Le Real a fait ce qu'il fallait

Le Real a fait ce qu'il fallait
le 31/01/2013 à 20:03

Quatrième Clasico de la saison et deuxième match nul entre le Real Madrid et le FC Barcelone. Auteurs d’une excellente première mi-temps, où ils ont su asphyxier le milieu de terrain barcelonais, les Madrilènes ont été récompensés de leurs efforts en toute fin de rencontre, grâce à un but sur coup de pied arrêté inscrit par Raphaël Varane. Entre temps, et comme souvent, le Barça avait su trouver des réponses aux problèmes posés par son adversaire.

Real Madrid : ligne de quatre, bloc de six 

Au coup d’envoi, aucune surprise n’était à signaler. Le Barça était au complet et dans son 4-3-3 habituel (Pinto – Alves, Piqué, Puyol, Alba – Busquets, Xavi, Fabregas – Iniesta, Messi, Pedro). Les Madrilènes devaient eux composer avec plusieurs absences, notamment celles Ramos et Pepe en défense : Varane et Carvalho ont été choisis par Mourinho pour les remplacer. Dans les buts, le nouveau venu Diego Lopez était préféré à Adan. A signaler aussi, la titularisation de Callejon sur l’aile droite (Diego Lopez – Essien, Varane, Carvalho, Arbeloa – Khedira, Xabi Alonso – Callejon, Özil, Ronaldo – Benzema).

Très rapidement, le public de Santiago Bernabeu a pu constater l’excellente entame de match de ses favoris, grâce au travail conjugué de six joueurs autour de la zone de jeu de Busquets et Xavi, lorsque les Catalans devaient sortir de leur moitié de terrain. Xabi Alonso, Khedira, Callejon, Özil et Benzema travaillaient tous ensemble de manière à encercler les deux milieux adverses chargés de relayer les premières passes de leurs défenseurs.

Derrière ce bloc de six (lire : Malaga 2-4 Barcelone, l’analyse tactique), la défense madrilène évoluait à une quarantaine de mètres des buts de Diego Lopez. Essien et Arbeloa sortaient au pressing sur leurs adversaires directs (Pedro, Iniesta) si ces derniers étaient servis par leurs latéraux (réception du ballon dos au but). En revanche, dans l’axe, les décrochages de Messi n’étaient pas suivis par la paire Carvalho-Varane. Lorsque l’Argentin revenait dans l’entrejeu, l’un des milieux (Xabi Alonso ou Khedira) couvrait la zone qu’il venait occuper, relâchant la pression sur Xavi-Busquets. Si le Barça en profitait pour progresser, il revenait à Özil et Benzema de reprendre le marquage sur les deux milieux barcelonais.

En début de partie, ce bloc de six du Real a posé d’énormes problèmes à son adversaire. Particulièrement efficace dans l’anticipation, Xabi Alonso a gratté plusieurs ballons très haut dans le camp barcelonais, l’un aboutissant – grâce aux distances réduites avec les attaquants – à une occasion pour Benzema, après un relais de Callejon (20e). Une fois le Barça aux abords de la ligne médiane, c’est tout le bloc madrilène qui se repliait dans ses 40 mètres afin de conserver une présence dans la zone de Busquets et Xavi (Özil et Benzema). Depuis son couloir, Callejon surveillait les déplacements de Iniesta dans l’entrejeu afin de l’empêcher de repiquer ou de trouver des solutions à l’intérieur. Derrière, Xabi Alonso et Khedira étaient chargés de faire le ménage entre les lignes (Messi, Fabregas, Iniesta) afin d’éviter à Carvalho et Varane de se livrer en brisant l’alignement défensif.

Barcelone : pas de relais entre les lignes

Comme lors de sa triple confrontation face à Malaga, le Barça s’est heurté à un manque de solutions au moment de développer ses combinaisons en une touche de balle habituelle dans le camp adverse. Le travail défensif des attaquants madrilènes permettaient aux milieux de terrain de couvrir les zones où se positionnent les relais habituels des Catalans. Et pour cause, Xavi et Busquets suivis par Özil et Benzema, Iniesta devait redescendre à leur hauteur pour offrir une solution : dès lors, il ne restait plus que Messi et Fabregas pour se positionner entre les lignes madrilènes, un nombre insuffisant pour gêner la paire Xabi Alonso-Khedira auteur d’un grand match.

Cette situation a poussé le Barça à abuser du jeu rapide et de la profondeur. Messi est devenu l’arme principale en contre-attaque. Si le Barça réussissait à sortir le ballon de ses 30 mètres avant que le Real n’ait le temps de s’organiser autour de Xavi et Busquets, le quadruple Ballon d’Or était automatiquement recherché. Son travail était ensuite de fixer les défenseurs adverses (Carvalho et Varane) en attendant les mouvements dans les espaces de Pedro, Iniesta, Fabregas ou même Alba.

