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Deschamps : un match, trois options
09/09/2012 - 23:08

Deschamps : un match, trois options

"Aucune raison de changer". En prononçant ces mots dimanche, Didier Deschamps pensait surtout à la défense centrale Sakho - Yanga-Mbiwa, qui a vocation à être  reconduite face à la Biélorussie mardi. La petite phrase s'appliquera-t-elle au onze de départ dans son intégralité? Après une victoire, il est fréquent que les sélectionneurs jouent la carte de la stabilité lorsque deux matches s'enchaînent de la sorte. Mais Deschamps, avec ce 4-3-3 qui a mal fonctionné sur les ailes et dans l'apport offensif, a trop de sujets de réflexion en tête pour ne pas être tenté par quelques infléchissements. Son idée de base reste un 4-4-2 avec Benzema et Giroud en pointe, aligné d'entrée contre l'Uruguay (0-0). Giroud redevient disponible. Au moment où l'entraîneur des Bleus mûrit son choix, penchons-nous sur les éléments-clés des deux systèmes de jeu observés jusqu'ici.


Face à l'Uruguay :


Ce premier match de l'ère Didier Deschamps a enfin permis de découvrir l'association Giroud-Benzema, souhaitée par (presque) tout un peuple pendant l'Euro. Malheureusement, la déception a été à la hauteur des attentes. Face à une Celeste parfaitement dans son rôle, les deux hommes n'ont eu que très peu de ballons dangereux à négocier et se sont faits discrets pendant toute la partie. Il faut dire que les Bleus devaient composer sans Yohan Cabaye, qui s'était affirmé comme un patron potentiel dans l'entrejeu au début de l'été. Le Magpie avait été supplée par la paire Mavuba-Gonalons, deux joueurs aux profils trop similaires pour faire oublier son absence. Milieux purement défensifs, habitués à laisser la création à d'autres joueurs dans leurs clubs (Cabaye puis Hazard pour Mavuba, Kallström pour Gonalons), les deux hommes avaient récité leurs partitions habituelles, ne cherchant que trop rarement les deux attaquants de pointe dans la profondeur.


La circulation de balle des Bleus devait donc passer par les côtés, via les latéraux, pour trouver ces accélérateurs avec Ribéry (à gauche) et Valbuena (à droite). Mais en face, l'Uruguay se montrait comme à son habitude très accrocheur dans les duels, et ne cédait que très rarement dans les couloirs. Pour faire la différence, Benzema et Giroud devaient alors s'excentrer pour soutenir les duos composés des ailiers et des latéraux, diminuant de fait la présence dans la surface de réparation adverse. Et comme ni Mavuba ni Gonalons n'avaient et n'ont l'habitude de suivre les actions, la défense centrale uruguayenne pouvait renvoyer sans difficulté la majorité des tentatives françaises. Un seul joueur est venu bousculer ce schéma en fin de partie : Etienne Capoue. Son aisance balle au pied et son allant offensif ont apporté ce qu'il manquait jusqu'ici aux Bleus dans l'entrejeu, voire dans la surface adverse.


Face à la Finlande :


Après la paire Benzema-Giroud, l'attraction de cette deuxième sortie des Bleus de Deschamps était Abou Diaby, dont le retour était attendu de tous. Et le Gunner n'a pas déçu puisqu'il a fait partie des hommes du match. Mis dans des conditions idéales par son sélectionneur, dans un rôle similaire à celui qu'il tient à Arsenal, Diaby a réalisé une grosse performance, récompensée presque logiquement par le seul but de la partie. Mais cette belle prestation individuelle n'a pas forcément eu l'impact attendu sur le collectif français. Les Bleus ont toujours autant eu de difficultés sur attaque placée. L'organisation finlandaise, en 4-3-3 en phase défensive, a aussi contribué à empêcher les Français chargés de la relance à trouver des relais au coeur de la moitié de terrain adverse. Avec le ballon aussi, les Finlandais ont posé des problèmes aux Bleus, frôlant l'égalisation et permettant aux joueurs à vocation défensive de sortir du lot (Mavuba, Sakho, Yanga-Mbiwa).


