. Mais ça ne suffit pas. Sur le Tour, une deuxième place reste une deuxième place, qu'il s'agisse d'une seconde, de 39, ou de 10 minutes.
Je me souviens d'une phrase de Pedro Delgado après son échec face à Stephen Roche, en 1987. Le Segovian avait pris la deuxième place, à 40 secondes de l'Irlandais, soit quasiment le même écart qui sépare aujourd'hui Contador et Schleck. A un journaliste qui lui faisait remarquer que son Tour avait été une belle réussite (une victoire d'étape et 5 jours en jaune), Delgado avait apporté cette réponse: "quand on vient sur le Tour pour le gagner et qu'on n'a pas le maillot jaune à Paris, c'est un échec, pas une réussite."
Le même constat s'impose aujourd'hui pour Schleck. Il était venu pour gagner et il échoue à la même place que l'an dernier. Souhaitons-lui de connaitre le même destin que "Perico", net vainqueur en 1988 après sa place de dauphin un an plus tôt. En attendant, Andy reste derrière Contador. Oui, il a porté le maillot jaune pendant six jours (comme son rival). Oui, il a remporté deux étapes de montagne (Contador, aucune). Peu importe. Il n'était pas venu pour ça. Il y a un an, sa deuxième place était exempte de regrets. Elle avait valeur de promesse pour l'avenir. Il a encore tout le temps de la tenir, mais il vaut toujours mieux prendre sa chance quand elle passe.
Or, c'est une évidence, Andy s'est vu offrir cette année une opportunité unique de victoire et il n'a pas su la saisir. Il a davantage perdu ce Tour que Contador ne l'a gagné. Je ne suis même pas sûr que le plus fort ait gagné. Le plus chanceux (cf l'étape du Port de Balès) mais surtout le plus malin. L'Espagnol l'a avoué samedi soir après son chrono, il n'était pas au mieux sur ce Tour. Il l'a senti mais ne l'a jamais montré. Je suis même convaincu qu'en plusieurs occasions, il a bluffé, comme lors de l'étape d'Ax 3 Domaines. Pendant deux heures, il a fait rouler son équipe à bloc. Pour préparer une attaque d'envergure? C'est ce qu'il a voulu faire croire, et ça a marché. En réalité, cette manœuvre n'avait d'autre intention que de masquer sa propre faiblesse. Dans la montée finale, il n'a rien tenté. "Elle n'était pas assez dure", nous a-t-il dit. Tu parles Charles. Il n'avait pas les cannes, tout simplement. Mais Schleck s'est laissé prendre. Il n'a pas profité de cette occasion, comme d'autres. Ou alors trop tard, comme à Morzine.
Ce n'est pas dans le chrono de Pauillac qu'il a perdu le Tour. Pas davantage au Tourmalet. C'est dans le prologue, à Bagnères-de-Luchon, mais aussi partout où il a manqué d'audace. Il y a un an, à l'arrivée du Tour, nous avions titré un papier "L'année prochaine si tout va bien?" à propos d'Andy Schleck. On peut remettre ça aujourd'hui. L'histoire du sport, en général, et celle du Tour, en particulier, est pleine de champions qui avaient le temps et qui l'avaient tellement qu'ils ont fini par passer à côté de grandes victoires. J'espère sincèrement pour Andy Schleck qu'il gagnera le Tour dans les années à venir, et qu'il ne ruminera pas, la retraite venue, ce Tour 2010 tout à fait à sa portée. Car à force de prendre date pour l'avenir, le présent file, lui. Et il n'attend personne.
LAURENT VERGNE
























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