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Comment Copenhague a piégé Lille
22/08/2012 - 10:19

Comment Copenhague a piégé Lille

Les tirages faciles n'existent pas en Ligue des Champions. Même en barrage. Le LOSC et ses supporters le savent désormais, après avoir été dominés par le FC Copenhague pendant une bonne heure de jeu. Plus inquiétant que le score en lui-même (1-0), loin d'être irrattrapable, les Lillois ont été dominés dans des compartiments de jeu qui étaient leurs points forts la saison dernière : l'agressivité et la maîtrise technique. Si des solutions sont apparues en fin de partie, Rudi Garcia va devoir procéder à plusieurs ajustements pour que son équipe puisse prendre le dessus dans une semaine.


Les compositions :


FC Copenhague : Wilandt (21) - Jacobsen (2), Sigurdsson (17), Stadsgaard (4), Bengtsson (3) - Bolanos (30), Claudemir (6), Kristiansen (16), Oviedo (19) - Jorgensen (18), Santin (11).
Lille : Landreau (1) - Béria (18), Rozenhal (14), Chedjou (22), Digne (3) - Mavuba (24), Balmont (4), Martin (10) - Kalou (8), Payet (7), De Melo (9).


Copenhague : patience est mère de vertu


Si le LOSC a déjoué lors ce match aller, c'est aussi et surtout parce que la formation d'Ariel Jacobs s'est parfaitement comportée. Pendant une heure, et particulièrement en première période, les Danois ont réalisé une superbe prestation collective. Même si Witland a dû s'employer pour repousser un penalty de Payet et une frappe de Kalou, la domination de Copenhague était telle que leur ouverture du score à quelques minutes de la mi-temps n'était que pure logique. La preuve la plus flagrante réside dans leur capacité à priver les Lillois d'un ballon qu'ils ont l'habitude de monopoliser (60% de possession en faveur des locaux aux alentours de la demi-heure de jeu). Elément-clé de cette domination, le 4-4-2 à plat a offert une grande liberté créative aux Danois qui ont pu afficher leurs qualités sur toutes les lignes.


En début de partie, les Lillois avaient d'ailleurs décidé de tester les capacités de leurs adversaires en allant les chercher dans leur propre camp, par des sorties de Martin et Balmont au pressing. Mais les locaux ne se sont pas affolés. Très sûrs techniquement, ils ont fait tourner le ballon dans leur camp en attendant le bon moment pour faire la bonne première passe, celle qui lançait ensuite un mouvement dans la moitié de terrain lilloise. Les attaquants lillois n'étant pas aussi agressifs que les milieux de terrain, le FC Copenhague a rapidement trouvé la solution pour se défaire du pressing adverse et monopoliser le ballon. Le reste n'était ensuite que déplacements et utilisations des intervalles naturellement offerts par le 4-3-3 du LOSC.


Pour lancer leurs actions, les Danois cherchaient à atteindre des zones bien précises dans l'entrejeu : les intervalles entre les ailiers et les milieux axiaux et ceux laissés par ces derniers entre les lignes lilloises, à hauteur de Mavuba. Se défaisant facilement de la pression lilloise, les six joueurs à vocation défensive cherchaient leurs attaquants dans ces zones avant de pouvoir progresser dans le camp adverse. Si cette première passe n'arrivait pas, personne ne sortait de sa moitié de terrain. Sur les côtés, Bolanos et Oviedo se rendaient disponibles entre les milieux et les ailiers lillois. Plus haut, Jorgensen travaillait lui dans la zone de Mavuba, cherchant toujours à se positionner entre le ballon et le Français pour offrir des relais.


Dos au but, les trois hommes n'ont quasiment jamais cherché à tenir le ballon. A l'instar de ce que Claudemir et Kristiansen faisaient au moment de relancer, ils profitaient du soutien de quatre joueurs venus de l'arrière pour jouer en une ou deux touches de balle. Lorsqu'ils étaient pris par le pressing de Martin et Balmont, les deux milieux axiaux jouaient en effet en retrait ou à hauteur pour leurs défenseurs centraux ou latéraux. Le système était le même pour les trois joueurs à vocation offensive : ils rendaient le ballon à leurs milieux axiaux ou aux latéraux venus à hauteur dans les couloirs. Des nouveaux circuits se formaient alors, pour aboutir à un nouveau décalage permettant de lancer le mouvement final, via Bolanos, Oviedo ou Santin qui devaient prendre la profondeur.


