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Ski Alpin - Adelboden : Hirscher et Pinturault, plus proches que jamais

Hirscher et Pinturault, deux monstres plus proches que jamais

Le 07/01/2017 à 19:41Mis à jour Le 07/01/2017 à 21:55

Cet hiver, Marcel Hirscher et Alexis Pinturault sont les rois incontestés du géant, ayant remporté quatre des cinq géants et pris la 2e place de toutes les épreuves à eux deux. Mais, si le Français a remporté plus de courses (3 contre 1), c'est bien l'Autrichien qui porte le dossard rouge de leader de la discipline. Alors qui est le meilleur géantiste de monde ? Eléments de réponse.

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Le travail sous la porte

En géant, chaque mètre superflu peut s'avérer fatal. Encore plus que dans les disciplines de vitesse ou même qu'en slalom où la distance inutile est forcément limitée. Et, pour cela, le skieur doit s'appliquer à bien faire travailler son ski sous la porte. En clair ? Savoir faire passer le ski au plus près de la porte, en gardant au maximum une position aérodynamique favorisant la vitesse, sans mouvement parasite.

Ce domaine est généralement favorable aux slalomeurs-géantistes que sont Hirscher et Pinturault, habitués à devoir enchaîner ce travail plus régulièrement, autour des piquets. Ce n'est sans doute pas un hasard s'il s'agit de la plus grande qualité de Marcel Hirscher, meilleur slalomeur que le Français et globalement le meilleur du monde depuis 2012. De son côté, Alexis Pinturault est lui aussi loin d'être maladroit. Contrairement au slalom, où ses abandons sont récurrents, l'espacement des portes en géant lui permet d'être propre et ses fautes très rares.

  • Notre avis : Hirscher semble un ton au-dessus du Français encore dans ce domaine, bien aidé par un bagage technique supérieur lié à son passé de slalomeur.
Marcel Hirscher lors du géant de Coupe du monde à Alta Badia le 18 décembre 2016

Marcel Hirscher lors du géant de Coupe du monde à Alta Badia le 18 décembre 2016AFP

Le "carving"

C'est la suite logique et la qualité complémentaire d'un bon travail sous la porte. Car ce dernier se révèle bien plus facile si la préparation est adéquate. Attaquer la porte, passer au plus près sans dévier de sa trajectoire, tout ceci se joue en amont. Plus précisément au moment du "carving", lorsque le skieur décide de "rentrer", pour s'ouvrir l'angle lui permettant d'aborder la porte dans les meilleures conditions. En fonction du terrain, cela nécessite un passage plus ou moins poussé sur la carre et donc une perte de vitesse instantanée. Mais plus celle-ci est courte et au moment idéal, plus le skieur conservera le contact ski-neige et ressortira avec une vitesse importante.

C'était la grande qualité de Ted Ligety à son apogée, lorsqu'il écrasait la concurrence entre 2008 et 2014. Longtemps en duel avec l'Américain, surnommé "Schred" (NDLR : Le Déchiqueteur) sur le circuit, Marcel Hirscher a peu à peu développer cette qualité de "carving", pas forcément naturelle chez lui, étant plutôt slalomer à la base. Mais l'Autrichien a toujours su compenser par sa grande justesse dans son utilisation, s'adaptant toujours avec autant de facilité au terrain proposé. De son côté, Alexis Pinturault est un grand spécialiste du "carving". Spécialiste de la discipline depuis ses débuts, cela a toujours été sa qualité principale, même quand le reste de son ski ne suivait pas. C'est notamment pour cela que le Français est très habile dans les murs, lorsque la pente est raide et que le géantiste se doit d'être instinctif dans sa prise de décision

  • Notre avis : Léger avantage à Pinturault, plus naturel et qui n'hésite jamais à s'engager totalement.
Pinturault à l'attaque du mur de la face de Bellevarde

Pinturault à l'attaque du mur de la face de BellevardePanoramic

Mélanger glisse et légèreté

Comme son nom l'indique, le slalom géant est un mixte, entre le slalom et le Super-G (super-géant). S'il est considéré comme une discipline technique, le géant nécessite une bien meilleure qualité de glisse que son homologue à piquets. C'est ainsi que l'on voit régulièrement des spécialistes de la vitesse venir s'essayer au géant, ce qui n'arrive jamais (ou presque) en slalom. Et certains y brillent, à l'image d'un Aksel Lund Svindal, vainqueur de la Coupe du monde de la spécialité en 2007. Et, à l'inverse, les géantistes se rendent de plus en plus en Super-G pour parfaire justement leur qualité de glisse.

