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Paris n'était pas d'attaque
04/10/2012 - 21:44

Paris n'était pas d'attaque

C'était son premier grand test européen et le PSG est passé à côté. Dominés dans tous les compartiments du jeu, les Parisiens ont dû s'en remettre à une défense centrale et un Sirigu efficaces pour repousser l'échéance. Auteur d'un grand match, James Rodriguez a trouvé la faille en fin de match, offrant à Porto une victoire logique. Les illusions de grandeur qui ont pu naître après le match face à Kiev ont volé en éclats : Paris a encore beaucoup de travail.


Verratti sur le reculoir

Le PSG et le FC Porto étant deux équipes dominantes, il n'était pas étonnant de les voir s'avancer sur la pelouse du Stade du Dragon dans leurs organisations habituelles. Le PSG était dans son traditionnel 4-3-3, avec un trio offensif positionnant Nene derrière les deux attaquants. Dans l'autre camp, le FC Porto évoluait lui en 4-1-4-1 quand le ballon était en possession des Parisiens avant d'exploser en 4-3-3. Les premières minutes de la partie ont vu les Portugais laisser le ballon à leurs adversaires. Pour eux, l'objectif était clair : mettre rapidement Verratti sous pression, afin de l'empêcher d'être le relais habituel entre la défense et l'attaque parisienne. Positionnés devant Fernando, Lucho et Moutinho sortaient à tour de rôle sur le regista parisien pour qu'il ne puisse pas s'exprimer dans sa zone de jeu préférentielle (aux abords du rond central, depuis la moitié de terrain parisienne). Au-delà de sa perte de balle dangereuse dans la surface de réparation de Sirigu, le milieu italien a été forcé de reculer, ce qui a permis à Porto d'avancer et de s'installer dans la moitié de terrain parisienne.

Poussé hors de sa zone de prédilection, Verratti n'a en effet pas pu être le relais propre vers ses attaquants (Ibrahimovic en tête) comme habituellement. Le PSG s'en est remis à des longs ballons en direction de Ibrahimovic ou Ménez (via la patte de Thiago Silva), mais les deux hommes étaient la plupart du temps pris à la réception par des défenseurs portugais en surnombre. En plus de maîtriser le terrain, les hommes de Vitor Pereira ont aussi eu la technique nécessaire pour s'installer avec le ballon dans les 40 mètres parisiens. Leur domination territoriale leur permettait de se déployer en phase offensive. Ressortant généralement les ballons par les couloirs, les Portugais progressaient soit en cherchant la profondeur et le duel via Varela ou Martinez, soit en demandant des relais dans l'axe pour lancer des combinaisons en triangles. Varela se déplaçait d'une aile à l'autre entre les deux couloirs et se rendait disponible pour combiner avec un latéral (Danilo à droite, Alex Sandro à gauche) et un milieu de terrain (Moutinho ou Lucho en général, Fernando parfois). Moutinho avait pu démontrer ses qualités dans ce domaine, lui qui sollicitait souvent ce style de jeu avec la sélection portugaise pendant l'Euro.

Au-delà de cette recherche de triangles, Porto a marqué son empreinte sur la première période grâce à deux joueurs : James Rodriguez et Fernando. Chargé de fermer un couloir en phase défensive, le jeune Colombien était très libre dès que son équipe récupérait le ballon. Au lieu de rester sur son aile, il rentrait toujours à l'intérieur du terrain afin d'offrir un relais supplémentaire à Lucho et Moutinho. Il pouvait lui aussi participer au jeu sur les ailes, mais surtout recherchait les intervalles plein axe, entre les trois milieux parisiens. A plusieurs reprises, il s'est lancé vers les buts de Sirigu, profitant des services de Lucho ou Moutinho, qui pouvait aussi se projeter dans les mêmes conditions. Second joueur-clé, Fernando a lui évolué en retrait de cette animation et s'est assuré de la bonne circulation de balle portugaise. Lorsque Paris fermait un côté, il permettait à Porto de ressortir du couloir pour relancer une nouvelle attaque, plein axe ou sur l'autre aile. Les milieux parisiens étant forcés de défendre sur Rodriguez, Lucho et Moutinho (trois contre trois), Fernando s'est généralement retrouvé libre de tout marquage à 40 mètres des buts de Sirigu. Il pouvait ainsi récupérer les ballons et orienter le jeu à sa guise.

