A Wiggins la razzia, à Boonen l'exploit

A Wiggins la razzia, à Boonen l'exploit
le 28/12/2012 à 12:08

C’est l’heure du bilan pour cette cuvée 2012. Hors course, l’évènement de l’année, c’est évidemment le gigantesque coup d’effaceur passé sur le palmarès du Tour de France qui a vu les années Armstrong rayées de la carte. Mais je me suis ici cantonné aux évènements sportifs. Pas de doute, cette année, c’est d’abord celle de Bradley Wiggins. Mais si le Britannique a beaucoup gagné, il n’est pas le seul à avoir marqué la saison de son empreinte. Tour d’horizon, partiel et subjectif, comme toujours. A vous de me faire part de vos choix.

. L'HOMME DE L'ANNEE: Bradley Wiggins

Prochainement, je donnerai mon Top 10 de la saison 2012 et je vous inviterai d'ailleurs par la même occasion à voter de votre côté pour établir votre propre hiérarchie de la saison qui s'achève. Comme toujours, sauf à se référer à des données mathématiques (mais en cyclisme, compte tenu de la diversité des profils d'un champion à l'autre et de la différence de nature entre les courses), un tel choix est forcément subjectif. L'UCI, via son classement World Tour, a consacré Joaquim Rodriguez. Vainqueur (notamment) du Tour de Lombardie, deuxième du Giro, troisième de la Vuelta, il a été omniprésent et, à 34 ans, a sans aucun doute livré sa meilleure saison. Mais il me parait très difficile de ne pas ressortir du lot Bradley Wiggins. Si 2012 n'est pas son année, c'est à se demander ce qu'il doit faire pour cela. Il a signé une razzia absolument extraordinaire en remportant, dans l'ordre chronologique, Paris-Nice, le Tour de Romandie, le Dauphiné et, bien évidemment, le Tour de France. Sans oublier, cerise sur le gâteau, le titre olympique du contre-la-montre.

Même dans ses rêves les plus fous, je ne suis pas sûr que l'Anglais aurait espéré une telle moisson. Un regret, quand même, qui limite la portée de son année, non en termes de performances mais par rapport à l'empreinte qu'elle laissera:  son degré de performance a été inversement proportionnel à l'émotion qu'il a su provoquer. La suprématie wigginsienne a eu quelque chose d'implacable et de froid. Ce n'est même pas un reproche. Juste un constat. Tout près de Wiggins, je placerai Tom Boonen pour son exceptionnel printemps marqué par son quadruplé GPE3, Gand-Wevelgem, Tour des Flandres, Paris-Roubaix. Et lui a su offrir ce supplément d'âme lors du dernier volet de sa quadrilogie (voir ci-dessous). Mais, en dépit de la réserve émise plus haut, il m'est très difficile de ne pas considérer Wiggins comme le personnage central de cette année 2012.

. L'EXPLOIT DE L'ANNEE: Tom Boonen

Par la faute de Tom Boonen, ce ne fut pas à proprement parler le plus beau jour de course de 2012. Le champion belge était trop supérieur à la concurrence. En tuant tout suspense de façon précoce, Boonen a tué ce Paris-Roubaix. Mais le suspense n'est pas une condition indispensable pour vivre un grand moment de sport. En tout cas pour l'empreinte qu'elle est susceptible de laisser. Je reste persuadé que l'exploit accompli ce jour-là par Boonen marquera profondément sa carrière. De cette saison, c'est en tout cas l'image que je retiens. Le voir partir comme ça, à près de 50 kilomètres de l'arrivée, c'était à la fois fou et beau. Comme il l'avait expliqué deux jours plus tôt, il n'avait pas besoin de prendre un tel risque pour gagner. Il pouvait se permettre de régler un petit groupe au sprint, comme il l'avait fait sur le Tour des Flandres la semaine précédente. Mais en agissant de la sorte, l'Anversois a pris une ampleur qu'il n'avait encore jamais eu.

. LA REVELATION DE L'ANNEE: Arnaud Démare

Pour simplifier les critères, je me suis cantonné aux néo-pros. J'ai beaucoup hésité entre Moreno Moser et Arnaud Démare, mais j'assume le cocorico. On savait le jeune sprinter de la FDJ doué. Mais le talent, c'est une chose. La faculté de l'imposer si vite, c'en est une autre. Pour Démare, on pouvait raisonnablement espérer qu'il signe sa première victoire sur des courses annexes tout en découvrant tranquillement le peloton. Manifestement, il était beaucoup plus prêt que je ne l'imaginais. En décrochant rapidement son premier succès, au Qatar, dans un contexte relevé, il s'est vite mis en confiance. Mais c'est bien sûr sa victoire dans la Vatenfall-Cyclassics, au mois d'août, qui a laissé une très forte impression. Il est encore jeune, il commet des erreurs, comme au Championnat de France, mais quoi de plus normal? Il est largement en avance sur les temps de passage les plus optimistes et il a tout pour faire une superbe carrière.

. LE COUP DE CŒUR DE L'ANNEE

Je sens que sur ce coup-là, je ne vais pas me faire que des amis, mais tant pis. Je me suis languis de Contador jusqu'au mois d'août. Je ne reviens pas sur les raisons de son absence. En matière de dopage, le mieux est encore d'être légaliste. Contador a enfreint le règlement antidopage, il a payé et c'est heureux. Le seul scandale dans cette histoire réside dans le fait qu'il ait fallu attendre un an et demi pour cela. Physiquement, Contador n'a du coup été éloigné des pelotons que six mois. Histoire de jouer la provocation, j’ai envie de dire heureusement. Car on peut penser ce qu'on veut de lui, mais quand il est là, Contador donne une autre dimension à la course. De qui d'autre peut-on dire ça dans le peloton? Et croyez-le ou non, ce n'est pas une question de dopage. Il y a eu, il y a, et il y aura toujours des coureurs dopés chiants à mourir. C'est la conception de la course de Contador qui le rend si précieux. C'est en grande partie grâce à lui que la Vuelta a été si intéressante. Je l'avais écrit pendant le Tour de France, Contador manquait. Son absence en juillet comme sa présence un mois plus tard en Espagne ont confirmé à quel point il était homme à changer  l'étoffe d'une course. Parce qu'il n'est pas un pingre du panache. Parce qu'il ne conçoit pas la course sans audace.

LE FLOP DE L'ANNEE: Andy Schleck

Une saison blanche et sèche. Une année foutue pour le Luxembourgeois. Elle a mal démarré et ça ne s'est pas arrangé au fil du temps. Paradoxalement, c'est au cours de la pire année de sa carrière qu'Andy Schleck a remporté son premier Tour de France. De façon rétroactive, "grâce" (ou à cause) de la suspension d'Alberto Contador. Deux ans après, Schleck a donc gagné le Tour 2010. Pour le reste, il a traversé cette saison comme nu fantôme. Inexistant pendant six mois, gêné par des problèmes physiques, il a fini par renoncer au Tour de France. C'est le premier coup d'arrêt de cette envergure dans sa carrière. Il va marquer une césure pour lui, sans aucun doute. J'ignore comment il va le gérer mais, à terme, je ne m'inquiète pas trop pour lui. Il est encore jeune (27 ans) et si le physique suit, rien n'interdit de penser qu'il sera en mesure d'exprimer son potentiel en 2013. Dans l'idéal, cette année perdue lui aura donné la volonté de revenir plus fort encore avec cette détermination absolue propre aux grands champions que, jusqu'ici, il n'a jamais totalement affiché. Le manque peut créer l'envie.

Laurent VERGNE
@Twitter: LaurentVergne