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Patience et créativité
05/07/2012 - 22:17

Patience et créativité

En sacrant l'Espagne et en faisant de l'Italie de Cesare Prandelli sa révélation, l'Euro 2012 a récompensé les équipes les plus créatives, tant sur le plan du jeu que sur le plan tactique. Système sans attaquant d'un côté, schéma à trois défenseurs puis avec deux attaquants de pointe de l'autre, l'Espagne et l'Italie ont eu beau afficher des visages différents tout au long de la compétition, les deux sélections sont restées liées par un point commun : leur amour du ballon et de la création au milieu de terrain. Plus que d'autres qui se contentaient d'exploiter les failles de l'adversaire, les deux équipes se sont montrées capables de créer des espaces dans les défenses adverses avant d'en faire profiter leurs attaquants. Une vraie capacité à créer qui a mis en avant plusieurs profils de joueurs.


A l'inverse des quatorze autres équipes du plateau, l'Espagne et l'Italie se sont avant tout appuyées sur le rendement de leurs milieux de terrain et, plus largement, des joueurs chargés de faire la transition entre les premières passes, faisant participer la défense centrale, et les joueurs à vocation offensive. En clair, les deux équipes ont fait la différence dans cet Euro 2012 au moment de construire. Pour rappel, le football peut se découper en six phases de jeu bien distinctes. Il y a les offensives : relance, construction et finition ; et les défensives : pressing, repli et défense. A chacune d'elle peut correspondre une zone du terrain et un système. Ici, c'est évidemment de l'entrejeu dont il va être question.


Pourquoi l'Espagne et l'Italie ont-elles été supérieures à leurs adversaires durant cet Euro 2012 ? Pour le comprendre, il faut d'abord se pencher sur ce qui a fait l'Euro durant sa phase de poules. Après les premières rencontres, un élément avait frappé les observateurs : la qualité globale des organisations défensives. Quelque soient les équipes présentes sur les pelouses de Pologne ou d'Ukraine, toutes se distinguaient par leur rigueur collective et leur capacité à résister aux attaques placées de leurs adversaires. A l'issue de la phase de poules, les experts de l'équipe technique de l'UEFA (composée d'anciens entraîneurs et sélectionneurs) soulignaient ainsi l'importance de la qualité des contres-attaques et de la capacité des sélections à exploiter les espaces pour espérer aller loin dans la compétition. Mais la suite a prouvé qu'il fallait en faire plus. Car l'Espagne et l'Italie ont construit leur réussite dans cet Euro par leur capacité à maîtriser le ballon et à créer les espaces face, justement, à des défenses resserrées. Opposées au classique double-rideau défensif, les deux sélections ont souvent su trouver et appliquer les bonnes solutions. Les deux finalistes de l'Euro s'y sont néanmoins pris différemment, collant à la qualité de leurs effectifs respectifs.


Pour ses deux formations, le succès d'une offensive ne se jouait pas dans les 30 derniers mètres mais dès le rond central. Pour lancer une attaque face à un bloc regroupé, l'équipe devait trouver la brèche qui lui permettait ensuite de trouver de la profondeur. C'est là que les méthodes différaient entre Espagne et Italie. Grâce à la qualité du jeu (mi)long de Pirlo ou de De Rossi, l'Italie avait la faculté à sauter des relais dans sa circulation de balle. Un atout de taille qui lui permettait de faire circuler le ballon sur la largeur plus vite que le déplacement du bloc adverse en réaction. Conséquence, les latéraux italiens (Chiellini, Balzaretti, Abate) se sont souvent retrouvés avec des espaces devant eux. De ces positions, ils ont ensuite pu faire la première passe en profondeur vers leurs attaquants pour poursuivre le mouvement offensif, via par exemple la création de triangles avec les milieux offensifs et les attaquants.