Des problèmes de la première ligne parisienne

En vérité, la sentinelle de Porto profitait de l'absence de travail défensif de la part des trois attaquants parisiens. Dans sa zone sur le papier, Nene n'a jamais semblé travailler pour gêner ses transmissions. Ibrahimovic et Ménez n'ont pas non plus pesé lourd dès lors que Paris n'avait plus le ballon. Porto savait que le PSG présenterait une première ligne axiale et a réagi en conséquence en remontant le ballon par les côtés. A aucun moment, les attaquants parisiens n'ont changé de comportement défensif alors que le collectif, et surtout le milieu à trois, avaient besoin de leur soutien. Les problèmes étaient aussi nombreux lorsque Paris récupérait le ballon. Repoussé dans son camp par le pressing portugais, Verratti avait besoin du soutien d'attaquants capables de se rendre disponibles dans l'entrejeu. Les quelques décrochages de Nene l'ont vu subir la pression de Fernando, bien présent dans son dos. Ibrahimovic, impeccable à Lille fin août dans ce rôle, n'a lui que très peu décroché. Ses rares déviations à hauteur de la ligne médiane ont pourtant libéré Verratti, permettant à l'Italien d'ajuster ouvertures et transversales, vers les couloirs ou en profondeur.

Le Suédois a préféré resté aux avants-postes afin d'être à la retombée des relances longues de ses défenseurs. Le léger renouveau parisien est finalement venu d'un changement de style au retour des vestiaires. Plutôt que de se positionner entre les lignes de Porto, Chantôme et Matuidi restaient plus à hauteur de Verratti afin de soulager ce dernier du pressing adverse. Paris ne cherchait plus immédiatement la verticalité, choisissant désormais de sortir de l'axe densifié par Porto avant d'avancer sur le terrain. Les mouvements offensifs partaient donc des couloirs, via Maxwell ou Van der Wiel, qui bénéficiaient de solutions offertes par Matuidi, Chantôme, Ménez ou Ibrahimovic, tous présents devant eux. Parmi ces quatre joueurs, Ménez a été le plus percutant, se montrant disponible et difficile à stopper une fois lancé sur une aile. Matuidi a lui réussi à tenir le ballon côté gauche mais a rarement trouvé la bonne passe vers l'avant. Le manque de soutien et de mouvement (Ibrahimovic et Nene statiques) condamnaient ces relayeurs à subir le surnombre portugais une fois arrivés dans les trente derniers mètres. Dans un premier temps, cette inefficacité est néanmoins passée au second plan, puisque Paris semblait enfin avoir inversé le rapport de force dans l'entrejeu. A défaut de subir réellement, Porto reculait.

Coaching malheureux et final symbolique

Mais la Ligue des Champions est impitoyable : quand une équipe ne se crée pas d'occasions dans un temps fort, elle finit par le payer. Positionné plus bas sur le terrain, Porto n'en était pas moins dangereux : avec des déplacements toujours difficiles à lire, James Rodriguez a mené quelques contres dangereux suite à des remontées de balle très rapides. A l'heure de jeu, Sirigu a ainsi dû se montrer décisif face à Varela, décalé par Moutinho. Le véritable point de basculement de cette fin de match est intervenu à l'entrée du dernier quart d'heure avec la sortie de Ménez au profit de Lavezzi. Normalement, l'Argentin devait reprendre le rôle que tenait Ménez, désormais chargé d'apporter sa qualité de percussion dans l'entrejeu. Mais la blessure de l'ex-Napolitain a eu raison de ce plan. Sa sortie a privé les Parisiens du seul profil capable d'enfoncer la première ligne portugaise, Pastore l'entrant n'étant pas dans ce registre. Les possessions parisiennes n'ont plus eu de relais capables d'accélérer le rythme balle au pied et vu que le bloc portugais ne laissait que peu d'intervalles, le PSG n'avait plus rien à espérer devant.

Derrière, Sirigu et la défense centrale tenaient encore le choc malgré les assauts répétés de Atsu ou les tentatives de débordements de Danilo et Alex Sandro. Mais finalement, c'est une mauvaise relance d'un attaquant parisien (Nenê en l'occurence) qui a été fatale : une perte de balle de Nenê aboutissant à la reprise victorieuse de James Rodriguez après un joli mouvement latéral de Porto. Une dernière action à ajouter au mauvais bilan des attaquants parisiens sur ce match. Au plus haut niveau, défenseurs, milieux et attaquants pressent, attaquent, défendent et relancent ensemble. Hier soir, le PSG a clairement été abandonné par son attaque. La saison dernière, le travail défensif de la première ligne parisienne posait déjà problème, notamment dans les grands matchs. Cet été, l'arrivée d'Ibrahimovic n'annonçait pas de progrès dans ce domaine. Cette rencontre face à Porto n'a été qu'une confirmation dans ce domaine.  Un match qu'aurait certainement perdu le Milan AC de ces dernières saisons, un Milan qui a toujours réalisé de bons parcours en Ligue des Champions sans jamais apparaître comme un favori. Voilà peut-être ce qu'est vraiment le PSG, pour cette édition 2012/2013.

Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti)


Le blog : http://www.chroniquestactiques.fr

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