Les spécificités du 4-3-3 du Barça

Les spécificités du 4-3-3 du Barça
le 26/12/2012 à 12:32

Depuis la prise de fonction de Pep Guardiola en 2008, le FC Barcelone a été décrypté et analysé sous toutes les coutures, ou presque. De la relance à la finition, nombreux sont les postes et les joueurs à avoir eu droit à leurs sujets dédiés. Tellement habituel, le 4-3-3 barcelonais est jusqu’ici passé entre les gouttes. Pourtant, la dernière évolution apportée par le Barça est dans l’animation de celui-ci.

Du triangle au losange : l’absence de n°9

En France, le début de saison du PSG a permis de se pencher de plus près sur l’animation de jeu habituelle d’un véritable 4-3-3. Dans ce système, les mouvements offensifs sont généralement construits dans les couloirs. Milieu défensif et avant-centre font office de points de fixation, chargés d’envoyer le jeu sur les côtés d’où partent ensuite les actions. Les tâches sont ensuite partagées entre les deux joueurs de couloir et un troisième homme, généralement milieu axial. Des triangles se forment et recherchent le un-contre-un, voire le décalage, en bout de mouvement afin d’entrer dans la dernière étape de l’offensive : la finition.

Lors de sa première saison à la tête du Barça, Pep Guardiola s’appuyait encore en partie sur cette animation, reliquat des années précédentes. Côté droit, le trio formé par Messi, Xavi et Daniel Alves était d’ailleurs merveilleux de complémentarité (un gaucher dribbleur, un créateur et un latéral capable de prendre la profondeur). A gauche, l’équipe comptait plus sur les capacités de Henry en un-contre-un (remplacé par Pedro dans les mois qui ont suivi) et la puissance d’Abidal pour faire des différences. Troisième homme de ce côté du terrain, Iniesta apportait sa percussion vers l’intérieur du terrain. En bout de chaîne, Barcelone pouvait surtout compter sur un n°9 redoutable pour faire fructifier le travail de ses partenaires : Samuel Eto’o.

Le départ de ce dernier et la non-intégration de son remplaçant (Ibrahimovic) au style de jeu barcelonais ont obligé Pep Guardiola à revoir ces circuits préférentiels. En faisant le choix de replacer Messi dans l’axe, il s’est volontairement privé d’un pur finisseur. Beaucoup de choses ont été dites sur ce repositionnement de l’Argentin, notamment concernant la capacité accrue du Barça à tenir le ballon dans l’entrejeu grâce à ses décrochages. Au-delà de ces premières remarques, il était indispensable que l’équipe modifie sa manière de construire les actions puisqu’elle n’avait plus de véritable finisseur pour profiter de décalages créés sur les côtés. C’est dans ce contexte qu’est apparue une nouvelle façon d’animer le 4-3-3 : en remplaçant les triangles dans les couloirs par des losanges dans l’axe.

La construction du losange

Le Barça vient de ressortir de sa moitié de terrain. Fabregas ou Xavi ont, si besoin, décroché à hauteur de Busquets pour participer à la phase de relance. L’adversaire a relâché le pressing et se replie pour s’organiser défensivement. C’est dans cette période « de relâche » que Barcelone s’organise et met en place son jeu. Comme son nom l’indique, le losange met à contribution quatre joueurs qui vont participer à la transition milieu-attaque, généralement dans la première moitié du camp adverse. Si l’on se penche sur le schéma du Barça, un quadrilatère se dessine naturellement : celui liant le n°6 -Busquets- à l’avant-centre -Messi- en passant par les deux relayeurs (n°8) -Xavi et Fabregas-.

A ces quatre hommes, il faut ajouter Iniesta pour obtenir les cinq personnages principaux de cette animation. Positionné sur l’aile gauche au coup d’envoi, le natif de Fuentealbilla rend le système de jeu très difficile à lire pour l’adversaire puisque les rôles peuvent changer à chaque fois. En général, ils sont trois à enfiler le costume du n°6, l’homme qui est à la base du losange : Busquets, Xavi (axe droit) ou Fabregas (axe gauche). Les trois autres rôles, que l’on pourrait nommer n°8 (x2) et n°10, sont répartis entre Xavi, Fabregas, Iniesta et Messi. Pour se mettre en place, le losange fait appel à des mouvements verticaux qui perturbent déjà l’organisation défensive adverse. Certains décrochent pour occuper les rôles de n°8 (Iniesta, Messi), d’autres se projettent pour se retrouver en position de n°8 ou de n°10 (Xavi, Fabregas). Seul joueur à rester en place, Busquets couvre ces derniers et devient le n°6 (s’il ne l’est pas déjà) une fois la première passe effectuée.

