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Les chamboulements pleins d'équilibre de Francis Gillot
17/11/2012 - 11:51

Les chamboulements pleins d'équilibre de Francis Gillot

De la colère à la satisfaction. En deux semaines, Francis Gillot est passé par tous les états. Après le coup d'arrêt face à Bastia (1-3), ses Bordelais avaient touché le fond à Montpellier en Coupe de la Ligue, s'inclinant sur la plus petite des marges dans "un match de DH" selon l'intéressé. Bien décidé à sortir ses hommes de "leur confort", le coach avait demandé une réaction immédiate de la part de ses troupes. Joignant les actes à ses paroles en écartant temporairement certains joueurs, il a vu ses voeux exaucés : son équipe a enchaîné trois victoires de rang, conserve son destin en main en Ligue Europa et reste sur une démonstration de force à Lorient (4-0)... Qui plus est dans son 5-3-2 tant décrié pour son caractère ultra-défensif.

Gestion de groupe et pragmatisme tactique

Au-delà des résultats, la belle semaine traversée par les Girondins de Bordeaux en dit beaucoup sur les méthodes de son entraîneur. Dans la gestion de son groupe d'abord : excepté Cédric Carrasso dans les cages, personne n'est indispensable. Le coach s'est ainsi volontairement passé de Marc Planus face à Toulouse et au Maritimo Funchal, la paire Henrique-Sané se montrant plus à l'aise pour couvrir un bloc positionné haut. Et de la même façon qu'il n'y a aucun passe-droit pour les joueurs de champ, personne n'est définitivement écarté. A l'inverse de ses prédécesseurs qui réduisaient eux-mêmes leur groupe au fil de la saison, l'ancien entraîneur de Lens et Sochaux a su impliquer tout le monde. Sur la dernière semaine de compétition, 18 joueurs ont participé aux trois rencontres remportées par les Bordelais. Un turnover qui a notamment permis aux cadres de souffler (Plasil et Obraniak en tête), mais surtout à des joueurs de revenir de nulle part à l'instar de David Bellion, buteur face à Funchal, ou Florian Marange, qui enchaîne les prestations correctes en tant que troisième défenseur central depuis le départ de Michael Ciani à la Lazio.

Encore très loin du haut niveau la saison dernière, ces derniers semblent être aujourd'hui rentrés dans la rotation mise en place par le staff bordelais. Au-delà de la possibilité de reposer certains, ce turnover permet aussi à l'équipe de s'adapter tactiquement à n'importe quelle situation. Depuis le début de la saison, Bordeaux a déjà joué dans quatre schémas de jeu différents : une capacité à changer de visage qui complique forcément la préparation des rencontres pour les équipes adverses. Là encore, les trois derniers matchs des Girondins sont révélateurs puisque ces derniers ont commencé par battre Toulouse en 4-4-1-1 avant de vaincre le Maritimo avec un 4-4-2 en losange et d'aller prendre les trois points à Lorient en 5-3-2. A défaut d'avoir un effectif suffisamment fourni pour imposer une schéma inamovible (à l'instar du PSG par exemple), Francis Gillot a mis en place un collectif-caméléon, capable de s'adapter au contexte et à l'adversaire... Mais sans jamais renier certains principes qui résistent à tous les changements d'organisation.

L'obsession de l'équilibre

Le premier concerne l'équilibre de l'équipe. C'est le cas pour tous les entraîneurs, ou en tout cas une très large majorité, et Francis Gillot n'y échappe pas : quelque soit son onze de départ, le coach girondin cherche à présenter une équipe équilibrée tactiquement. Qu'ils soient deux ou trois alignés, un milieu de terrain est ainsi constamment préposé aux tâches défensives, afin de soutenir une défense centrale jamais rassurante lorsqu'elle est livrée à elle-même. Généralement, ce rôle revient à Landry Nguemo, Lamine Sané et Grégory Sertic étant les deux solutions de remplacement. Les latéraux, Benoît Trémoulinas et Mariano, participent aux mouvements offensifs à tour de rôle, l'un restant en couverture quand l'autre pousse ses montées jusque dans les 30 derniers mètres adverses.

Si cette prudence entraîne parfois un manque de présence dans la surface adverse, notamment lorsque l'équipe évolue avec un défenseur central supplémentaire, elle permet aussi aux Girondins de libérer deux joueurs en phase offensive pour fixer la défense adverse. Quelque soit le schéma de jeu en place au coup d'envoi, Francis Gillot aligne toujours deux joueurs pour demander les ballons devant. A Sochaux déjà, il travaillait de cette manière avec le duo Ideye-Maïga. A Bordeaux, les hommes alignés devant changent évidemment avec les systèmes mais leurs rôles diffèrent peu. Qu'ils soient deux en pointe (Gouffran, Diabaté ou Bellion) ou l'un derrière l'autre (Gouffran ou Diabaté en pointe, soutenu par Plasil, Maurice-Belay ou Jussiê), c'est un véritable duo d'attaque qui est chargé de faire bouger les lignes dans les 30 derniers mètres. Généralement, l'un des deux est envoyé au combat avec les défenseurs adverses quand l'autre navigue dans le bloc adverse à la recherche d'intervalles à exploiter, que ce soit avec (Maurice-Belay) ou sans le ballon (Jussiê, Plasil).

Utiliser la largeur

Toujours au-delà des questions de système, Francis Gillot a fait de Bordeaux une équipe qui développe ses attaques en occupant toute la largeur du terrain. Là encore, le technicien fait avec les qualités de son groupe en mettant à contribution deux de ses meilleurs éléments avec Benoît Trémoulinas et Mariano. Les deux hommes sont en effet des référents indispensables pour leurs milieux de terrain et participent ainsi à la libération de celui qui se retrouve deuxième attaquant. Signes évidents de leur importance, Trémoulinas et Mariano sont dans le Top 5 des Girondins qui touchent le plus de ballons par match, juste derrière Nguemo et Obraniak. Une statistique qui permet de dégager l'un des circuits de passes récurrents des Bordelais, qui traverse la largeur du terrain pour aller d'un latéral à l'autre.

Excepté sur attaque rapide, c'est sur la qualité de ces enchaînements que se construit généralement l'efficacité offensive des Girondins : plus vite ils renversent le jeu et plus ils bénéficient d'espaces pour faire la différence dans les trente derniers mètres. Un style qui encourage le jeu mi-long ou long plutôt que les passes courtes, comme l'évoquait Francis Gillot dans un entretien accordé à So Foot (n°95, avril 2012) : "Depuis trois mois, on met l'accent sur les diagonales, on fait beaucoup d'exercices là-dessus. On fixe dans l'axe pour aller sur les côtés." Une approche offensive qui se rapproche plus de l'idéal mancunien que de la référence barcelonaise du moment mais qui a clairement porté ses fruits au vu des résultats des Girondins sur l'année 2012.

Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti)

 
 
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