Chaque semaine, trouvez ici la crème du blog e-foot.eu, tenu depuis 2009 par Florent Toniutti. Analyses de match et rapports tactiques fouillés, comme à l'entraînement.
Suède : pendant l'Euro, les travaux continuent
L'équipe de France est à 90 minutes d'atteindre son objectif dans cet Euro 2012 : rallier les quarts de finale. Pour y parvenir sans avoir à rentrer dans des calculs mathématiques, elle n'a besoin que d'un petit point. Et c'est une Suède d'ores et déjà éliminée qui va s'opposer à elle ce soir à 20h45. Face à l'Ukraine et l'Angleterre, les coéquipiers de Zlatan Ibrahimovic se sont montrés incapables de conserver l'avantage au score après avoir pourtant ouvert la marque face aux Ukrainiens (1-0) et renversé la situation face aux Anglais (2-1 après avoir été menés 1-0). Une première bonne nouvelle pour les Français, qui ont montré une bonne capacité de réaction depuis plusieurs matchs. Et elle n'est pas la seule.
Historiquement, le football suédois s'est imprégné de l'influence britannique, notamment via le passage de Roy Hodgson alors qu'il débutait sa carrière d'entraîneur au milieu des années 70. Depuis, près de 40 ans sont passés mais les similitudes restent grandes entre ces deux footballs. Après avoir passé quasiment une décennie à la tête de la sélection suédoise, Lars Lagerback a passé le témoin fin 2009, après que la Suède ait manqué la qualification pour la Coupe du Monde 2010. Son successeur, Erik Hamren, a eu pour particularité d'avoir la double-casquette de sélectionneur et d'entraîneur (de Rosenborg) pendant quelques mois jusqu'à ce que son contrat le liant avec la formation norvégienne expire à la rentrée 2010. Troquant l'éternel survêtement de Lagerback pour le costume, Hamren a entamé le rajeunissement de la sélection, intégrant une nouvelle génération ayant fait ses preuves avec les équipes de jeunes (Toivonen, Elm, Olsson...) en l'associant avec les inamovibles que sont Mellberg, Kallström et Ibrahimovic.
Sur le plan tactique en revanche, Hamren n'a pas changé grand-chose aux habitudes des Scandinaves puisqu'il a conservé, sans surprise, le 4-4-2 (modulable en 4-2-3-1) qui fait loi depuis longtemps dans le nord de l'Europe. Néanmoins, il n'a pas hésité à procéder à quelques ajustements grâce à l'éclosion de profils en rapport avec le football du moment. Ainsi, l'arrivée au sein de l'équipe A de Martin Olsson au poste de latéral gauche et l'allant offensif de Mikael Lustig sur le flanc droit de la défense lui ont offert deux nouvelles solutions pour animer les couloirs. Et ce n'est pas un luxe puisque le grand mal de la Suède se trouve sur les ailes. Excepté Sebastian Larsson, dont le pied droit jouit d'une belle réputation en Premier League, la sélection ne compte aucun joueur de couloir rompu au haut niveau européen. Preuve en est la présence du vétéran Christian Wilhelmsson dans les 23 et son statut de joker offensif (entré lors des deux premiers matchs) et ce, même s'il évolue depuis quatre ans dans les championnats du Golfe.
Du coup, en attendant l'éclosion de profils de ce type chez les jeunes, Hamren est condamné à repositionner des joueurs évoluant dans l'axe en club afin de compléter les montées de leurs latéraux (Olsson et Lustig). Mais lors des deux premières sorties de son équipe, le sélectionneur a montré qu'il n'avait pas encore trouvé la bonne formule. Lors du premier match face à l'Ukraine, il avait décidé d'associer Toivonen à Olsson sur le flanc gauche et Larsson à Lustig côté droit. Ce dernier a plutôt bien tenu grâce au repli défensif sérieux de Larsson, qui a notamment permis d'éteindre Konoplyanka par une prise à deux. Sans doute une idée du sort qui pourrait être réservé à Ribéry ce soir. En revanche, le côté gauche a explosé face au côté fort ukrainien. Attaquant de formation et aligné en soutien d'une pointe sous les couleurs du PSV, Toivonen a laissé son latéral se débrouiller en défense et encaisser les échanges entre Gusev et Yarmolenko. Peu à l'aise sur cette aile gauche, le joueur du PSV s'est en plus fait très discret offensivement.
