Roue libre, c’est le blog de la rubrique cyclisme d’Eurosport.fr. Pour un décryptage de l’actu des choses du vélo tout au long de la saison, en toute liberté, entre coups de cœur et coups de gueule.
Nibali à juste titre
C'est donc sur celui des trois grands tours qu'il n'avait jamais rêvé de remporter que Vincenzo Nibali a dépucelé son palmarès. Enfant, adolescent puis jeuné coureur professionnel, il s'était espéré en rose ou en jaune. Finalement, c'est en rouge, sur la Vuelta, que le Sicilien est entré dans la "cour des grands", comme il le dit.
Selon l'interrogation traditionnelle, est-il un beau vainqueur? Sur ce critère "esthétique", éminemment subjectif, chacun apportera sa réponse. En revanche, il me parait indéniable que Nibali mérite amplement sa victoire. Comme Alberto Contador sur le Tour de France, il n'a pas remporté la moindre étape. Pourtant, comme Alberto Contador au mois de juillet, il y a dans son sacre une forme d'évidence. Oui, il a bénéficié d'une dose de chance, notamment à travers l'abandon d'Igor Anton. Non, il n'a pas écrasé l'épreuve. La faiblesse de sa marge finale (41 secondes) en témoigne.
Les grincheux trouveront donc sans doute à redire. C'est vrai, Igor Anton, Joaquin Rodriguez et Ezequiel Mosquera, qui ont été les trois principaux adversaires de Nibali sur cette Vuelta, ont tous gagné au moins une étape. Pas lui. Mais par sa régularité, son intelligence et son sang-froid, il ressort comme le coureur le plus complet de ces trois dernières semaines. La façon dont il a contrôlé Mosquera et ses propres nerfs samedi au Bola del Mundo, pour finalement terminer au contact de son rival, dans sa roue, vaut bien certaines victoires.
On peut aussi appréhender sa victoire comme un juste retour des choses. Sur le Giro, Nibali s'était montré d'une loyauté à toute épreuve envers Ivan Basso, leader désigné chez Liquigas et qui tenait trop à ce maillot rose, histoire de solder ses vieux démons. Nibali, troisième, l'avait accompagné sur le podium. Il avait retiré de ce Tour d'Italie la certitude qu'il était bien taillé pour s'offrir, lui aussi, un grand tour. Il n'aura pas eu à attendre bien longtemps. Sur cette Vuelta comme sur l'ensemble de son oeuvre 2010, Nibali mérite donc cette victoire. Amplement.
La double victoire italienne, de Basso à Nibali, a aussi valeur de symbole. Basso-Nibali. Ils auraient pu se tirer dans les pattes chez Liquigas. La présence de deux talents, l'un bien établi, l'autre émergent, peut parfois s'acérer destructeur. Ça n'aurait pas été leur cas. Pourtant, tout aurait pu les opposer. L'ancienne idole, le banni de l'affaire Puerto. Et la jeune étoile montante, à qui certains veulent faire porter l'encombrant costume de porte-parole de la nouvelle génération. Mais Nibali, malin, a préféré se rapprocher de son aîné. Ces derniers jours, il a beaucoup échangé avec Basso, par téléphone, par mail, par SMS. "Il m'a conseillé et m'a apaisé. Si je suis resté calme, c'est en partie grâce à lui", a confié le vainqueur de la Vuelta.
L'avenir dira si Vincenzo Nibali peut s'imposer dans un contexte plus relevé. S'il veut conquérir le Giro ou le Tour, il lui faudra composer avec des rivaux plus redoutables que ne le fut le valeureux Mosquera. Dans sa génération, il parait encore un (petit) ton en-dessous d'un Andy Schleck. Sans parler de Contador, sans parler de Contador, de trois ans son aîné, qui barre la route à tout le monde depuis trois ans. Mais contrairement à Schleck, le voilà au moins nanti d'un grand tour sur sa carte de visite. Non, il n'y a pas que le Tour dans la vie. Peut-être qu'Andy devrait suivre l'exemple de Nibali...
Laurent VERGNE
























Vous êtes authentifié comme journaliste :