OM : l'émulation comme clé

OM : l'émulation comme clé
le 22/12/2012 à 18:31

Et si la trêve arrivait au pire des moments pour l'Olympique de Marseille ? Après avoir passé des semaines compliquées, marquées par deux claques reçues à domicile face à l'Olympique Lyonnais (1-4) et au FC Lorient (0-3), les Marseillais ont relevé la tête la semaine dernière en allant chercher deux succès à l'extérieur, à Bastia (1-2) puis à Toulouse (0-1). Grand absent de l'automne, André-Pierre Gignac a signé son come-back de la plus belle des manières en offrant la victoire aux siens dans la Ville Rose. Ces deux succès ont permis aux Phocéens de s'accrocher et de rester au contact du Paris Saint-Germain et de l'Olympique Lyonnais avant le début de la dernière journée de l'année. Bref, l'OM s'est relancé et 2013 s'annonce sous de meilleurs auspices qu'il y a une dizaine de jours : car avec un calendrier allégé de deux compétitions (Ligue Europa, Coupe de la Ligue) et un effectif à nouveau au complet -Gignac et Rémy aptes-, Elie Baup va retrouver une certaine marge de manoeuvre et pouvoir instaurer une véritable concurrence à des postes-clés.

Les certitudes du 4-2-3-1

Bousculé entre les mois d'octobre et novembre (une seule victoire contre Ajaccio), le 4-2-3-1 d'Elie Baup a vécu ses premières turbulences après un début de saison idyllique. Sans surprise au vu de son importance capitale dans l'animation marseillaise, les difficultés ont débuté lorsque Mathieu Valbuena a commencé à baisser de pied. En l'absence de Gignac, capable de devenir un point de référence pour l'équipe et de soulager par instants le meneur de jeu marseillais, celui-ci devait se rendre disponible aux quatre coins du terrain pour animer le jeu marseillais. Pendant cette période, l'OM a payé l'absence de doublure crédible pour suppléer l'international français. La rechute de Loïc Rémy a aussi coûté cher, le retour de l'ancien Niçois étant à la base attendu pour pallier la blessure d'André-Pierre Gignac. Troisième homme devant, Jordan Ayew n'a pas été ridicule devant les buts adverses mais n'a pas encore le volume de jeu et l'activité suffisante pour tenir à lui seul l'attaque marseillaise quand les créateurs sont en baisse de rythme.

Alors plongé dans le doute, Elie Baup a profité du retour de suspension de Joey Barton pour tenter un coup tactique et sortir ses joueurs de leur schéma habituel. Face à Lille, le 4-2-3-1 a fait place au 4-3-3, Baup intégrant l'Anglais aux côtés de Cheyrou et Kaboré. Au coeur du système phocéen depuis le début de saison, Valbuena occupait désormais le flanc droit de l'attaque aux côtés des frères Ayew. Sans vraiment convaincre, les Marseillais sont venus à bout de Lillois réduits à dix juste avant la mi-temps.

Le véritable test avait lieu quelques jours plus tard face à l'Olympique Lyonnais. Reconduit face à l'équipe en forme du moment en L1, le collectif phocéen a sombré corps et biens. Au-delà de la fatigue générale qui touchait les troupes d'Elie Baup, la nouvelle organisation a montré ses limites. Intenable quand il est en position axiale, Valbuena était plus facile à contrôler de par ses déplacements d'abord latéraux (de l'aile droite vers l'axe). L'équipe penchait du coup d'un côté et était plus facile à éteindre offensivement, d'autant plus que André Ayew n'était pas non plus dans sa meilleure forme côté gauche. Inoffensif, le 4-3-3 phocéen a aussi montré d'énormes failles défensives. Avec des milieux axiaux (Cheyrou, Barton) obligés de se livrer offensivement pour compenser l'absence d'un attaquant dans la surface adverse, l'OM a perdu le double pivot qui faisait une grande partie de son équilibre défensif depuis le début de saison. Abandonné au poste de sentinelle, Charles Kaboré évoluait beaucoup trop loin de sa défense pour la protéger efficacement. L'OL ne s'est pas fait prier pour sanctionner ces approximations, profitant en plus de défenseurs en difficulté individuellement (retour de Diawara).

Saine concurrence

Menés 2-0 à la mi-temps, les Marseillais ont encaissé une vraie claque (1-4) malgré un retour au 4-2-3-1 suite à l'entrée de Loïc Rémy à la place de Barton. Le mal était déjà fait. Elie Baup a toutefois su tirer les enseignements de cette lourde défaite. Quelques jours plus tard, le technicien à la casquette est revenu à ses premières amours, définitivement. Premier bonus : l'intégration définitive de Barton à la rotation au milieu de terrain lui permet de faire des choix dans cette zone où, jusqu'ici, Kaboré et Cheyrou semblaient intouchables. En difficulté contre l'OL, l'Anglais a brillé pour sa première dans le 4-2-3-1 marseillais, signant deux passes décisives face au Stade Brestois. Plus actif offensivement que Cheyrou ou Kaboré, il s'est révélé sur ce match comme un milieu de terrain capable d'apporter un plus en phase offensive, chose inconnue jusqu'ici côté marseillais.

Depuis ce match en terres bretonnes, Barton a été de tous les rendez-vous en championnat, disputant en plus l'intégralité des rencontres. Si sa fraîcheur par rapport au reste de l'effectif marseillais -et de la L1 en général- pèse sans nul doute dans son intégration rapide dans le onze-type de cette fin d'année, son volume de jeu actuel lui permet de s'affirmer comme le patron du milieu de terrain de l'OM. Régulièrement épinglés pour leurs prestations, Charles Kaboré et Benoît Cheyrou vont désormais devoir redoubler d'efforts pour rester dans le onze de départ, d'autant plus que le jeune Abdullah frappe aussi à la porte... La concurrence sera aussi de mise à d'autres postes. Devant, Gignac, Rémy et Jordan Ayew se battront pour la pointe de l'attaque. Les deux derniers cités pourront aussi mettre la pression sur Amalfitano pour une place sur l'aile droite. Derrière eux, Abdallah et Fanni sont deux pour le poste de latéral. Dans l'axe, Diawara est en ce moment même mis en concurrence avec Lucas Mendes, qui a montré une bonne capacité d'adaptation pour sa première expérience européenne.

En vérité, excepté un Valbuena intouchable, l'OM ne manque de solutions crédibles que dans son couloir gauche : André Ayew et Jérémy Morel semblent sans concurrence déclarée ou révélée. Pour réussir en 2013, l'OM devra donc absolument compter sur de bonnes performances de leurs parts, tout en espérant avoir assez donné en termes de blessés de longue date sur la phase aller du championnat (Gignac, Rémy, Diawara...). Plus Elie Baup pourra compter sur le noyau dur de son groupe, plus il pourra faire jouer la concurrence. C'est cette émulation, en plus d'un système de jeu en 4-2-3-1 parfaitement maîtrisé, qui permettra peut-être à l'OM de s'accrocher au wagon de tête pendant les matchs retour.

Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti

Tableau Noir
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