• Tableau Noir
 
France-Bosnie : l'impossible remake
13/10/2011 - 16:51

France-Bosnie : l'impossible remake

4-3-3 à l'aller pour le meilleur match de l'ère Laurent Blanc, 4-3-3 au retour pour l'un des pires : les deux rencontres entre la France et la Bosnie permettent au moins de faire définitivement comprendre une chose. En matière de tactique, le schéma n'est jamais l'élément-premier qui fait un résultat. Quelque soit le système de jeu, ce sont les joueurs et leurs déplacements qui l'animent qui font la différence. Retour en parallèle sur les deux rencontres, côté français et côté bosnien.


Côté Français - A l'aller :

Pour bien se remémorer le match aller,  il faut d'abord "remettre le contexte à sa place" comme le dit si bien Laurent Blanc. Les Bleus sortaient d'une défaite face à la Biélorussie et abordaient le déplacement en Bosnie, son principal outsider, avec l'interdiction de perdre. Craignant la technicité du milieu bosnien (et à raison), le sélectionneur décide alors d'aligner un milieu défensif très athlétique (Diarra, M'Vila, Diaby) afin de s'imposer physiquement dans l'entrejeu.



Dès les premières minutes de jeu, le pari est gagné. Diarra (18) reste en retrait et enferme Dzeko (11) et Misimovic (10) avec l'aide de sa défense centrale (Rami, 4 et Mexès, 5). Et surtout, M'Vila et Diaby impriment un gros pressing sur les deux rampes de lancement bosniennes (Rahimic, 6 et Pjanic, 8). Les deux hommes sont aussi soutenus par Valbuena (20) et Malouda (15) selon la zone où se situe le porteur de balle adverse. S'il est dans l'axe (Rahimic ou Pjanic), ils tentent d'enfermer le porteur dans une prise à deux avec le milieu chargé du marquage. S'il est sur le côté (Lulic, 16 ou Mujdza, 18), ils viennent empêcher sa progression et comptent sur les milieux les plus proches, et le latéral dans leur dos, pour marquer les solutions qui se présenteraient.

Au final, les Bleus maîtrisent leurs adversaires de la première à la dernière minute. Sevrés de ballon par le travail des milieux de terrain français, les attaquants bosniens n'ont quasiment jamais porté le danger sur les buts de Lloris. La défense bosnienne affichant déjà des lacunes de vitesse à l'époque, les Français ont fini par marquer dans le dernier quart d'heure, grâce à Benzema et Malouda.


Côté français - Au retour :

Alors que la majorité des hypothèses d'avant-match font revenir Diarra dans le onze de départ, Laurent Blanc décide de relancer les milieux de terrain qui ont affronté l'Albanie vendredi dernier. Tout en y ajoutant Ménez et en changeant le schéma de jeu, passant d'un 4-4-2 avec Rémy et Gomis à un 4-3-3 avec le Marseillais en pointe et Ménez-Malouda sur les côtés. A priori, une option qui peut fonctionner : pour peu que les Français réussissent aussi bien à s'imposer physiquement qu'à l'aller, des ballons récupérés au milieu de terrain peuvent vite arriver sur les buts de Hasagic si Ménez ou Rémy sont rapidement alertés.

Malheureusement pour le possible plan du sélectionneur, les Bleus sont pris à la gorge d'entrée par des Bosniens beaucoup plus agressifs. Durant le premier quart d'heure, on assiste à une opposition entre un bloc qui avance et un qui recule. Passée cette période et jusqu'à la baisse de régime bosnienne durant la dernière demi-heure, les Français ne parviendront jamais à remonter leur bloc pour se réimposer dans l'entrejeu et empêcher Medunjanin et les trois relanceurs de l'arrière (Rahimic et la défense Spahic-Pandza) de distribuer les ballons d'attaque à Pjanic et Misimovic ou à leurs latéraux.

Les seuls moments où les Bleus réussissent à perturber la relance adverse en jouant plus haut pour l'obliger à balancer, les longs ballons atterrissent sur Dzeko (qui devance les défenseurs français et profite de l'absence de grands gabarits français au milieu) qui est ensuite rapidement soutenu par ses partenaires. Ces ballons gagnés par l'attaquant de City obligent le milieu français à ne pas trop se livrer, sous peine de se faire prendre de vitesse par les soutiens à Dzeko qui se retrouveraient lancés face à une défense français statique et mise sur le reculoir.

