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Comment ils ont "contrôlé" l'Espagne
22/06/2012 - 22:02

Comment ils ont "contrôlé" l'Espagne

Les Bleus auraient certainement préféré la retrouver plus tard dans la compétition mais les dés sont jetés : samedi soir, ce sera l'Espagne pour une place en demi-finale de l'Euro. Malgré son statut de favori, la Roja n'apparaît pas infaillible depuis le début du tournoi. L'Italie et la Croatie l'ont fait vaciller, les Croates passant même tout près de la victoire et de la sensation. Analyse de ces deux recettes qui n'ont pas perdu face à la Roja.


L'animation espagnole :


C'est peut-être la seule équipe de l'Euro dans ce cas. Quelque soit son adversaire, l'Espagne joue toujours le même football. Si des nuances peuvent exister selon le choix de l'attaquant de pointe, sa manière de construire le jeu reste la même. Pour preuve, depuis le début du tournoi, Vicente Del Bosque s'appuie sur une base de dix joueurs, ne choisissant qu'entre Fabregas et Torres pour terminer son onze de départ. Le système de jeu est aussi inamovible : 4-2-3-1 avec le double pivot composé de Xabi Alonso et Busquets. Sur le plan du jeu, l'Espagne récite aussi ses classiques dans cet Euro, s'imposant rapidement dans l'entrejeu pour obtenir la possession de balle et mettre en place ses circuits offensifs dans le camp adverse.  Devant les deux lignes de couverture (Piqué-Ramos puis Xabi Alonso-Busquets), le jeu espagnol s'anime autour du trio Xavi-Iniesta-Silva.


Grâce à l'occupation des couloirs par les latéraux (Jordi Alba et Arbeloa), les trois hommes peuvent rentrer dans l'axe pour combiner et se déplacer sur la hauteur du terrain. Ainsi, Iniesta et Silva entrent en jeu à 30-40 mètres des buts adverses. Le Barcelonais penche côté gauche, le Mancunien à droite. Au coeur du jeu, Xavi peut parfois décrocher jusque dans son camp, au cas où Xabi Alonso et Busquets aient besoin d'aide pour remonter les ballons. Ces derniers participent aussi à la création avec leurs trois milieux offensifs, offrant des relais supplémentaires pour multiplier les passes dans l'axe. Objectif : libérer l'un des créateurs du marquage adverse afin de lancer la phase finale de l'attaque dans les 20 derniers mètres, attaque qui se fera en quelques touches de balle. En clair, pour tenir le choc défensivement, les adversaires de l'Espagne doivent faire en sorte d'avoir toujours des joueurs pour s'opposer à Xavi, Iniesta ou Silva, afin de les empêcher de trouver la passe qui leur permettra de progresser au sein de la défense adverse.


Italie : le choix du trois contre trois

Afin d'éteindre l'attaque espagnole, Cesare Prandelli avait fait le choix, surprenant au premier abord, de proposer un 3-5-2. Au coeur du jeu, ce sont les trois milieux de terrain, Pirlo, Marchisio et Thiago Motta, qui se sont chargés de gêner les échanges du trio Xavi-Iniesta-Silva. Devant, Balotelli et Cassano travaillaient, non sans mal, pour limiter l'influence de Xabi Alonso et Busquets et ralentir leurs relances. Sur les ailes, il revenait du coup à Maggio et Giaccherini de fermer les couloirs face à Jordi Alba et Arbeloa. Enfin, en couverture, le sélectionneur italien a pu compter sur trois défenseurs de haut niveau pour couper les trajectoires. Offensivement, les Italiens ont pu profiter des difficultés espagnoles sur le plan du pressing pour ressortir les ballons par les côtés. Lors de ce premier match, Jordi Alba et Arbeloa manquaient d'agressivité face aux deux joueurs de couloir italiens, leur offrant du champ pour lancer les offensives après avoir été servis par des services de Pirlo ou De Rossi depuis l'axe. Ces deux hommes, Maggio et Giaccherini, pouvaient ensuite profiter des courses de Cassano et Balotelli devant et du soutien de Marchisio et Thiago Motta au coeur du jeu.


Modèle transposable ?

Bien que Laurent Blanc ne puisse pas proposer un 3-5-2 samedi soir, il pourrait s'inspirer du schéma de jeu italien en renforçant son milieu de terrain. En passant du 4-2-3-1 au 4-3-3, il pourrait opposer trois joueurs aux trois créateurs espagnols. Sur le plan des profils, Cabaye, M'Vila et Diarra semblent être les plus aptes pour évoluer dans ce registre. La qualité de passes des deux premiers pourrait en plus s'avérer très utile au moment de lancer les contre-attaques. Sur les ailes, il reviendrait du coup aux deux ailiers de fermer les couloirs face aux latéraux espagnols. Sur le plan offensif, l'apport des ces deux excentrés, et leur capacité à plonger dans les espaces avant que leurs vis-à-vis ne se replient seraient déterminantes afin de pouvoir soutenir correctement l'attaquant de pointe. Les qualités de vitesse et d'accélération primant ici, Ribéry et Ménez pourraient être les grands gagnants de cette formule.