Alexis Pinturault et Marcel Hirscher ont tous deux pris cette direction, dans l'optique de s'améliorer bien sûr mais également de pouvoir viser le gros globe du général. Un objectif réussi ces dernières années par l'Autrichien, parvenu même à terminer 6e de la discipline l'hiver dernier. Ayant tous deux remporté un Super-G dans leur carrière (Lenzerheide en 2014 pour le Français, Beaver Creek en 2016 pour Hirscher), Pinturault et Hirscher sont devenus maîtres pour alterner avec lucidité une glisse fluide et des appuis légers et prendre de la vitesse, même sur le plat.

  • Notre avis : Ils sont aussi polyvalents et glissent aussi bien l'un que l'autre.
Marcel Hirscher sur la Birds of Prey de Beaver Creek

Marcel Hirscher sur la Birds of Prey de Beaver CreekPanoramic

Mettre de la puissance et de l'intensité

Avec des manches dépassent régulièrement la minute et des courbes espacés d'une grosse vingtaine de mètres, facile de se laisser endormir par le rythme régulier des portes et d'arrêter de mettre de l'intensité dans son ski. Pourtant, c'est là l'un des points essentiels. Il faut savoir se livrer du début à la fin, résister physiquement pour réussir à s'engager, porte à porte, et conserver au maximum le ski extérieur au sol, au contact de la neige, permettant ainsi de conserver toute la vitesse.

Surnommé "La Bête" depuis ses débuts en raison d'un physique assez massif pour un technicien (1m80, 80kg), Alexis Pinturault s'est considérablement renforcé musculairement depuis un an. Au point de mériter désormais son surnom juste sur ses performances en course, où il règne en maître lors des manches longues. Le géant d'Adelboden en a encore été la preuve. En première manche, le Français a créé des écarts monstrueux sur le dernier tronçon, où la fraîcheur et la capacité à garder un ski très actif était primordial. Même Hirscher, pourtant très solide physiquement, a concédé près d'une demi-seconde.

  • Notre avis : Depuis un an, Pinturault est devenu un monstre sur ce plan-là. Avantage au Français.
Alexis Pinturault lors du géant d'Alta Badia

Alexis Pinturault lors du géant d'Alta BadiaPanoramic

Savoir prendre des risques, de manière contrôlée

Vous nous direz, ce point est valable pour toutes les disciplines. Ce n'est pas faux. Mais il est d'autant plus juste en géant, où garder une vitesse constante est un vrai plus en l'absence plus régulière de pente. D'où la nécessité de savoir prendre des risques pour bénéficier d'un maximum de vitesse mais aussi savoir rester lucide pour ne pas être surpris par une porte à l'aveugle. Prendre un risque ne signifie pas tout lâcher, à chaque instant. Cette technique peut marcher mais elle expulsera plus de coureurs qu'elle n'en amènera dans l'aie d'arrivée. La régularité est donc à double sens. Car elle se retrouve aussi dans le résultat.

Et quand on évoque la régularité en ski, difficile de ne pas parler immédiatement de Marcel Hirscher. Véritable métronome, l'Autrichien est le grand spécialiste de la gestion et de la régularité, à l'image de ses 48 derniers géants disputés, sans sortir une seule fois (dernier abandon à Hinterstoder en 2011 !). A toujours prendre des points, gros points (47 des 48 géants terminés dans le top 6), l'Autrichien s'est logiquement facilité la tâche pour multiplier les petits globes de la spécialité. Des résultats que peinaient quelque peu à enchaîner Alexis Pinturault jusqu'il y a six mois. Mais le Français a franchi un palier lors de sa victoire à Naeba (Japon), en février dernier. Depuis le skieur de Courchevel est monté sur le podium de neuf des dix géants disputés. Et, lorsqu'il a abandonné à Alta Badia, devinez qui a gagné ? Marcel Hirscher bien sûr !

  • Notre avis : Hirscher est la régularité incarnée. Avantage assez poussé à l'Autrichien, même si cela s'est réduit quelque peu ces derniers temps. C'est la plus grande différence entre les deux hommes.
Marcel Hirscher espère décrocher un 4e gros globe

Marcel Hirscher espère décrocher un 4e gros globeImago

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