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Le temps presse, Cadel
11/07/2012 - 23:58

Le temps presse, Cadel

Cadel Evans a passé une bonne journée mercredi. Il n'a pas perdu de temps sur ses principaux adversaires. Personne n'a pu le menacer, pas même Vincenzo Nibali, lequel navigue toujours à trente secondes de l'Australien. Quant à Christopher Froome, son dauphin, il ne semble pas décider à tenter quoi que ce soit. Tout va bien donc pour le tenant du titre. Attendez une seconde. Ah oui, petit détail, il reste ce Bradley Wiggins devant lui. 113 secondes devant exactement. Rien, une broutille. Peu importe de toute façon, puisque Cadel Evans semble plus occupé à gérer sa deuxième place qu'à conquérir la première. En tout cas, c'est l'impression qu'il donne. Dans cette optique, cette première journée dans les Alpes s'est admirablement passée, donc.

Après tout, peut-être Evans a-t-il raison. Peut-être a-t-il un plan savamment étudié et dont la subtilité m'échappe. Mais pour l'instant, je dois bien dire que je ne vois pas où il veut en venir. Il pointe donc à près de deux minutes de Wiggins. On peut raisonnablement penser qu'avec le dernier contre-la-montre de Chartres (plus roulant et plus long que celui de Besançon), ce sont quasiment trois minutes pleines qu'il va devoir prendre d'ici là à son rival s'il veut le devancer à Paris. Or le leader de BMC se contente jusqu'ici de démarrages dans le dernier kilomètre, comme mercredi à Bellegarde. Ou même dans le dernier virage, comme à La Planche des Belles Filles samedi. Ça n'a rien donné et vu que les bonifications sont absentes cette année encore sur le Tour, ce schéma de course parait plus vain que jamais.

Lundi, après le contre-la-montre qui, quoi qu'ils en disent, a constitué un échec pour le leader de BMC, John Lelangue et Cadel Evans nous ont promis de jouer la carte de l'offensive. Attendons, donc. A Bellegarde, l'ancien champion du monde a admis qu'il avait "peut-être laissé passer une opportunité avec Nibali" quand l'Italien a attaqué dans la descente du Colombier. Mais, a-t-il ajouté, le vent de face n'était pas propice à la réussite de cette offensive. Les faits lui ont donné raison. Sauf que s'il avait été avec Nibali, peut-être les deux hommes auraient-ils pu tenir le choc dans le col de Richemont. Et puis, qui ne tente rien n'a rien. Pour l'heure, Evans ne tente rien. Il n'a donc pas grand chose. Il dit avoir hésité à suivre Nibali. Inquiétant. Sur son blog, il a aussi ajouté cette phrase: "Une journée montagneuse mais pas beaucoup d'excitation pour le classement général: j'espère que ces ascensions loin de l'arrivée ne vont pas conduire à un Tour contrôlé et prévisible". Là, c'est quasiment l'hôpital qui se moque de la trousse à pharmacie. Evans ne peut masquer ses propres inhibitions derrière le parcours. On l'attend donc au tournant jeudi. L'étape est courte, difficile et elle s'achève par une arrivée au sommet. C'est le jour pour attaquer. Plus d'excuses.

La vérité, c'est que tout se passe comme si l'Australien menait sa course de la même façon qu'en 2011, quand il se contentait de contrôler les frères Schleck en montagne, persuadé qu'il était capable de les châtier dans l'ultime chrono. Un calcul payant. Mais cette méthode n'a aucune chance de fonctionner cette fois. Encore une fois, Wiggins n'est pas les Schleck. S'il veut doubler la mise, Evans doit absolument faire la différence en montagne. Dans dix jours, il sera trop tard. Pense-t-il vraiment gagner ce Tour en se contentant de petites escarmouches aussi systématiques que vaines dans le dernier kilomètre des étapes? A lui de voir. Mais en attendant, chaque jour qui passe comme celui de mercredi est un jour de perdu. A moins qu'il ne mise sur un effondrement de Wiggins dans les dix jours à venir, où il n'aurait plus qu'à ramasser le maillot jaune. Si tel est le cas, c'est un raisonnement pour le moins audacieux. Et c'est bien la seule audace dont il fasse preuve jusqu'ici.

Laurent VERGNE
twitter.com/LaurentVergne

 
 
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