L’axe étant bien fermée, le Barça cherchait des solutions sur les ailes en misant sur les appels en profondeur de Jordi Alba (servi par Iniesta, 13e, justement après un contre emmené par Messi) ou de Daniel Alves. Pour les deux latéraux, l’objectif était de semer Ronaldo et Callejon afin de filer dans le dos de Arbeloa et Essien. Le Ghanéen n’ayant pas d’adversaire direct – et étant donc en mesure de couvrir les appels d’Alba -, le Barça a surtout appliqué ce circuit côté droit avec Daniel Alves. Arbeloa suivant les mouvements d’un Pedro évoluant plus haut qu’Iniesta, le Brésilien bénéficiait d’espaces sur l’aile. Mais Ronaldo a fait preuve d’une grande implication défensive et a su fermer le couloir lorsque cela était nécessaire.

Une fois en possession du ballon, le Real a profité de la faiblesse du flanc gauche du Barça pour envoyer Essien à l’attaque (comme Malaga avait pu le faire avec Jesus Gamez). Iniesta quittant souvent sa zone originelle, le Ghanéen était une solution naturelle sitôt le ballon récupéré, afin de permettre la remontée des ballons et la mise en place des attaques. Le Real a profité à plusieurs reprises de ce déséquilibre pour créer des décalages côté droit et aboutir à des centres dangereux qui ont créé le danger dans la surface de Pinto.

Le facteur Fabregas :

A l’inverse du premier acte, l’entame de la seconde période a été à l’avantage du Barça, malgré une première occasion de Benzema (48e). Et le principal instigateur du renouveau blaugrana s’est appelé Cesc Fabregas. Invisible – ou presque – durant les 45 premières minutes, le n°4 s’est positionné très haut à la reprise, afin de compenser les déplacements d’Iniesta qui revenait dans l’entrejeu pour prendre en charge le travail de relance avec Xavi et Busquets. Une modification tactique qui a rééquilibré le système de jeu du Barça : Messi n’était plus le seul joueur capable de décrocher de la pointe de l’attaque pour offrir des relais dans l’entrejeu.

Le bloc de six madrilène s’est retrouvé dépassé à plusieurs reprises par les retours de Fabregas dans l’entrejeu, déplacements qui n’étaient pas compensés par la défense merengue. L’ancien Gunner profitait librement de sa nouvelle position d’attaquant, offrant ses appuis à Xavi ou Iniesta qui orchestraient ensuite des attaques rapides penchant à droite vers les courses de Messi, Pedro ou Daniel Alves. Il offrait aussi une solution supplémentaire à ses défenseurs et milieux de terrain lorsque ces derniers recherchaient la profondeur. En l’espace de cinq minutes, sa nouvelle position lui a permis de marquer (50e) et de manquer de peu le break (55e, à un retour de Varane près…). Loin d’être une coïncidence, c’est avec un repositionnement similaire que le Barça était venu à bout de Malaga mi-janvier(lire : Malaga 1-3 FC Barcelone, l’analyse tactique).

Le Real retrouve sa forme originelle : 

Sentant certainement la fatigue toucher ses troupes, Mourinho a réagi en changeant ses deux attaquants axiaux, dont les rôles défensifs avaient été primordiaux en première mi-temps, en l’espace de cinq minutes. Modric a remplacé Callejon et s’est positionné derrière Benzema (58e), avant que Higuain ne prenne la place de ce dernier (63e). Le Real a alors retrouvé sa solidité défensive dans l’axe. Le score n’étant pas en sa faveur, il a en revanche pris des risques qu’il aurait pu payer sur les côtés, avec un pressing plus important d'Arbeloa ou Essien et surtout un Ronaldo désormais très offensif. Cela a offert des situations à Daniel Alves (70e), Pedro (73e) et même Alba en fin de partie (88e).

Même si le Barça a frôlé le 0-2, ce parti pris des Madrilènes a fini par payer. Avec le positionnement plus avancé de Fabregas et le rôle toujours aussi offensif de Pedro, le Barça a offert des espaces au milieu de terrain. Le trio formé par Iniesta, Busquets et Xavi penchant sur la gauche, le Real remontait les ballons côté opposé, cherchant la zone de Cristiano Ronaldo. Barcelone était alors contraint d’envoyer Xavi ou Busquets aider à la fermeture du couloir de Alves, et donc de concéder du champ au milieu de terrain. Des espaces qui ont permis aux Madrilènes de sortir du couloir pour ensuite renverser le jeu côté opposé, pour les percussions de Özil ou Essien. Là encore, plusieurs centres ont mis en difficulté la défense catalane.

L’égalisation de Varane (81e) a réveillé le Barça qui a repris la partie dans un véritable 4-4-2 à plat (Messi-Fabregas devant Sanchez, Xavi, Busquets et Iniesta pour les deux premières lignes). L’entrée de Thiago dans le money-time (86e) à la place de Fabregas a permis aux hommes de Jordi Roura de retrouver leur système de départ (Iniesta à gauche) afin de reprendre possession du ballon dans l’entrejeu, à défaut de pousser pour aller chercher la victoire. Après tout, à 90 minutes du terme de cette confrontation, ce sont eux qui sont en finale de la Coupe du Roi.

Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti)

Pour approfondir :
Le blog des Chroniques Tactiques

 
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