Créer l'exploit : mode d'emploi

Créer l'exploit : mode d'emploi
le 04/01/2013 à 22:45

Au-delà de la magie et des petits poucets, un week-end de Coupe de France, c'est avant tout une période propice aux tactiques ultra-défensives : le moment idéal pour "garer le bus" pour franciser une expression consacrée outre-Manche. Portée au sommet de l'Europe par Chelsea la saison dernière, c'est cette approche qui permet le plus souvent les surprises dans notre chère coupe nationale, les petits résistant aux plus gros grâce à leur mise en place défensive. Mais si la victoire se construit grâce à un bloc-équipe bien en place, elle ne se décroche que grâce à une ou deux fulgurances en attaque -si l'on passe évidemment outre la loterie des tirs aux buts-.

Eviter les duels 

Sans avoir à rentrer dans le détails des organisations, la base de tout succès d'un plus petit tient dans l'implication de l'ensemble de l'équipe. Pour un entraîneur, c'est d'ailleurs souvent la première des victoires. Quelque soit le niveau, son objectif est de faire en sorte que tous les joueurs accomplissent une certaine tâche sur toutes les phases de jeu, qu'elles soient offensives ou défensives. En Coupe de France, cette nécessité prend tout son sens car les différences entre les formations sont plus importantes qu'à l'accoutumée. Quand un club amateur croise la route d'un club de L1, les joueurs devront compenser leurs lacunes techniques, physiques ou tactiques par une implication de tous les instants.

Exemple le plus évident, les duels. La logique veut généralement que les un-contre-un entre professionnels et amateurs tournent largement à l'avantage des premiers. Tactiquement, l'entraîneur du club amateur doit prendre en compte ce facteur et mettre en place une équipe répondant à cette logique. Prises à deux des éléments les plus dangereux, utilisation de profils "d'appoint" pour compenser les surnombres, les solutions sont nombreuses et font le schéma tactique qui sera employé. L'entraîneur peut par exemple ajouter un défenseur central ou un milieu défensif supplémentaire. Mais paradoxalement, pour le "petit", la véritable valeur ajoutée en phase défensive se retrouve dans le travail de ses attaquants.

Faire travailler les attaquants

Les joueurs positionnés dans les couloirs vont ainsi aider leurs latéraux en couvrant les montées adverses ou en aidant au marquage de l'ailier. Mais surtout, les attaquants axiaux (n°9 et/ou n°10) vont avoir des rôles très importants en phase défensive. Le plus souvent contraints de protéger leur défense centrale, les milieux de terrain ne sont en effet jamais en mesure de gêner la circulation de balle de l'adversaire. Positionnés très bas, ils peuvent aussi être rapidement mis sous pression par les milieux de terrain adverses. Or, subir le pressing et ne pas pouvoir gêner la construction sont deux facteurs qui entraînent la multiplication des temps de jeu en faveur de l'adversaire, favorisant le phénomène des "vagues offensives" qui finissent par faire craquer les défenses.

C'est dans ces conditions que le travail des attaquants axiaux prend toute son importance. Ces derniers sont les seuls joueurs capables de harceler les milieux adverses. Ils peuvent ainsi perturber la circulation de balle, la ralentir et diminuer la fréquence des attaques, offrant plus de temps aux défenseurs pour se réorganiser. De par leur position avancée, ils sont aussi en mesure de surgir dans le dos des milieux adverses pour leur chiper des ballons. Mais surtout, ils forcent l'adversaire à se découvrir : sauf exploit individuel d'un attaquant face à deux ou trois joueurs, ce dernier est alors obligé de compter sur le dépassement de fonction de certains, habituellement chargés de rester en couverture, pour espérer créer un décalage. La plupart du temps, les milieux de terrain défensifs sont les premiers concernés et se retrouvent à monter pour créer le surnombre dans les 30 derniers mètres. C'est à ce moment précis que des espaces s'ouvrent pour les contres-attaques du "petit".

Exploiter les espaces

Habituellement, au plus haut niveau, une équipe qui décide de jouer bas conserve un homme aux avants-postes. Ce dernier, parfois plus guerrier que footballeur, est chargé de se battre seul devant face aux défenseurs en attendant la remontée du bloc dans le camp adverse. Mais ce profil, capable de résister à un ou deux défenseurs rompus aux joutes professionnelles, n'existe pas dans le monde amateur. Dès lors, la majorité des petits de la Coupe de France n'ont aucun intérêt, ou presque, à faire sortir un joueur du bloc-équipe... D'autant plus que, comme cela a été évoqué précédemment, celui-ci peut être utile en phase défensive.

Raccroché au reste du bloc, cet attaquant est alors en mesure d'exploiter les espaces offerts par des milieux défensifs forcés de se livrer. Avec parfois un milieu offensif en soutien, il peut devenir un point d'appui au sol idéal pour les relances de ses partenaires. La profondeur doit être ensuite apportée par les rapides montées des joueurs de couloir, qui devront ensuite faire les bons choix dans le camp adverse en fonction des déplacements de leurs partenaires - généralement les quatre joueurs à vocation offensive -. Ces dernières années, les équipes amateurs qui ont réussi se sont distinguées de cette façon, par des remontées de balle rapides dans leur moitié de terrain suivies d'une utilisation intelligente des espaces dans le camp adverse, ces derniers différant selon le repli de l'adversaire.

Sans entrer dans le détail des systèmes de jeu utilisés et utilisables, qui dépendront le plus souvent des forces de l'adversaire, ce sont donc surtout des principes qui permettent aux petites équipes d'inquiéter les plus grosses en Coupe de France. Solidarité en défense - ne jamais laisser le partenaire dans une situation où il pourrait perdre un duel - et lucidité en attaque - sentir les espaces offerts par l'adversaire et les exploiter au mieux - sont les deux ingrédients qui permettent chaque année de voir s'opérer la fameuse magie de la Coupe. Un cocktail qui pourra peut-être aussi fonctionner au printemps prochain, à un tout autre niveau, lorsque la Coupe d'Europe fera son retour.

Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti

Tableau Noir
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