Contrairement à ce qui peut se voir dans beaucoup d'équipes aujourd'hui, les latéraux de Copenhague n'étaient pas censés terminer les mouvements sur les ailes. A gauche, Oviedo était chargé d'aller au duel avec Béria et de centrer alors que Bengtsson restait en soutien. Malgré quelques tentatives, Jacobsen est lui aussi resté en retrait, laissant à Bolanos, Santin ou Jorgensen le soin de prendre l'espace dans le dos de Digne. Des comportements qui s'expliquent sans doute par l'envie de rester le plus souvent entre leur but et leurs adversaires directs (Kalou, Payet) afin de limiter les risques d'être pris de vitesse en contre. Du coup, les décalages sur attaque placée ont été majoritairement créées dans l'axe, entraînant des positions de tir ou de passes en profondeur depuis les 20/25 mètres. Mavuba a sauvé à plusieurs reprises ses partenaires grâce à son excellent positionnement. Il n'a en revanche rien pu faire sur le but (un centre en profondeur de Jacobsen, repris par Santin), qui a fait payer aux Lillois (et surtout à leurs joueurs de couloir) leur manque de présence défensive.


Défensivement, les Danois se repliaient sur trois lignes. Les deux attaquants restaient devant la médiane afin de repousser la relance du trio Chedjou-Mavuba-Rozenhal sur les côtés. Derrière, Kristiansen et Claudemir marquaient les milieux lillois, les suivant parfois dans leurs décrochages pour limiter leur champ d'action. Lorsque les Lillois usaient des couloirs pour progresser, le premier rideau défensif se resserrait sur l'aile afin d'enfermer le porteur de balle. Souvent à la réception des premières passes, Kalou et Payet ont subi plusieurs prises à deux qui ne leur ont laissé aucune chance. Derrière, les défenseurs n'ont eu aucun mal à contrôler De Melo lorsque ses coéquipiers le recherchaient en point d'appui au sol.


Des raisons d'y croire pour le LOSC ?


Inférieurs en première période, les Lillois sont néanmoins repartis de la capitale danoise avec quelques motifs d'espoir. Le changement de comportement en deuxième période leur a notamment permis de prendre le dessus sur une formation danoise qui semblait se fatiguer. Le 4-4-2 étant très gourmand en énergie, les Danois ont en effet été moins efficaces, offrant plus d'espaces au niveau de ses deux premières lignes défensives. Martin a notamment pu se libérer du marquage des milieux adverses pour participer aux premières passes avec Mavuba, Chedjou, Rozenhal et Gueye (entré en jeu à la place de Balmont). Les cinq hommes faisaient tourner le ballon dans leur moitié de terrain en attendant qu'une brèche se crée et leur permettre d'atteindre ailiers et latéraux au sol, De Melo dans les airs ou Roux (lui aussi entré en jeu) en profondeur dans la moitié de terrain adverse.


Si la dernière solution paiera peut-être dans une semaine, c'est dans les airs que les Lillois ont été les plus convaincants hier soir. Globalement, ils ont dominé les duels aériens, tant sur coups de pied arrêtés (danger constant sur corner) que dans le jeu. Cet avantage, Rudi Garcia pourrait en profiter au maximum la semaine prochaine. Puisque les Danois ont montré qu'ils avaient les qualités pour se défaire de l'emprise d'une équipe qui les attend dans l'entrejeu, les Lillois devront certainement aller les chercher plus haut qu'hier pour briser leur bloc-équipe et les forcer à jouer long, et provoquer ainsi des duels aériens. Un travail qui pèsera lourd dans les jambes en énergie, mais qui sera certainement indispensable si Copenhague réalise une prestation similaire dans une semaine. L'heure n'est plus au calcul, les Lillois devront se donner, avec et sans ballon.


Florent TONIUTTI
Sur twitter : @flotoniutti
Le blog : http://www.chroniquestactiques.fr


 
 
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