Le Milan AC tient son match référence

Le Milan AC tient son match référence
le 26/11/2012 à 11:38

Après un succès concluant face à Chelsea, la Juve revenait au quotidien du championnat en allant visiter le Milan AC dimanche soir. Une affiche forcément mais pas un choc, les Milanais étant englués dans la deuxième moitié du classement. Toutefois, ce sont eux qui sont sortis vainqueurs de cette opposition de qualité. Reprenant certains aspects du projet de jeu des Blues, les Rossoneri y ont ajouté une vraie dimension collective qui leur a permis de tenir lorsque la pression adverse était à son apogée. Récit d'un match qui sera peut-être charnière dans la reconstruction du club milanais.


L'opposition :


Sans changer de système de jeu (3-5-2), la Juve s'avançait sans deux de ses titulaires habituels sur la pelouse de San Siro : Lichtsteiner et Chiellini, très important pour la qualité de la relance turinoise. Les deux hommes étaient remplacés poste pour poste par Isla et Caceres. Les neuf autres joueurs présents sur la pelouse au coup d'envoi étaient ceux qui avaient triomphé du champion d'Europe en titre en milieu de semaine (Buffon, Barzagli, Bonucci, Asamoah, Pirlo, Marchisio, Vidal, Vucinic et Quagliarella). En face, le Milan AC se présentait en 4-3-3. Pour protéger Amelia, Mexès et Yepes formaient la défense centrale, encadrés par Constant (à gauche) et De Sciglio (à droite). Devant celle-ci, Allegri avait positionné deux lignes de trois joueurs : Montolivo, De Jong et Nocerino dans l'entrejeu ; Robinho, Boateng et El-Shaarawy devant.


Comme d'habitude chez les équipes qui affrontent la Juve, les attaquants étaient les premiers défenseurs : Robinho, Boateng et El-Shaarawy se positionnaient pour gêner les relances du quatuor Barzagli-Bonucci-Caceres-Pirlo. En début de partie, c'était tout le bloc milanais qui cherchait à évoluer haut dans le camp turinois de manière à mettre les Bianconeri sous pression. Les trois attaquants multipliaient les courses, Boateng en tête dans l'axe, et bénéficiaient du soutien de Nocerino et Montolivo, tous deux prompts à sortir sur le porteur de balle. Si la Juve venait à écarter, les latéraux prenaient le relais, laissant le trio formé par De Jong, Yepes et Mexès en couverture. Les Rossoneri ont toutefois réservé ce pressing qu'en certaines occasions (Juve repartant de très bas dans son camp), cherchant d'abord à limiter les transmissions courtes (du quatuor relanceur vers Marchisio ou Vidal).


Éteindre la relance :


Pour y parvenir, les trois attaquants milanais s'opposaient donc aux défenseurs adverses (Bonucci-Boateng, Barzagli-El Shaarawy, Caceres-Robinho). Lorsque le ballon était encore dans les 30 mètres de la Juve, Nocerino quittait sa position, à gauche du milieu à trois, pour mettre la pression sur Pirlo. Une fois le bloc turinois sorti du pressing, les trois attaquants milanais se repliaient : Boateng se retrouvait dans la zone de Pirlo tandis que Robinho et El-Shaarawy restaient dans celles de Caceres et Barzagli. Derrière cette première ligne, les marquages étaient clairs : Nocerino était sur Vidal, Montolivo sur Marchisio et De Jong protégeait la défense centrale des décrochages de Vucinic ou Quagliarella. La défense milanaise était elle positionnée très bas, limitant les possibilités en profondeur tant dans l'axe que dans les couloirs.


