Chaque semaine, trouvez ici la crème du blog e-foot.eu, tenu depuis 2009 par Florent Toniutti. Analyses de match et rapports tactiques fouillés, comme à l'entraînement.
Valbuena ou Ménez, ça change tout
Le choc face à l'Espagne a beau être déjà dans toutes les têtes, l'équipe de France va devoir passer par un match amical face au Japon avant de rentrer dans le vif du sujet. Cette rencontre pourrait permettre au sélectionneur de tester une nouvelle fois le 4-4-2 vu face à l'Uruguay. Un schéma qui permettrait de revoir Benzema-Giroud ensemble en pointe, et surtout de peaufiner l'animation autour des deux hommes. Même s'il ne sera pas là, Franck Ribéry récupèrera quoi qu'il arrive son poste sur le côté gauche de l'attaque française. Depuis plusieurs années, une seule incertitude subsiste encore et toujours et elle concerne le poste de milieu droit. Au vu de l'actuel groupe France, ils seront sans doute deux à lutter pour cette place de titulaire, Mathieu Valbuena ou Jérémy Ménez, à moins que Clément Chantôme ne profite de l'absence de Ribéry à gauche pour se faire une place. Quelque soit le vainqueur, une chose est sûre : le choix final du sélectionneur pèsera beaucoup sur l'animation offensive des Bleus.
Valbuena : pour la construction
A Marseille, il est la pierre angulaire du système de jeu mis en place par Elie Baup. Positionné au coeur du 4-2-3-1 phocéen, il doit se rendre disponible sur les ailes de manière à créer des surnombres dans l'entrejeu pour aboutir ensuite à des décalages. Sa rapidité ainsi que son efficacité dans les petits périmètres font de lui un accélérateur efficace à l'approche des 30 derniers mètres. S'il est moins présent à la finition, son apport au jeu est indéniable et permet à ses partenaires de l'attaque de briller dans la zone de vérité.
Est-il possible de retrouver le Valbuena de l'OM sous les couleurs de l'équipe de France ? Sans doute. Le 4-4-2 à plat le placerait certes à droite en phase défensive, mais rien ne l'empêcherait de dézoner dès qu'une attaque se développerait côté opposé. Il serait d'ailleurs dommage de limiter le Marseillais à un rôle d'ailier pur, au vu de son activité depuis le début de la saison. Face à l'Uruguay, les Bleus avaient développé la majorité de leurs offensives dans les couloirs, faute de milieux axiaux capables de prendre le jeu à leur compte. Dans un système similaire, Valbuena pourrait dézoner sur l'aile gauche pour combiner avec le milieu et son latéral. Son déplacement éviterait à l'un des attaquants de pointe (Benzema-Giroud) de dézoner à son tour pour aider ses partenaires. Les Bleus conserveraient du coup deux véritables attaquants de pointe, capables de peser ensemble dans la zone de vérité. Côté opposé, le latéral droit occuperait la zone laissée libre par Valbuena, tandis que la couverture serait assurée par un quatuor, composé des deux milieux défensifs et des deux défenseurs centraux.
Et la réciproque est tout à fait imaginable en cas d'attaque du côté de Valbuena : le milieu gauche quitterait à son tour son aile pour venir créer le surnombre avec le Marseillais et son latéral. Le latéral gauche avancerait dans le couloir pour se rendre disponible en cas de renversement et les deux attaquants auraient uniquement à se soucier de leurs déplacements dans les 20 derniers mètres. Cette animation demanderait toutefois beaucoup de spontanéité dans les transmissions entre les trois joueurs chargés de créer le décalage (les deux milieux et le latéral), car un surnombre n'est utile que lorsque les intervalles qu'il crée sont ensuite exploités rapidement...
Ménez : pour la finition
Après avoir été l'homme de percussion sur les ailes parisiennes lors du précédent exercice, Jérémy Ménez a changé de registre depuis le début de cette saison. Sans doute aidé par les pépins physiques répétés de Lavezzi, l'ancien Romain est aujourd'hui le premier dévoreur d'espaces du PSG. Souvent à hauteur de la ligne défensive adverse, il doit sentir les coups et apporter de la profondeur au jeu parisien. Complément idéal d'un Ibrahimovic qui aime décrocher, sa zone d'influence privilégiée se situe dans les 30 derniers mètres. Justement à l'inverse d'un Valbuena, qui opère plus dans la première moitié du camp adverse.
Positionné à droite dans le 4-4-2 des Bleus, Ménez ne prendrait sa pleine mesure que dans un rôle de finisseur ou de joueur de profondeur. Impossible et inutile de lui demander d'apporter la même chose que Valbuena. Son rapport au couloir droit changerait complètement. A l'aise dans les duels, surtout à pleine vitesse, le Parisien aurait certainement plus d'atouts à faire valoir que le Marseillais s'il venait à être lancé en profondeur sur l'aile, que ce soit par son latéral ou par un milieu de terrain. Les Bleus auraient donc la possibilité d'envoyer un jeu direct, usant de Ménez comme véritable ailier avec les duels à disputer et les actions en solitaire qui vont avec. Qui dit jeu direct dans la profondeur entraîne aussi un latéral qui n'a pas à se découvrir sur ces phases de jeu. Ce contexte permettrait de libérer un milieu axial sans avoir à découvrir les Bleus derrière. Ils conserveraient quatre joueurs en couverture (trois défenseurs et un milieu de terrain).
Au-delà de son impact en tant que véritable ailier, Ménez pourrait aussi devenir le complément des attaquants. Son inutilité dans les phases de construction serait naturellement compensé par les décrochages et les déplacements d'un attaquant (Benzema). Dans ces conditions, Didier Deschamps lui demanderait sans doute de se comporter comme un attaquant et de multiplier les courses en profondeur pour être présent à la finition des actions, et compenser l'absence d'une pointe. Autre possibilité du même ordre, la présence de Ménez à droite pourrait pousser les Bleus à construire leurs attaques sur l'aile gauche. Ménez deviendrait alors une arme à utiliser en fin de mouvement, après un renversement de jeu afin de lui créer des situations de un-contre-un sur son aile.
Conclusion :
Pour peu que Didier Deschamps souhaite mettre ses joueurs dans les mêmes conditions qu'en club, le choix du milieu droit pourrait donc complètement transformer l'animation des Bleus. Une titularisation de Valbuena permettrait aux attaquants de se concentrer sur leur tâche première, mais nécessiterait beaucoup de justesse dans les échanges au milieu de terrain pour créer les décalages. A l'inverse, le choix de Ménez apporterait sans doute plus de vitesse, de percussion et de profondeur au jeu des Bleus, si tant est que la construction française lui offre des positions idéales pour se montrer sous son meilleur jour.
Et après, l'association ? Au vu de leurs profils opposés, Didier Deschamps sera peut-être amené à tester les deux hommes ensemble sous le maillot bleu. Depuis le début de saison, Valbuena excelle au poste de soutien à l'attaquant tandis que Ménez se montre régulièrement intéressant dans son rôle d'accélérateur avec le PSG. Mettre le Marseillais dans des conditions similaires à celles qu'il connaît à Marseille, mais avec des partenaires de plus haut niveau (Ribéry à gauche, Benzema en pointe, Ménez à droite) pourrait être l'un des tests à faire pour une équipe de France qui trouvera certainement son salut dans sa capacité à maîtriser plusieurs formules offensives.























