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Le flair de Deschamps, le facteur Valbuena
17/10/2012 - 10:14

Le flair de Deschamps, le facteur Valbuena

Qui aurait pu le croire après la dernière sortie des Bleus face au Japon ? Au prix d’une superbe deuxième mi-temps, les Bleus sont allés chercher un point presque inespéré sur la pelouse du Vicente-Calderon. Inespéré mais loin d’être volé : ultra-dominatrice durant le premier acte, l’Espagne a loupé le coche avant la mi-temps et a multiplié les erreurs de gestion par la suite. Depuis son banc de touche, Deschamps a flairé le bon coup et a su faire les changements nécessaires pour ramener un point de Madrid.


L’Espagne maître de la rencontre :


Avant la rencontre, quelques incertitudes subsistaient encore concernant le onze de départ espagnol. Finalement, c’est une Roja offensive qui s’est présentée sur la pelouse habituelle de l’Atletico Madrid. Busquets formait la défense centrale avec Ramos, laissant Xabi Alonso en sentinelle derrière les deux créateurs du Barça : Xavi et Iniesta. Devant, Silva et Pedro étaient positionnés sur les ailes au coup d’envoi tandis que Fabregas était toujours en pointe. Face à ce système, la France s’est comme prévu avancée en 4-1-4-1 sitôt le ballon perdu. Benzema évoluait seul en pointe et semblait être le seul joueur déchargé des tâches défensives. Derrière lui, Ménez, Cabaye, Matuidi et Ribéry formaient une première ligne de quatre au sein de laquelle venait s’ajouter Gonalons lorsque les Français étaient contraints de reculer dans leurs trente mètres. Enfin, la défense composée de Debuchy, Koscielny, Sakho et Evra devait rester intraitable autour de sa surface de réparation.


Sans surprise, les premières minutes de la partie ont offert le ballon à l’Espagne. Sur le premier ballon qu’ils ont eu à négocier, les Bleus ont envoyé une longue passe à destination de Benzema, pris par la charnière Ramos-Busquets. Matuidi et Cabaye tentaient bien d’être présents sur les seconds ballons mais la Roja sortait toujours gagnante de ces confrontations, sa maîtrise technique s’ajoutant à l’avantage du nombre dans son camp. Incapable de gêner les premières transmissions espagnoles, la première ligne défensive des Bleus faisait front à une quarantaine de mètres des buts de Lloris. Point très important, les distances entre les quatre milieux de terrain français étaient réduites un maximum. En vérité, l’objectif était d’encadrer les deux relayeurs qu’étaient Xavi et Iniesta, de manière à pouvoir limiter leur influence balle au pied, tout en bénéficiant de l’apport de Gonalons pour leur bloquer la profondeur.


La sortie sur blessure de Silva au quart d’heure de jeu a été le premier coup dur pour l’Espagne dans cette partie, le Mancunien étant le premier homme censé décrocher pour prêter main forte à ces deux milieux de terrain. L’Espagne a alors revu sa copie en faisant de Xabi Alonso et de ses latéraux ses joueurs référents à la création. Sans adversaire direct, le Madrilène a pu orienter le jeu d’une aile à l’autre, en bénéficiant (si besoin) des relais de ses milieux de terrain qui revenaient à sa hauteur pour sortir de la zone ciblée par leurs homologues français. L’animation espagnole était alors assez simple à décrire. Sur les premières passes (depuis sa moitié de terrain), elle écartait le jeu pour faire reculer la première ligne française. Puis dans un second temps, elle ressortait le ballon des couloirs et repassait par Xabi Alonso pour ensuite lancer ses offensives (le plus souvent de l’autre côté).


Une fois la première ligne française acculée dans ses 30 mètres, les Espagnols ont logiquement insisté sur l’aile gauche. Avec Alba, Iniesta et Pedro (ou Cazorla), ils ont pu s’appuyer sur un triangle qui a profité du côté faible de la défense bleue pour trouver des espaces entre le latéral (Debuchy) et le défenseur central (Koscielny). La plupart du temps, l’Espagne positionnait un joueur (Alba, Pedro) très haut le long de la ligne de touche de manière à fixer Debuchy à sa défense tout en offrant un relais vers l’intérieur pour un joueur lancé dans la profondeur. Pedro, Iniesta et Alba se sont échangés ce rôle à plusieurs reprises et ont profité de l’absence de repli des milieux de terrain français face à eux pour se retrouver directement face à Koscielny. Avant que Sergio Ramos n’ouvre le score, les Bleus concédaient de plus en plus de corners. Avant la mi-temps, le penalty obtenu par Pedro l’a été après un duel face à Koscielny. A ce moment de la partie, personne n’imaginait sans doute que l’arrêt de Lloris aux dépens de Fabregas fasse office de tournant du match.