Sans surprise, Hamren l'a donc sorti du onze de départ à l'occasion du second match de son équipe face à l'Angleterre. Pour le remplacer, il a fait appel à un milieu de terrain de formation en la personne de Rasmus Elm, titulaire dans l'axe aux côtés de Kallström lors du premier match. A droite aussi, Hamren avait décidé de changer sa paire en sortant Lustig au profit de Granqvist, défenseur central de formation. La Suède comptait sans doute gagner en solidité derrière, quitte à perdre en impact devant. Bilan après les 90 minutes, Elm et Olsson ont su trouver une équilibre dans le couloir gauche et le latéral a pu se signaler par quelques montées intéressantes. En revanche à droite, Larsson a logiquement manqué de soutien, Granqvist restant prudent et n'ayant de toute façon pas les qualités pour se projeter vers l'avant. Au final, les essais risquent de continuer ce soir encore, et en attendant, l'importance de Zlatan Ibrahimovic au coeur du jeu n'en sera que plus importante.
C'est l'un des autres essaisde Erik Hamren : repositionner sa vedette derrière une pointe et lui donner les clés de l'animation offensive de l'équipe. Derrière lui, les milieux axiaux (Kallström, Elm ou Svensson) évoluent dans des registres assez conservateurs et ne prennent que peu de risques dans les transmissions. Symbole de cette répartition des rôles, Ibrahimovic est le seul offensif de l'équipe à régulièrement prendre des risques balle au pied. Il partage cette caractéristique avec les latéraux suédois (Olsson, Lustig) dont les montées les poussent à tenter d'effacer leurs adversaires directs. Derrière l'attaquant milanais qui tente de forcer la décision, Kallström et son partenaire de l'entrejeu sont là pour assurer à la fois la protection de la défense centrale et la conservation du ballon. L'importance d'Ibrahimovic dans le circuit offensif de l'équipe se retrouve aussi sur les ailes puisqu'il s'excentre parfois afin de soutenir les milieux excentrés qui ne seraient pas accompagnés par les latéraux. Face à l'Angleterre, le jeu des Suédois a ainsi largement penché sur le flanc droit dans le camp anglais en raison de l'apport d'Ibrahimovic dans cette zone pour soutenir Larsson et Svensson, qui devaient construire sans leur latéral (Granqvist).
Reste à évoquer le dernier maillon de la chaîne suédoise : l'attaquant de pointe. Là aussi, le sélectionneur a dû faire face à un problème de taille avec la blessure au pied de Johan Elmander (qui sera d'ailleurs forfait ce mardi). Diminué, l'ancien attaquant de Toulouse a démarré l'Euro sur le banc. Pour le remplacer, Hamren a fait confiance à Markus Rosenberg dont le rendement a été insuffisant face à l'Ukraine. Du coup, Elmander a débuté le second match mais, manquant de rythme, a eu du mal à peser sur le résultat final. A la décharge des deux hommes, les problèmes de l'équipe dans l'animation ne leur permettent pas d'être servis dans des positions idéales. A l'instar d'Ibrahimovic, les deux hommes sont parfois poussés à s'excentrer pour toucher des ballons et créer le surnombre dans des petits périmètres. Rarement servis lancés, ils s'enferment le plus souvent dans des rôles de pivots qui ne leur permettent pas d'exploiter toutes leurs qualités (notamment pour Elmander). A priori intéressante sur le papier, leur relation avec Ibrahimovic ne saute pas non plus aux yeux puisque le joueur du Milan AC n'a donné qu'un seul ballon à ses avants-centres titulaires lors des deux premiers matchs.
Au final, l'équipe de Suède qui va se présenter face aux Bleus ce soir est une sélection encore en construction. La présence d'Ibrahimovic monopolise à coup sûr l'attention d'un ou deux adversaires mais le collectif qui l'entoure est encore trop en rodage pour pouvoir profiter pleinement des espaces créés par la vedette milanaise. Au vu des différentes formules testées jusqu'ici par Hamren, les Bleus ne devraient pas avoir à s'inquiéter, pour peu qu'ils éteignent la menace Ibrahimovic et restent sérieux sur phases arrêtées. Il ne serait pas non plus étonnant de voir le sélectionneur se décider à lancer quelques jeunes dans le grand bain alors que la Suède est déjà tournée vers 2014 et la préparation des qualifications à venir. Bref, si le bilan parle pour les Français, attention aux possibles surprises !
Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti)