A l'opposée des circuits italiens, qui cherchaient à quadriller au mieux la moitié de terrain adverse, l'Espagne a fait le choix du surnombre dans de plus petits périmètres. Avec le concours d'Iniesta venu de plus haut, Xavi, Xabi Alonso, Jordi Alba et parfois Busquets redoublaient les passes courtes en attendant de trouver une faille dans le premier rideau adverse. Si l'arme du changement de jeu était aussi utilisé, notamment pour servir Arbeloa ou Silva sur l'aile droite, la Roja cherchait avant tout à libérer l'un de ses milieux de terrain pour qu'il lance ensuite l'action, soit par un dribble, soit par une passe en profondeur. Devant cette zone d'échanges, où la circulation de balle se faisait de plus en plus rapide, partaient ensuite les appels en profondeur de Fabregas, Silva ou Jordi Alba, tous vers l'intérieur du jeu. Quand les attaquants italiens s'excentraient pour se rendre disponibles aux passeurs (latéraux), les Espagnols le faisaient principalement en rentrant dans l'axe. Les appels de Fabregas et de Jordi Alba à l'origine des deux premiers buts espagnols en finale en sont les deux exemples les plus évidents.


Evidemment, rien n'était arrêté et les circuits pouvaient différer en fonction de ce que proposait l'adversaire en défense. Face à la France, l'Espagne a ainsi profité des espaces dans le dos de Réveillère, chargé du marquage d'Iniesta, pour lancer Jordi Alba. De la même façon, l'Italie a souvent répondu au pressing par des ballons en profondeur de Pirlo, à destination des attaquants, sautant ainsi toute la phase de construction dans le but de faire reculer le bloc adverse. Evidemment, l'Italie et l'Espagne ont aussi montré qu'elles savaient jouer vite et contre-attaquer, mais c'est véritablement sur leur capacité à trouver des solutions face à un bloc replié et en place défensivement que ces sélections se sont révélées supérieures au reste du plateau. Elément-clé de cette supériorité, le rayonnement des milieux de terrain axiaux, tous capables de sentir le jeu loin des buts adverses : Xabi Alonso face à la France, Xavi en finale, Pirlo et De Rossi tout au long du tournoi etc...


C'est justement ce profil de joueurs qui a tant manqué à certains durant cette compétition, l'Allemagne et la France notamment. Si Cabaye et Khedira ont eu leur importance pour ressortir les ballons de leur moitié de terrain, les deux hommes ont par exemple été plus visibles dans les 25 derniers mètres que dans l'entrejeu. Chez les Bleus, la construction des actions revenait aux joueurs à vocation offensive (Ribéry, Nasri voire même Benzema), diminuant de fait le nombre de solutions devant. Côté allemand, un Schweinsteiger en meilleure forme aurait pu être l'organisateur, la plaque tournante de la sélection, comme il l'avait déjà fait. Malheureusement, cela n'a pas été le cas et cela a accouché d'une Mannschäft qui ne semblait capable de jouer que par à-coups, ne se montrant pas capable de patienter dans le camp adverse. Sa demi-finale face à l'Italie en a été le parfait exemple, les milieux allemands se retrouvant en difficulté dès que leurs adversaires sortaient au pressing pour perturber la circulation du ballon.


Cet Euro 2012 a donc été celui de la maîtrise technique et de l'occupation intelligente du terrain. Frôlant le refus de jeu pour certains, l'Espagne a cassé quelques codes, faisant de la possession du ballon dans le camp adverse le meilleur ami de ses propres défenseurs. En multipliant les passes courtes, les Espagnols se mettaient à l'abri d'une erreur individuelle derrière, tout en attendant le bon moment pour frapper. L'Italie a elle aussi eu cette patience une fois le ballon en sa possession, s'appuyant sur la qualité technique de ses milieux de terrain pour utiliser la largeur en attendant la faille dans le premier rideau défensif adverse. Soit deux équipes et deux organisations mais un seul objectif : que le ballon ne ralentisse plus une fois le premier espace trouvé.


Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti)

 
 
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