Sur ce match, le véritable problème de l'équipe de France résidait dans la complémentarité de son trio d'attaque, composé de Ribéry, Benzema et Ménez. Peu épargné pour sa prestation, le Parisien est passé brusquement d'un trio d'attaque quasi parfait en club à un autre beaucoup plus poussif. Face au LOSC avec Ibrahimovic et Pastore à ses côtés, les rôles étaient très clairs : Ménez prenait la profondeur lorsqu'Ibrahimovic dézonait pour aider ses milieux de terrain. Pastore restait lui dans l'axe, faisant office de relais à 40 mètres des buts adverses à la manière d'un véritable attaquant de soutien. Face à la Finlande, Ribéry et Benzema se sont partagés le même rôle, en multipliant les déplacements pour venir toucher le ballon dans l'entrejeu. Au fil des minutes, l'animation offensive des Bleus a été de plus en plus difficile à lire, sans véritable référent que ce soit en pointe ou sur les ailes. Troisième homme sur le plan du talent et de la qualité, Ménez n'a pu que suivre le mouvement et, à son entrée en jeu, Valbuena n'a pu faire beaucoup mieux.


Face à la Biélorussie ?


Après ces deux premières sorties, quels sont les choix qui se présentent à Didier Deschamps ? Une seule chose est sûre : derrière, les questions tourneront plus autour du choix des hommes que d'un quelconque intérêt tactique (pour l'instant en tout cas). A priori, la paire Sakho/Yanga-Mbiwa devrait être reconduite. Reste à savoir s'il en sera de même pour les latéraux. Le premier choix tactique du sélectionneur se lira surtout dans l'entrejeu : se contentera t-il de deux joueurs pour relancer la paire Benzema-Giroud ou reconduira t-il le milieu à trois vu en Finlande ? Posée différemment, la question peut concerner Abou Diaby : peut-il intégrer un milieu à deux têtes et jouer dans le même registre que face à la Finlande ? L'imaginer entre les lignes adverses derrière Benzema et Giroud peut paraître savoureux, mais le voir mardi soir dans un tel rôle semble plus illusoire.


Au-delà de l'aspect très offensif de ce choix, qui peut paraître approprié si la Biélorussie est aussi défensive qu'il y a deux ans, c'est sur le plan de la circulation de balle dans l'entrejeu que le positionnement naturel de Diaby pourrait poser problème. Face à la Finlande, Cabaye décrochait à hauteur de Mavuba afin de faire tourner le ballon d'un côté à l'autre du terrain (de Evra vers Réveillère et inversement) face à la première ligne adverse. A Arsenal, Diaby peut compter sur la qualité de distribution d'Arteta et de ses défenseurs (Koscielny et Vermaelen) pour se charger de ces passes. Il peut ainsi évoluer plus haut et peser dans la moitié de terrain adverse, aux côtés de Cazorla. Le trio défensif actuel des Bleus (Mavuba, Yanga-Mbiwa, Sakho) n'a pas la même qualité de passes que celui des Gunners. Diaby serait du coup contraint d'évoluer dans un rôle qui lui sied moins, plus bas afin d'aider à la remontée des ballons. De par sa palette technique, Cabaye pourrait peut-être apporter dans un rôle similaire à celui d'Arteta, surtout face à un adversaire qui viendra pour prendre un point, mais le Magpie ne semble pas encore à 100% physiquement en ce début de saison.


Au-delà de cet aspect tactique, une autre donnée sera peut-être prise en compte par le sélectionneur : la fragilité de Diaby. Une non-titularisation du Gunner mettrait certainement fin aux questions quant au schéma tactique, le 4-3-3 de Finlande ayant été taillé pour lui. Dans l'entrejeu, Capoue pourrait en profiter pour prendre une place dans le onze et retrouver un rôle où il avait été intéressant face à l'Uruguay il y a moins d'un mois, complétant un milieu plus défensif (Mavuba ?). Devant, Benzema et Giroud se retrouveraient associés. Sans surprise, Ribéry retrouverait l'aile gauche dans un registre similaire à celui qu'il connaît au Bayern et la place de titulaire à droite se jouerait sans doute entre Valbuena et Ménez. Il serait alors nécessaire que tout ce beau monde évite de se marcher sur les pieds à l'inverse de la dernière sortie en Finlande. Pour peu que les milieux n'aient pas besoin d'aide faire la transition défense-attaque, il suffirait que les attaquants récitent leurs partitions de club pour que ce mardi soit une belle soirée.


Troisième et dernière possibilité, conserver le 4-3-3 finlandais en ajustant le trio offensif pour plus de complémentarité. Le possible retour de Giroud dans le onze de départ pourrait le permettre, offrant un référent au coeur du jeu et un appui qui manquait aux Bleus en Finlande. Reste à savoir qui ferait les frais de ce come-back ? La hiérarchie finlandaise voudrait que Ménez cède sa place, mais Ribéry et Benzema seraient dans ces conditions obligés de changer leurs habitudes, sous peine de voir les Français connaître les mêmes difficultés que vendredi dernier.


Florent TONIUTTI
(twitter : @flotoniutti)



 
 
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