Chaque semaine, trouvez ici la crème du blog e-foot.eu, tenu depuis 2009 par Florent Toniutti. Analyses de match et rapports tactiques fouillés, comme à l'entraînement.
L'Angleterre, c'est Chelsea
Comme en 2004, l'équipe de France va retrouver la sélection anglaise pour débuter dans son championnat d'Europe. Pour rappel, les deux équipes s'étaient affrontés il y a un peu plus de 18 mois et les Bleus l'avaient emporté à Wembley (1-2). Mais la donne sera évidemment toute autre ce lundi soir, d'abord parce que tous les acteurs souhaiteront débuter du bon pied, mais aussi parce que l'Angleterre a changé d'ère en même temps que de sélectionneur. Intronisé à la tête des Three Lions fin mai, Roy Hodgson n'a pas perdu de temps pour remettre en place des principes de jeu britanniques à une équipe qui n'avait pas réussi à se métamorphoser sous la houlette de Fabio Capello.
Eléments de base
Premier élément qui frappe à la découverte des différentes compositions de Hodgson : ne cherchez pas de sentinelle ou de numéro 10. Faute de temps, et aussi parce qu'il n'en a jamais utilisé, Roy Hodgson a décidé de se passer de tous ces profils intermédiaires : prenez deux lignes de quatre, un attaquant de soutien et une pointe et vous obtiendrez le bloc-équipe qui fera face à l'équipe de France lundi soir. Toute autre organisation serait une énorme surprise au vu du travail effectué jusqu'ici par les Anglais. S'ils ont évidemment affaibli le collectif, les nombreux forfaits durant la préparation ont permis au sélectionneur de ne pas avoir de choix à faire entre Frank Lampard et Steven Gerrard. Le milieu des Blues ayant dû renoncer, c'est celui de Liverpool qui a été installé dans l'entrejeu aux côtés de Scott Parker. Le milieu des Spurs s'est lui-même retrouvé sans concurrence après la blessure de Gareth Barry face à la Norvège. Derrière, John Terry et Joleon Lescott formeront vraisemblablement la défense centrale et seront encadrés par Glen Johnson et Ashley Cole.
Devant, en attendant le retour de suspension de Wayne Rooney, c'est Ashley Young qui a repris le rôle de soutien à l'attaquant. Les trois derniers postes (attaquant de pointe et milieux excentrés) seront ceux qui donneront les indices concernant le comportement des Anglais en phase offensive. Si Andy Carroll est préféré à Danny Welbeck en pointe, les Anglais chercheront aussi souvent que possible leur big man dans les airs. Si Welbeck est choisi, l'équipe jouera plus au sol et dans la profondeur. La donne est la même sur les ailes avec les deux Gunners, Alex Oxlade-Chamberlain (utilisé à gauche) et Theo Walcott, qui sont plus dans une logique de percussion balle au pied alors Stewart Downing et James Milner cherchent plus la passe et les intervalles. Au vu des sorties de l'Angleterre face à la Norvège et la Belgique, Milner semble être assuré d'une place de titulaire côté droit, Walcott se retrouvant du coup dans un rôle de joker. A gauche et devant en revanche, l'incertitude demeure : Oxlade-Chamberlain ou Downing et Carroll ou Welbeck.
Comportement défensif
Pour leur dernier match de préparation face à la Belgique, les Anglais se sont présentés dans une configuration défensive, rappelant évidemment celle du Chelsea sacré champion d'Europe il y a quelques semaines. Du coup, la bataille du milieu devrait rapidement tourner en faveur des Français lundi prochain, car cette Angleterre-là ne recherche pas la possession de balle, ni la domination territoriale. Baromètre de l'équipe, la paire Parker-Gerrard se positionne ainsi dans sa moitié de terrain, à une quarantaine de mètres des buts de Joe Hart, et fait naviguer la première ligne de quatre sur la largeur en fonction de la circulation de balle adverse. Une ligne plus haut, Young et l'attaquant de pointe s'alignent pour protéger l'axe et repousser les premières passes adverses sur les ailes. Ceci fait, les Anglais tentent ensuite d'enfermer leurs adversaires dans les couloirs. Dans cette situation, un milieu axial peut sortir jusqu'au niveau de la ligne médiane tout en bénéficiant de la couverture de son partenaire et du milieu excentré à l'opposée de l'action, qui glisse dans l'axe afin de conserver deux joueurs devant l'axe défensif.