Autour du losange

Autour de ce système, le cinquième homme offre une solution supplémentaire : celle-ci est soit reculée pour réorienter le jeu et conserver le ballon (Fabregas, Xavi), soit avancée pour profiter des espaces au sein d’un bloc adverse focalisé sur les quatre hommes principaux (n°6, n°8-1, n°8-2, n°10). Par rapport au bloc adverse, le n°6 se retrouve dans les zone des attaquants adverses ; les n°8 évoluent eux à hauteur du premier rideau défensif… Naturellement, le joueur le plus avancé se retrouve automatiquement entre les lignes adverses. L’objectif du premier triangle formé par le n°6 et les n°8 est de faire circuler le ballon de manière à trouver le n°10 ou le « cinquième homme » derrière la première ligne adverse, afin de passer de la phase de construction à celle de finition.

Car parfois -souvent ?-, c’est en effet le joueur resté en-dehors du circuit qui va récupérer le ballon dans cette position idéale. Une fois cette dernière trouvée dans les 25 derniers mètres, le losange explose avec la projection vers l’avant des n°8 qui vont à leur tour offrir des relais devant la défense adverse ou prendre carrément la profondeur. Celle-ci est aussi -et surtout- apportée par Pedro (à droite) et Jordi Alba (à gauche). Ces derniers démarrent des ailes pour plonger dans le dos des latéraux adverses, ceux-ci étant obligés de resserrer dans l’axe afin de soutenir les défenseurs centraux qui doivent contenir les nombreuses courses vers l’avant des Barcelonais. Sur l’aile droite, Daniel Alves propose aussi une solution sur l’extérieur, permettant si besoin aux créateurs d’aérer le jeu dans les 20 derniers mètres.

Les réactions de l’adversaire

Celles-ci dépendent évidemment de son organisation défensive. Rapidement évoqué précédemment, le 4-2-3-1 (ou 4-4-1-1, ou 4-4-2) peut être mis en difficulté si la circulation de balle du Barça permet de rapidement trouver le n°10 dans le dos des deux milieux défensifs. Dans ce cas, le 5ème homme (celui qui ne participe pas au losange) peut se positionner dans l’espace à hauteur des deux n°8 (au contact des deux milieux défensifs) afin de créer un surnombre. Un déplacement qui entraîne généralement le resserrement de la première ligne adverse (les ailiers se rapprochent des milieux défensifs) et la libération d’espaces dans les couloirs, pour Jordi Alba ou -surtout- Daniel Alves, permettant la mise en place d’un temps de jeu supplémentaire (remise en place d’un losange etc).

Autre solution défensive, le 4-1-4-1 peut permettre de régler le problème du n°10. En revanche, il libère des espaces au milieu de terrain -à hauteur de Busquets- : les défenseurs du Barça peuvent en profiter en attaquant la première ligne adverse balle au pied, créant de nouveaux intervalles pour leurs milieux de terrain -et de nouveaux losanges- ; ces derniers peuvent aussi décrocher pour chercher ensuite une solution plus directe, à destination de Pedro notamment. Au printemps dernier, Chelsea était venu à bout du Barça grâce à un véritable 4-5-1 et une ligne de trois pour résister dans l’axe. Positionné entre Meireles et Lampard, Mikel était là non pas pour s’occuper personnellement de Messi mais pour resserrer les distances entre les milieux des Blues et ainsi limiter les possibilités de transmissions pour les Barcelonais, les rendant plus faciles à lire pour ses défenseurs.

Et le 3-4-3 dans tout ça ?

Apogée de l’influence de Guardiola, le 3-4-3 installé la saison dernière a confirmé le losange en tant que forme géométrique à la mode. Encadrés par Iniesta et Xavi, Busquets et Fabregas en formaient l’axe vertical derrière Messi et deux attaquants excentrés. Disparu depuis l’intronisation de Vilanova, ce schéma était régulièrement critiqué pour son animation beaucoup trop axiale pour être efficace. Un inconvénient qui peut désormais s’expliquer par l’absence de relais excentrés, capables de participer à la construction des actions, postes aujourd’hui occupés par les latéraux (Alba, Alves). Comme le 4-3-3 « à triangle » qui n’est rien sans un fort axe sentinelle-attaquant, celui « à losange » a besoin de ses latéraux en phase offensive pour pouvoir exploiter toute la largeur du terrain.

Florent TONIUTTI 
(sur twitter : @flotoniutti)
Retrouvez-le sur son blog : Les Chroniques Tactiques

Tableau Noir
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