Chaque semaine, trouvez ici la crème du blog e-foot.eu, tenu depuis 2009 par Florent Toniutti. Analyses de match et rapports tactiques fouillés, comme à l'entraînement.
Saint-Etienne en constante progression
Invaincu depuis près de trois mois, bête noire du PSG et sur le podium de la L1 à l'issue de la 15e journée, Saint-Etienne va très bien en ce moment. Au moment de retrouver le rival lyonnais pour un choc au sommet du championnat, Christophe Galtier et ses hommes s'avancent dans d'excellentes dispositions. Trois ans après avoir été nommé entraîneur du club, l'ancien adjoint d'Alain Perrin récolte aujourd'hui les fruits d'un travail de fond. Une récompense qu'il partage avec l'ensemble de l'équipe dirigeante de l'ASSE, qui a enchaîné les bonnes pioches sur le marché des transferts.
Aubameyang, la valeur ajoutée
17e en 2009/2010, 10e en 2010/2011, 7e la saison dernière et candidats à l'Europe jusqu'à la dernière journée, Saint-Etienne progresse de manière régulière depuis trois saisons. Sur le plan du jeu, cette progression a été marquée par plusieurs changements tactiques. La saison dernière, le jeu de l'AS Saint-Etienne pouvait se rapprocher de celui d'une majorité de clubs luttant "simplement" pour bien figurer en L1. Christophe Galtier alternait entre 4-4-2 et 4-2-3-1 (avec ou sans Laurent Batlles) et offensivement, le jeu passait par les couloirs avec des attaquants collant à la ligne de touche (Sako, Nicolita, Gradel...), parfois soutenus par leurs latéraux. Dans l’entre-jeu, un double pivot équilibrait le système et avait pour premier objectif de protéger la défense centrale (Clément avec Lemoine ou Guilavogui). L'éclosion d'Aubameyang a permis aux Verts de réaliser une saison au-dessus de la moyenne : le Gabonais s'est régalé dans un registre de dévoreur d'espaces, apportant de la profondeur sur les côtés pour ouvrir l'intérieur du terrain à ses ailiers, ou plongeant dans l'axe pour conclure les contres stéphanois.
Si les bonnes performances d'un attaquant peuvent transformer un club de L1 "ordinaire", elle ne suffisent généralement pas au moment de se frotter aux plus gros morceaux du championnat. Ainsi la saison dernière, les Verts n'ont pris que 4 points sur 30 possibles face au Top 5 final (Montpellier, PSG, Lille, Lyon, Bordeaux). Pour jouer sur les points forts d'Aubameyang et de leurs ailiers, les Verts étaient contraints d'aller rapidement de l'avant. Une nécessité qui faisait qu'ils perdaient en maîtrise ce qu'ils gagnaient en vitesse. Cela leur limitait la possibilité de multiplier les temps de jeu et de s'installer dans le camp adverse. Sitôt l'attaque avortée, Saint-Etienne devait reculer et se replier : les joueurs de couloir revenaient pour former le premier rideau défensif avec les milieux de terrain. L'équipe défendait dans son camp en attendant de repartir de l'avant, une fois le ballon récupéré. Dès la fin de saison, Christophe Galtier avait tenté de remédier à ce problème de maîtrise en enlevant un attaquant pour ajouter un troisième milieu de terrain (Guilavogui, Lemoine, Clément associés).
Les additions Cohade et Brandao
Bien qu'il n'ait pas payé dans la course à l'Europe du printemps dernier, ce changement tactique a permis d'accélérer l'intégration des recrues de l'intersaison. Arrivé de Valenciennes, Renaud Cohade a remplacé numériquement Batlles, parti à la retraite. Capable de jouer dans de petits périmètres, il a parfaitement complété un milieu stéphanois jusqu'ici en manque de joueurs capables de mener le jeu dans les trente derniers mètres. Clément est un pur récupérateur, Lemoine est à l'aise à la construction et Guilavogui peut briller par ses qualités de percussion mais aucun n'était véritablement capable de devenir une plaque tournante avancée dans le camp adverse, un élément indispensable pour pouvoir multiplier les temps de jeu et permettre aux Stéphanois de jouer haut.
Autre profil important dans cette optique : l'attaquant de pointe. Depuis le départ de Gomis chez le rival lyonnais, Saint-Etienne était à la recherche d'un attaquant au profil idoine, capable de résister aux défenses. Emmanuel Rivière n'a jamais convaincu sur la durée et Boubacar Sanogo ne s'est jamais imposé. Avec Pierre-Emerick Aubameyang, les Verts pouvaient compter sur un joueur de rupture, intéressant en fin de mouvement mais pouvant se retrouver en difficulté en position arrêtée. Avec Brandao, ils ont ajouté à leurs armes offensives un point de fixation, capable d'offrir des relais aux milieux de terrain tout en pesant sur la charnière centrale adverse. Le Brésilien se rend aussi utile en cas de relance longue, son jeu dos au but permettant de faire remonter le bloc. Là encore, on en revient à des qualités qui permettent à Saint-Etienne de jouer plus haut qu'auparavant.
Une équipe enfin armée pour l'Europe ?
Les intégrations de Cohade et de Brandao au collectif stéphanois ont permis le passage du 4-2-3-1 au 4-3-3. Avec le ballon, Saint-Etienne s'appuie désormais sur une ligne de trois "à la Barcelonaise", formée par le n°6 (Jérémy Clément) et les deux défenseurs centraux, qui assurent ensemble la couverture et la relance. Positionné à gauche du milieu à trois, Fabien Lemoine joue - si nécessaire - les relais entre cette première ligne et l’entre-jeu où il retrouve Cohade et ses latéraux (notamment Ghoulam côté gauche). Devant, Brandao occupe la pointe de l'attaque et est accompagné par deux joueurs capables d'évoluer sur toute la largeur du terrain et de faire des différences en un-contre-un (Aubameyang, Gradel, Hamouma). Toujours très important dans le système stéphanois, Aubameyang continue d'apporter de la profondeur par ses appels. Mais le positionnement plus haut des latéraux, capables d'en faire de même sur les extérieurs, lui permet de concentrer ses efforts dans l'axe.
Désormais armé pour tenir le ballon et occuper le camp adverse, Saint-Etienne est aussi capable d'asphyxier son adversaire en maintenant son bloc haut sur le terrain. Brandao pèse autant sur les défenses lorsque ces dernières doivent relancer, et la couverture assurée par Clément dans le rond central permet à Lemoine et surtout Cohade de sortir sur les milieux adverses. Sur les côtés, les latéraux peuvent aussi contribuer au pressing en profitant de la couverture de leurs défenseurs centraux. Récemment, Valenciennes avait été complètement étouffé par le pressing stéphanois. Forcé de jouer sur les côtés, l'adversaire peut se sortir du pressing via ses latéraux. En réaction, le milieu stéphanois se replie autour de Clément. Si besoin, les deux soutiens de Brandao reviennent aussi défendre pour former un 4-5-1. C'est d'ailleurs dans ce système que les Verts ont su maîtriser le PSG à deux reprises, en championnat et en Coupe de la Ligue.
Mis bout à bout, le changement de système et les recrutements de Cohade et Brandao accompagnent parfaitement le changement d'envergure de l'AS Saint-Etienne en ce début de saison 2012/2013. Dimanche soir, ces nouveaux Verts vont passer un test grandeur nature face à l'OL. Un match-charnière qui décidera certainement de leurs véritables ambitions sur la deuxième partie de saison.
Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti)