Au bout du compte, trois joueurs échappaient à l'organisation tactique de la formation d'Allegri : Bonucci de sa position axiale, légèrement décroché par rapport à Barzagli et Caceres, ainsi que Asamoah et Isla dans les couloirs, à hauteur du milieu à trois turinois. A plusieurs reprises, la relance de la Juve a cherché ses latéraux par des relances longues, ces derniers étant chargés ensuite de trouver des solutions courtes à l'intérieur du le camp milanais. Bonucci pouvait aussi avancer balle au pied pour attaquer la première ligne adverse . Il obligeait alors Boateng à lâcher le marquage de Pirlo pour venir à sa rencontre. Dans ce cas, De Jong quittait sa zone devant le duo Mexès-Yepes pour récupérer le marquage de ce dernier. Des espaces s'ouvraient alors devant la défense pour les décrochages de Vucinic ou Quagliarella. Mais les bons déplacements de Boateng empêchaient Bonucci de trouver la profondeur pour les toucher directement et dans les pieds.


Au final, l'axe Bonucci-Pirlo-Vucinic n'a que très peu existé, excepté dans les airs où une déviation de Vucinic a abouti sur une tentative de Quagliarella. La plupart du temps, le Monténégrin était la cible des passes vers l'intérieur de ses latéraux, mais ses déviations se heurtaient au surnombre milanais. Nocerino et Montolivo n'ont jamais lâché leurs marquages et De Jong était un complément idéal pour combler les rares brèches. Si besoin, Mexès et Yepes pouvaient aussi sortir de leur défense. La capacité de la Juve à trouver ses latéraux lui permettaient au moins de tenir le ballon dans le camp milanais : Pirlo a notamment pu en profiter en bénéficiant d'une certaine liberté une fois la phase de relance franchie. Mais sans profondeur, son apport à la construction s'est surtout résumé à des réorientations de jeu en cas de couloir bloqué.


Milan comme Chelsea :


En place défensivement, le Milan n'en a pas oublié d'attaquer malgré une formation sans attaquant de pointe (décidément). Positionné entre El-Shaarawy et Robinho, Boateng décrochait de sa position en phase défensive et jouait les relais en cas de contre-attaque. Faisant parler sa puissance dans la zone de Pirlo, il cherchait ensuite à ouvrir le jeu vers ses attaquants qui, depuis les ailes, filaient ensuite aux duels avec Barzagli, Bonucci ou Caceres. Un projet de jeu qui n'était pas sans rappeler ce qu'avait pu tenter Chelsea en milieu de semaine, avec les contres menés par Hazard et Oscar. Défensivement en revanche, le plan milanais était beaucoup plus équilibré, trois milieux de terrain n'étant pas de trop pour contrôler à la fois Marchisio, Vidal et les habituels décrochages de Vucinic.


Autre différence entre Chelsea et le Milan AC, la capacité des Rossoneri à placer quelques offensives. Une fois le ballon dans le camp turinois, les Milanais ont en effet profité du repli défaillant des attaquants pour pouvoir faire circuler le ballon sur la largeur du terrain. A plusieurs reprises, De Jong s'est retrouvé libre de tout marquage dans l'axe. A défaut de trouver la profondeur en raison de la présence du milieu à trois de la Juve, le milieu néerlandais pouvait orienter le jeu d'une aile à l'autre, obligeant ce dernier à courir. Devant El-Shaarawy et Robinho alternaient entre positions excentrées et appels vers l'intérieur de manière à perturber le positionnement des latéraux turinois, normalement capables de sortir sur leurs homologues adverses.


Ce faisant, le Milan a pu lancer des mouvements depuis les couloirs, via Constant mais surtout De Sciglio, qui recherchaient leurs milieux de terrain à l'intérieur, entre Marchisio et Pirlo ou Vidal et Pirlo. Le penalty entraînant l'ouverture du score est justement parti du flanc droit : après une circulation latérale passant par De Jong, De Sciglio a réussi à trouver Montolivo dans l'intervalle entre Marchisio (sorti au pressing) et Pirlo. Progressant vers le but, l'ancien milieu de la Fiorentina s'en est allé fixer la défense adverse avant d'écarter sur l'aile vers l'un de ses attaquants. La suite passa par un centre et un penalty sifflé pour une faute de main d'Isla. Sentence transformée par Robinho (31e).