Derrière, la défense à quatre remplacerait du coup la défense à trois italienne, renforçant par le nombre une arrière-garde intrinsèquement plus faible que celle de Prandelli. Le point faible de cette tactique serait en revanche aux avants-postes, concernant le contrôle du double pivot Xabi Alonso-Busquets. Avec un seul avant-centre pour s'opposer à eux, l'un des deux pourrait décider de prendre plus de risques. L'avant-centre serait dès lors contraint de reculer pour aider ses milieux de terrain et éviter qu'un surnombre ne se crée (quatre contre trois) en faveur des Espagnols. L'Italie avait d'ailleurs connu des difficultés à ce niveau, Balotelli et Cassano ne décrochant pas pour suivre les incursions de Busquets et Xabi Alonso.


Croatie : des ailiers sacrifiés

Pour contrer l'Espagne, Slaven Bilic avait lui décidé de présenter son équipe en 4-4-1-1, un schéma approchant celui de l'Irlande qui avait explosé lors de la deuxième journée. Mais à l'inverse des Irlandais, qui avaient vu leurs milieux axiaux subir face au surnombre espagnol, le technicien croate avait un plan. En trois temps. A l'instar de Balotelli et Cassano, Modric et Mandzukic avaient pour rôle de gêner la relance adverse et la circulation de balle entre Xabi Alonso et Busquets. Les deux hommes n'hésitaient pas non plus à serrer le marquage dès lors que leurs adversaires directs tenter de pénétrer dans les 40 derniers mètres croates. Sur les ailes, les milieux excentrés (Srna et Pranjic) étaient chargés de suivre Iniesta et Silva dès que ceux-ci tentaient de pénétrer au coeur du jeu. Latéraux de formation, leur maîtrise du marquage et du jeu défensif leur a permis de bien résister face aux deux accélérateurs adverses et donc de protéger l'axe Vukojevic-Rakitic.


Au coeur du jeu, les Croates se retrouvaient donc à deux pour s'opposer numériquement au seul Xavi. Ils se sont du coup partagés le marquage, l'un restant en couverture quand l'autre sortait sur le milieu de terrain catalan, faisant le tempo du pressing croate dans l'entrejeu. Il est à noter que les Croates n'hésitaient pas à chasser le milieu espagnol jusque dans son propre camp, même lorsqu'il décrochait plus bas que la ligne imaginaire tracée par Xabi Alonso et Busquets. Sur le plan de la riposte offensive, les Croates ont ensuite tout misé sur les déplacements de Modric. Sitôt le ballon récupéré, les milieux de terrain cherchaient le plus rapidement possible leur meneur de jeu, qui devait ensuite diriger les contres en profitant des déplacements de Mandzukic devant. Dans ce registre, Modric a excellé, résistant et effaçant le pressing de la paire Xabi Alonso-Busquets à plusieurs reprises pour se lancer face à une défense espagnole en difficulté dès qu'elle est mise sur le reculoir. Le duo offensif recevait ensuite le soutien de deux ou trois partenaires venus de l'arrière (Rakitic, Srna et/ou Pranjic...).


Modèle transposable ?

Même si Laurent Blanc semble avoir fait de la Croatie son modèle pour venir à bout de l'Espagne, son application semble compliquée au vu des 22 joueurs à sa disposition. Parmi ceux capables de jouer sur les ailes, difficile d'en trouver deux possédant les qualités défensives nécessaires pour abattre le même travail que Srna et Pranjic. S'il fallait toutefois nommer les favoris pour ces postes, Ribéry et Valbuena sortiraient du lot de par leurs capacités à participer à l'effort défensif. Autre possibilité, reconvertir des milieux axiaux pour occuper les côtés (Matuidi, Cabaye, Martin etc...). Mais le problème de la reprise du modèle croate concernerait le poste occupé par Modric dans la formation de Bilic. Aucun joueur de l'équipe de France n'a aujourd'hui les qualités du milieu de Tottenham, capable de multiplier les bons choix dès lors qu'il a le champ libre. La propension de Nasri, Ribéry ou Ben Arfa à trop porter le ballon depuis le début du tournoi apparaît comme une caractéristique impossible à conjuguer avec ce qui leur serait demandé dans une telle organisation.


Conclusion :


Même si les deux sélections ont proposé des organisations bien différentes pour contrer les champions d'Europe et du monde, ces dernières ont été construites dans un seul but : limiter l'impact des créateurs et s'organiser de manière à attaquer intelligemment. Si la qualité générale de la Roja ne permet pas de remplir à 100% le premier objectif, ses difficultés en défense, notamment lorsqu'il s'agit de gérer un contre qui se déploie sur la largeur du terrain, font du second le point-clé de la confrontation à venir. Au-delà du système du jeu choisi par Laurent Blanc, ses joueurs seront forcés de jouer à l'inverse de ce qu'ils ont fait depuis le début du tournoi : en limitant les touches de balle et en privilégiant les grands espaces avec le ballon. Au-delà de la mise en place tactique de l'équipe, Laurent Blanc n'a donc plus que quelques heures pour faire évoluer les mentalités. Pour que l'exploit soit possible.


Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti)

 
 
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