Derrière, les défenseurs profitent de cette protection permanente pour faire parler leur puissance physique entre les deux lignes défensives. Face à la Belgique, les quatre membres du back-four n'ont pas hésité à suivre les décrochages des attaquants adverses (Hazard, Mertens) à hauteur des milieux de terrain pour les empêcher de créer le surnombre. En multipliant les changements de zone face à l'Estonie, les Français ont peut-être déjà anticipé cette facette de la défense anglaise : en préférant les courses latérales aux décrochages, Ribéry, Nasri et Benzema pourraient en effet éviter de subir l'impact athlétique de leurs adversaires directs et créer des brèches pour les incursions de leurs milieux de terrain. En phase défensive, les Anglais ont aussi l'habitude de se regrouper très bas autour de leur surface de réparation. Parker et Gerrard se retrouvent même parfois à hauteur des 18 mètres, ce qui peut laisser du champ pour des tentatives lointaines (25-30 mètres). Pour peu qu'il évolue dans un rôle moins offensif que face à l'Estonie (en soutien des attaques plutôt que dans la surface), Yohan Cabaye pourrait se retrouver dans des conditions idéales pour tenter sa chance à la manière comme a pu le faire Axel Witsel lors d'Angleterre-Belgique.
Circuits offensifs
Une fois le ballon en leur possession, les Anglais ont trois circuits pour ressortir de leur moitié de terrain. Le premier, qui a beaucoup fait parler au début de la préparation des Three Lions, tourne autour de Carroll. Pour l'expliquer, autant ressortir une citation de Hodgson, tirée de l'une de ses premières séances d'entraînement : "Vous n'avez pas besoin de jouer court, n'ayez pas peur de balancer vers le grand devant." Une choix compréhensible puisque de Cole à Terry en passant par Gerrard, les joueurs capables d'ajuster une passe longue vers une pointe ne manquent pas. L'Angleterre a donc pris l'habitude de préparer ses actions dans sa moitié de terrain et de sauter le milieu de terrain. A l'inverse de l'équipe de France, qui combine beaucoup dans la première moitié du camp adverse, les Three Lions ne font pas de fioritures et font tout pour pénétrer dans les trente derniers mètres le plus rapidement possible. Rechercher Carroll pour que ce dernier remise ensuite vers ses trois soutiens est une première solution.
Mais les Anglais n'ont pas que la voie des airs pour approcher les buts adverses. En associant Young et Welbeck en attaque face à la Belgique, Hodgson a pu voir son équipe travailler le jeu au sol. Mais même à ras de terre, une caractéristique fait le lien avec l'animation Carroll-ienne : le passage très rapide entre relance et finition. Là encore, l'Angleterre prépare ses attaques dans sa moitié de terrain et cherche ensuite à se lancer, en deux ou trois passes maximum, dans les 30 derniers mètres adverses. Deux circuits de passes sont à distinguer. Le plus utilisé passe par les ailes : après plusieurs passes entre les défensifs, le jeu est envoyé sur un latéral qui alerte immédiatement le milieu placé devant lui. En une ou deux touches, celui-ci cherche ensuite un relais dans l'axe, soit de Gerrard qui arrive lancé de l'arrière, soit de Young ou Welbeck qui peuvent aussi prendre la profondeur sur l'aile. L'attaque se développe ensuite autour de ces hommes, parfois soutenus par le latéral si ce dernier vient à suivre l'action après l'avoir lancée. Le dernier circuit passe par le décrochage d'un attaquant à hauteur de la paire Parker-Gerrard, dans le camp anglais. Généralement non-suivi par un défenseur, l'attaquant a ensuite le champ libre pour ajuster une ouverture en profondeur, vers celui resté en pointe ou l'un des milieux excentrés. A plusieurs reprises, Young a ainsi tenté de trouver Milner depuis son propre camp (sans grand succès) face à la Belgique.
Conclusion
Densité défensive, limitation des risques au milieu et attaques rapides, voilà les trois ingrédients de l'Angleterre version Roy Hodgson. S'il est compliqué de faire de cette sélection un favori pour l'Euro, sa solidité défensive (deux clean-sheets face à la Norvège et la Belgique) en fait forcément un adversaire compliqué à battre. Si le caractère rapide des attaques entraîne forcément beaucoup de déchets techniques, les talents présents parmi les 23 Anglais font qu'une seule occasion pourrait leur suffire pour faire la différence. Bref, la France, la Suède et l'Ukraine feraient une très grosse erreur de considérer les Three Lions comme une sélection au rabais. Et puis, malgré son caractère indigeste, leur recette a déjà fait ses preuves cette saison...
Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti)