Les solutions des Bianconeri :


Même si le Milan AC a maîtrisé son sujet en première mi-temps, la Juve a réussi à le mettre en difficulté grâce à ses milieux de terrain. Bien pris dans l'axe, Marchisio et Vidal ont décidé de s'excentrer afin d'occuper les zones qui revenaient normalement à leurs latéraux. Ainsi, Vidal s'est souvent retrouvé sur la même ligne que Pirlo mais collé à la ligne de touche. Devant lui, Isla pouvait évoluer plus haut, dans une véritable position d'ailier, et aller au duel avec Constant. Malheureusement, les deux Chiliens n'étaient pas dans un grand soir. La Juve en a toutefois profité en deuxième mi-temps suite à l'entrée de Padoin à la place de Isla, le latéral italien se montrant beaucoup plus efficace et percutant dans le même registre.


En s'excentrant, Vidal et Marchisio ont aussi attiré à eux les milieux milanais. Afin d'éviter trop de un-contre-un à jouer pour leurs latéraux, Nocerino et Montolivo venaient en effet bloquer la profondeur à leurs adversaires. Un déplacement qui obligeait De Jong à sortir de sa zone de prédilection, libérant des espaces pour Vucinic, Quagliarella ou Pirlo qui pouvait aussi s'infiltrer de l'arrière. Dans ce cas, Boateng ne rechignait jamais à quitter sa position avancée pour revenir aider ses partenaires en couvrant le coeur du jeu.


Au retour des vestiaires, la Juve a continué sur cette voie tout en évoluant beaucoup plus haut. Forcé de défendre, Boateng n'était plus forcément capable de lancer les contres et Robinho et El-Shaarawy devenaient dès lors des cibles arrêtées faciles à éteindre pour Caceres ou Barzagli. Par ailleurs, l'entrée en jeu de Padoin a forcé El-Shaarawy à redescendre pour venir aider Constant et Nocerino. Suffisant pour encore plus limiter les ballons de contre. Par ailleurs, les attaquants turinois se sont montrés beaucoup plus efficaces pour gêner la circulation de balle de leurs adversaires dans l'entrejeu (De Jong), limitant aussi leurs munitions sur attaque placée. Ceci fait, Allegri n'avait plus qu'à compter sur la solidarité de ses troupes pour espérer conserver le score.


Final décousu :


L'entrée en jeu de Pogba (72e) à la place de Asamoah a sonné la fin du combat tactique et l'ouverture d'un final ouvert. La Juve comptait désormais sur le seul Vidal pour tenir l'entrejeu. Pirlo trouvait des espaces côté gauche et cherchait à alimenter ses attaquants. Pogba était son équivalent côté droit et y apportait sa force de percussion, tandis que Marchisio se retrouvait très haut, pour soutenir ses attaquants dans la surface milanaise. En face, les Rossoneri se sont aussi adaptés : El-Shaarawy a énormément défendu sur son côté gauche laissant Pazzini, entré à la place de Robinho (65e), seul en pointe. Flamini (pour Boateng, 84e) a lui permis à De Jong de se rapprocher de ses défenseurs pour dégager quelques ballons chauds.


Le Milan a tenu et s'est offert le scalp du champion, quelques semaines après l'Inter. S'il est difficile de parler de renouveau après ce match pour les hommes d'Allegri, on ne peut que saluer le projet mis en place par le technicien dans le premier acte et l'abnégation de ses hommes dans le second. Même si les enjeux et le contexte n'étaient pas les mêmes ce dimanche, ce Milan a réussi là où Chelsea avait échoué. Une preuve supplémentaire que le talent n'est rien sans un collectif cohérent.


Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti)

Le blog : http://www.chroniquestactiques.fr

A lire aussi : 
Comment l'AS Saint-Etienne est-il venu à bout de Valenciennes ?
Plus d'analyses tactiques sur la Juventus et le football italien 

 
Tableau Noir
Tableau Noir

Chaque semaine, trouvez ici la crème du blog e-foot.eu, tenu depuis 2009 par Florent Toniutti. Analyses de match et rapports tactiques fouillés, comme à l'entraînement.