L’Espagne sans étincelle :


Et pourtant, les deux équipes sont revenues aux vestiaires avec un seul but d’écart. Dominés, les Français n’avaient pas montré beaucoup de choses offensivement : seule la relation Ribéry-Benzema semblait fonctionner lorsque les deux hommes réussissaient à prendre le dessus sur leurs adversaires directs (Arbeloa pour l’un, Busquets pour l’autre). Au retour des vestiaires, l’Espagne donnait en plus l’impression de revenir en ayant rééquilibré son système de jeu. Désormais, Cazorla épaulait Arbeloa à droite, offrant ainsi un second duo à celui formé par Alba et Pedro. Toutefois, le jeu espagnol continuait de pencher côté gauche en raison de l’apport d’Iniesta dans le couloir. Mais les tuiles allaient s’accumuler pour les locaux : touché lui aussi, Arbeloa était contraint de céder sa place à Juanfran. Plus qu’un changement à faire pour Del Bosque… Alors que son équipe commençait à se fatiguer.


Car passées les premières minutes du second acte, la Roja a tout simplement arrêté d’attaquer. Les mouvements continuaient d’amener les ballons sur les ailes, mais plus personne ne daignait faire l’appel en profondeur censé déstabiliser la défense française. Dans l’axe, Fabregas se montrait incapable d’offrir des solutions correctes par ses déplacements. Conséquence, comme à plusieurs reprises lors du dernier Euro, l’Espagne devait enclencher le mode gestion et faire tourner le ballon au milieu de terrain, de préférence dans la première moitié du camp adverse. C’est à ce moment précis que le coaching de Didier Deschamps est entré en compte. En faisant entrer Valbuena à la place de Gonalons, le sélectionneur français a inversé son triangle dans l’entrejeu, positionnant un joueur dans la zone de Xabi Alonso… Qui était le joueur-référent des Espagnols en première mi-temps.


Désormais, lorsque l’Espagne voulait ressortir des couloirs pour lancer une nouvelle phase de jeu, ses milieux de terrain (Xavi, Xabi Alonso) se retrouvaient sous la pression des milieux français qui défendaient en avançant dans la foulée de Valbuena (Matuidi et Cabaye formaient le double pivot). Cette tactique était évidemment à double tranchant puisque les espaces étaient plus importants devant la défense française, mais elle s’est avérée payante face à des Espagnols qui ont multiplié les erreurs dans leurs transmissions au milieu de terrain. Au-delà de sa présence défensive, Valbuena devenait aussi un relais évident dans l’orientation du jeu, plus proche de ses milieux que Benzema et capable d’écarter rapidement vers les joueurs excentrés (Ménez et surtout Ribéry côté gauche). Sans doute fatigué, le Parisien a cédé sa place à Sissoko, entré dans un registre de milieu droit où il a pu faire parler son gabarit dans les dernières minutes (tant défensivement qu’à la remontée des ballons).


Finalement, l’égalisation française intervenue dans le temps additionnel est venue ponctuer une fin de match très mal gérée par les Espagnols : un corner très mal négocié, un ballon bien ressorti de leur couloir droit par Sissoko et Cabaye, une orientation du jeu manquée de l’ancien Lillois… Mais un ballon immédiatement perdu par Juanfran face au pressing de Evra. Derrière, tout est allé très vite. Sissoko a fait le travail en amont pour Ribéry. Giroud a fait un déplacement d’école dans la surface espagnole et au bout des arrêts de jeu, les Bleus étaient récompensés de leur deuxième mi-temps. Une récompense juste, qui est venue punir une Espagne complètement à côté de son sujet dans la dernière demi-heure. Tellement qu’il ne faudrait pas que les Français regrettent leurs occasions lors du décompte final.


Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti)


Le blog : http://www.chroniquestactiques.fr


A lire aussi :
- Les analyses tactiques sur l'équipe de France
- Les analyses tactiques sur le football français
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