Côté Bosnien - La métamorphose de Pjanic :

Outre le choix des joueurs et le début de match manqué sur le plan de l'agressivité, le 4-3-3 de l'équipe de France a aussi fait les frais de la préparation du match côté bosnien. Pas besoin d'avoir un oeil aiguisé pour comprendre que Safet Susic avait préparé cette rencontre depuis longtemps. L'ancien maestro du PSG a ainsi certainement regardé de nombreuses fois le match aller, où ses joueurs n'avaient pas vu le jour, Pjanic en tête. Cette fois, l'ancien Lyonnais a été un véritable poison pour la défense française. Explications.

A l'aller, Pjanic compose le duo de milieux de terrain de la Bosnie aux côtés de Rahimic. Au coeur du jeu, il se retrouve directement sous la pression du milieu de terrain français : en clair, dès qu'il reçoit le ballon, un adversaire (M'Vila ou Diaby) est dans sa zone pour s'opposer à lui, le mettre sous pression et l'empêcher de jouer. Au fil des minutes, celui qui était encore lyonnais à l'époque a dû s'exiler sur les côtés pour réussir à influer sur le jeu bosnien. Mais là encore, partant de l'axe, il était suivi par son adversaire direct dans ses déplacements.

Au Stade de France, et c'est là l'un des coups réussis de Susic, Pjanic a réalisé une prestation opposée. D'abord par son placement : le Romain laisse la place de second milieu de terrain à Medunjanin et s'installe sur le flanc droit. Défensivement, il doit stopper les montées de Evra et le mettre sous pression. Mais c'est surtout offensivement que ce nouveau poste le transforme. Rappel avant le schéma explicatif : à l'aller, Pjanic avait immédiatement un adversaire direct sur le dos.



Cette fois, son positionnement, les déplacements autour de lui et la physionomie de la rencontre lui offrent une totale liberté de mouvement. Dans le couloir, deux joueurs auraient pu s'occuper de son cas et le suivre à la trace : Malouda et Evra. Le premier est déjà occupé par les montées constantes de Mujdza, le latéral droit bosnien. Le second ne peut pas non plus se charger du marquage de Pjanic pour des raisons de domination bosnienne au milieu de terrain (en bleu). Sortir de la ligne de défense pour marquer le Romain libèrerait des espaces dans son dos pour les prises de profondeur de Misimovic, Mujdza ou Dzeko.

Intelligemment, Pjanic va ainsi évoluer pendant tout le temps fort bosnien entre les deux lignes adverses. Jamais marqué au moment de démarrer ses actions, il rentre dans l'axe sans entraîner d'adversaire direct dans sa course et peut ainsi aller perturber le milieu de terrain français et faire parler ses qualités techniques en travaillant avec Misimovic ou Dzeko dans des petits périmètres. Déjà en mouvement, il devient très difficile à contenir pour un milieu français (Nasri) qui n'a pas forcément les compétences pour bien défendre dans ses conditions.

Conclusion :


Si l'équipe de France est passée à côté de son sujet, la Bosnie a aussi réalisé une magnifique performance, maîtrisée et certainement bien préparée. Le repositionnement de Pjanic en est l'un des principaux facteurs. Néanmoins, cela ne permet pas de passer sous silence le principal défaut de la prestations des Bleus, à savoir leur incapacité à jouer haut pour ne plus subir les lancements de jeu bosniens. C'est là que le match avait été gagné à l'aller. C'est là qu'il a failli être perdu au retour.

Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti)

Le blog e-foot.eu

Le rapport sur la première mi-temps de la Bosnie

L'animation des Bleus face à l'Albanie

 
 
À ne pas manquer
  • Découvrez Le Mag Eurosport

    Parce que sport rime aussi avec Lifestyle, Culture et High-tech, Eurosport vous garde au top des tendances avec son nouveau site LeMag.

  • Le BUZZ Eurosport

    Pas de score ni de compte-rendu de match, mais des succès, des chutes, des classements, des filles sexy... Retrouvez ici l'actu décalée du sport !

  • Regardez Eurosport où vous voulez, quand vous voulez

    Avec Eurosport Player, vivez et revivez tous les grands événements sportifs sur vos écrans. Accédez en illimité aux chaînes Eurosport et aux contenus exclusifs, en Live et à la demande.

Suivre Eurosport.com
 
Sur Facebook
 
Sur Twitter
 
Sur Mobile
 
Google Plus