Ski alpin - Vancouver 2010
20/02/2010 - 12:09Paerson, bleue métallisée

Carrosserie un peu cabossée, mais moteur généreux. Victime d'une sacrée chute lors de la descente, Anja Paerson, malgré des bleus sur tout le corps, a choisi de disputer le Super combiné. Résultat, elle a conquis du métal, du bronze en l'occurrence, pour la 6e fois de sa carrière olympique. Chapeau.
Le sacre de Maria Riesch, la deuxième médaille de Julia Mancuso ou la chute de Lindsey Vonn ont quelque peu éclipsé un fait pourtant majeur jeudi soir lors du Super combiné dames. Anja Paerson, en prenant la troisième place de cette épreuve, est devenue la skieuse la plus médaillée de l'histoire des Jeux Olympiques. La Suédoise a égalé son ancienne grande rivale, Janica Kostelic, avec six podiums. Même si son bilan a un peu moins d'éclat que celui de la Croate (1 seul titre contre 4 à Kostelic), les chiffres sont là.
Mais les chiffres sont froids. Implacables mais sans âme. Or ce que chacun a retenu de la performance d'Anja Paerson, et à juste titre, ce n'est pas tant sa troisième place ou cette sixième médaille olympique que l'exceptionnelle leçon de courage qu'elle a donnée. En temps normal, on aurait souligné sa médaille de bronze comme un simple fait. Mais le contexte dans lequel elle est allée la chercher, 24 heures après une chute assez effrayante, lui donne une dimension toute différente. Tout le monde a vu l'envolée sur plus de 60 mètres de la Suédoise lors de la descente. Elle aurait pu y laisser son intégrité mais, par miracle, Anja s'en est tirée sans la moindre blessure grave. Juste des bleus à peu près partout sur le corps. "C'est déjà un miracle qu'elle puisse marcher", soufflait Ulf Lars Emilsson, l'entraîneur suédois. Mais se relever debout sans casse était une chose. Repartir dès le lendemain en quête d'une médaille et, plus fort encore, y parvenir, en était une autre.
Le stress puis la libération
D'ailleurs, dans un premier temps, son forfait a été évoqué. Dans la soirée (au petit matin jeudi en France), soit quelques heures après sa spectaculaire cabriole, Anders Paerson, son père et entraîneur, ne laissait guère d'espoir. "Elle est forfait pour demain et pour la suite on ne sait pas encore", avait-il confié. Puis la nuit est passée. A peine mieux que prévu. A son réveil, il lui a fallu trancher. "Quand je suis arrivée un peu avant 9h pour l'échauffement, j'étais très stressée. J'essayais de gérer la douleur mais elle était vraiment trop forte. J'ai fait un essai qui n'était pas tellement concluant mais j'ai quand même décidé de prendre le départ. J'ai pris la décision à 9h", confie la septuple championne du monde.
Dès lors, mentalement, le plus dur était fait. "Je suis très contente d'avoir pris la décision de courir, explique-t-elle encore. Je voulais le faire. Et puis je voulais passer ce saut sur le bas de la piste. C'est comme quand vous tombez de cheval. Vous devez tout de suite remonter dessus. Pour moi, cela aurait été très difficile de supporter l'idée que je ne l'avais pas fait". Mentalement, son effort se rapproche de celui d'un Hermann Maier à Nagano il y a 12 ans. Car ce Super combiné débutait tout de même par… une descente, là même où Paerson avait chuté la veille. Difficile de croire qu'elle ait pu évacuer pleinement, sinon la peur, au moins une forme d'appréhension. Heureusement, les organisateurs avaient "raboté" la bosse sur laquelle la Suédoise s'était envolée.
"Je suis fière d'avoir tous ces bleus"
En bas de la descente, dont elle a pris la 6e place, elle fut plus applaudie que n'importe qui depuis le début de ces Jeux. "Je suis dans le flou en ce qui concerne le slalom, allait-elle pourtant lancer en sortant de l'aire d'arrivée. Je n’ai plus passé de piquets depuis plus de trois semaines suite à mon accident à l’entraînement. Et mon tibia douloureux sera encore plus sollicité avec des virages courts." Le plus dur était fait, néanmoins. Anja le savait bien. Après un slalom bien tenu, et une petite dose de réussite quand Lindsey Vonn a chuté, elle a finalement arraché le bronze. Multimédaillée durant sa glorieuse carrière, elle en a vu d'autres, mais ce métal-là, même s'il n'a pas l'éclat de l'or, possède tout de même un charme particulier.
Comme quelqu'un qui revient de loin, et qui vient de passer entre si peu de temps d'une énorme peur à une intense joie, elle peut rigoler des 24 heures les plus folles de sa carrière. Elle l'a fait dès après la course, lors d'une conférence de presse d'ure rare cocasserie. "J'ai des bleus partout, surtout sur le derrière et j'ai du sang dans le mollet gauche. Je ne dois pas être belle à voir. Je mettrai peut-être des photos sur mon site internet bientôt. En fait, normalement, je n'ai pas la peau qui marque facilement, alors je suis fière d'avoir tous ces bleus et de pouvoir les montrer. Enfin, peut-être pas ici, il y a un peu trop de monde et je suis trop timide!" Avec tout ça, elle en aurait presque oublié qu'elle venait d'égaler cette Janica Kostelic avec qui, décidément, même quand celle-ci est à la retraite, elle n'en finit plus de se tirer la bourre. "Toute ma carrière, note-t-elle, Janica m'a poussé à aller plus loin. Elle était la skieuse parfaite. Ce serait fabuleux si je pouvais la dépasser en obtenant une septième médaille." Tiens, Anja Paerson est déjà tournée vers le Super G. L'instinct du prédateur, qu'il chasse le gibier ou du métal, reprend toujours le dessus.















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