Roue libre, c’est le blog de la rubrique cyclisme d’Eurosport.fr. Pour un décryptage de l’actu des choses du vélo tout au long de la saison, en toute liberté, entre coups de cœur et coups de gueule.
Que les Contador lèvent le doigt !
Après la mise en bouche un peu fade parce que trop prévisible du prologue (Cancellara intouchable, Wiggins le meilleur des favoris), le Tour prend son envol pour de bon dimanche avec la première étape en ligne. A l'heure du décollage définitif, il est temps de souhaiter bon voyage à ce 99e épisode de la grande saga de juillet. Il est encore temps, aussi, d'en évoquer le grand absent: Alberto Contador. Pour les raisons que chacun connait, l'Espagnol va regarder ce Tour, si toutefois il le regarde puisqu'on le dit très occupé à s'entraîner, sur son canapé. Plus confortable mais moins excitant. Pour lui bien sûr, mais aussi pour nous. Pour moi en tout cas. Car si les absents ont toujours tort, je crains que son absence ne se fasse sentir.
Le banni, dont le retour est d'ailleurs imminent, est un champion pas comme les autres. En tout cas dans le contexte actuel. On souligne à juste titre l'académisme du peloton et de ses principaux champions. Contador, lui, est d'une race différente. Il agit, il ose. Plus que n'importe quel autre. Bien sûr, Andy Schleck a offert un superbe récital d'un panache inouï l'an passé vers le Galibier. Mais là où Schleck a l'épopée utile (il s'est lancé dans cette échappée alpestre par nécessité, parce qu'il n'avait d'autre choix), Contador l'a instinctive. Il en a besoin. Il ne sait envisager la course autrement. Plus que de talent, de punch ou de quoi que ce soit d'autre, c'est avant tout une affaire de personnalité. La sienne pourrait bien manquer dans les trois semaines à venir. Surtout avec ce parcours fort de 100 kilomètres de contre-la-montre. Quelque part, Wiggins et Evans doivent se sentir dans une position plus confortable sans Contador. C'est justement ce confort que la Madrilène aurait pu remettre en cause. A tout moment ou presque.
Contador sait donner vie à la course. Il a l'art de réveiller un peloton en sommeil. Christian Prudhomme, qui n'a pas toujours été tendre avec lui ces derniers mois, lui a rendu un juste hommage cette semaine. "Je retiens son attaque au col de Manse (NDLR: L'année dernière, dans l'étape de Gap). Le Tour était passé vingt fois au col de Manse... et il ne s'était jamais rien passé. Lui a mis le feu. Il peut rebattre les cartes n'importe où sur n'importe quelle portion". Rares sont les champions instinctifs comme Contador. Comme tout ce qui est rare est précieux, il est probable qu'un Tour de France sans Contador est un Tour de France auquel il manquera quelque chose.
En son absence, qui aura l'audace, le culot ou plus simplement l'envie d'abolir le conformisme ambiant? De mettre le feu pour étouffer la tranquille tiédeur du peloton? Le Tour a cette faculté unique de révéler les hommes à eux-mêmes. Alors, espérons. Mais je nourris quelques doutes. Ce supplément d'âme que l'on nomme tempérament ne s'achète pas, ne se travaille même pas, et ne s'apprend pas davantage. Croyez-le ou non, même le dopage ne peut rien y faire. L'audace et l'instinct n'ont ni pays ni couleur. Ils sont ou ne sont pas. Contador a ça en lui et le Tour en a bénéficié ces derniers temps. Parmi les ténors, je n'en vois qu'un pour s'inscrire dans sa lignée : Vincenzo Nibali. L'Italien est dans la même lignée. Les autres? Je sèche. Mais je ne demande pas mieux que d'être surpris. Alors, y a-t-il un Contador dans le peloton?
Laurent VERGNE
twitter.com/LaurentVergne























