Les barbelés du Milan AC face au Barça

Les barbelés du Milan AC face au Barça
le 21/02/2013 à 13:04

Magnifiquement organisé et d'un réalisme redoutable, le Milan AC a écrit la plus belle page de sa saison en triomphant logiquement d'un Barça amorphe. Peu inspirés et fébriles derrière, les Barcelonais ont pris une leçon collective et ont désormais trois semaines pour tirer les enseignements de cette quatrième défaite de la saison, la deuxième en 2013.

Sans surprise, le Barça s'est présenté à Milan avec son équipe-type. Busquets, Xavi, Fabregas et Iniesta étaient associés dans l'entrejeu (Valdes - Alves, Piqué, Puyol, Alba - Busquets, Xavi, Fabregas - Iniesta, Messi, Pedro). Côté milanais, Massimiliano Allegri faisait lui aussi dans le classique avec un onze de départ organisé autour d'un milieu à trois composé de Montolivo, Ambrosini et Muntari. Devant, la ligne d'attaque occupait toute la largeur avec Boateng à droite, El-Shaarawy à gauche et Pazzini dans l'axe (Abbiati - Abate, Zapata, Mexès, Constant - Montolivo, Ambrosini, Muntari - Boateng, Pazzini, El-Shaarawy).

Un Milan à multiples visages

Comme prévu, les Barcelonais ont rapidement mis le pied sur le ballon. Première étape pour eux, franchir la ligne médiane et le premier rideau milanais avec. Pour rappel, la relance du Barça s'organise autour du trio défensif formé par Puyol, Busquets et Piqué, auquel vient s'ajouter un milieu de terrain (Xavi la plupart du temps) qui décroche à leur hauteur. Face à ce système à quatre têtes, les Milanais ont décidé de se concentrer sur les deux dernières (Xavi et Busquets), laissant la plupart du temps Piqué et Puyol sans adversaire. Positionné en pointe de l'organisation mise en place par Allegri, Pazzini s'opposait à Busquets. Son travail était complété par les sorties de Muntari (à sa gauche) et Montolivo (à sa droite), qui suivaient respectivement les décrochages de Xavi et Iniesta (ou Fabregas). Sur les côtés, Boateng et El-Shaarawy se déplaçaient eux en fonction des latéraux barcelonais. L'objectif premier était d'empêcher ces derniers de trouver des solutions à l'intérieur du terrain.

Cette organisation permettait au Milan de conserver deux joueurs pour protéger la défense centrale quelles que soient les situations proposées par le Barça. Exemple 1 : si Xavi décrochait dans la zone de Pazzini, Muntari le suivait et laissait le duo Montolivo-Ambrosini en couverture. Exemple 2 : si Iniesta ou Fabregas décrochaient côté gauche, Montolivo sortait à son tour et le duo Ambrosini-Muntari assurait la protection de la défense. Avec ces deux joueurs, le Milan pouvait contrôler les déplacements au coeur du jeu de Messi, Iniesta ou Fabregas tout en conservant deux joueurs pour gêner les lancements de jeu. Un système qui, bien que différent, se rapprochait  de l'organisation du Real Madrid lors du dernier Clasico.

Au lieu d'évoluer dans un véritable 4-2-3-1 comme les Madrilènes, les Milanais avaient fait le choix de se replier en 4-5-1 afin de limiter les possibilités pour Busquets, Piqué ou Xavi de briser la première ligne sur une passe. Avec trois joueurs dans l'axe (Montolivo, Muntari, Ambrosini), les chances de voir le premier rideau milanais percé en plein coeur étaient considérablement réduites. Cette densité dans l'axe a permis aux Rossoneri de laisser jouer Piqué et Puyol, économisant au passage les forces d'un Pazzini qui n'a quasiment pas eu à presser en phase défensive. C'est à partir du 4-5-1 que se mettait en place l'organisation précédemment décrite, concernant les sorties de Muntari et Montolivo en réponse aux déplacements des milieux barcelonais.

Un Milan intelligent avec le ballon

Le Barça a mis quelques minutes pour trouver la solution au milieu de terrain. Celle-ci s'est mise en place grâce aux décrochages "synchronisés" des milieux catalans. Lorsqu'ils revenaient en même temps à hauteur de Busquets, Xavi et Iniesta n'étaient plus suivis par Muntari ou Montolivo. Un comportement logique pour ces derniers, puisque l'objectif était avant tout de conserver au moins deux joueurs devant la défense centrale (Ambrosini et un soutien). Le Milan acceptait donc de reculer, laissant le Barça se heurter à ses trois milieux de terrain, toujours bien placés et présents sur les lignes de passes... Il ne restait alors plus que la solution individuelle mais, Iniesta excepté, les Catalans n'étaient pas particulièrement inspirés ce mercredi soir.

Bien regroupé dans ses 40 mètres, le bloc milanais se modifiait au gré des mouvements adverses. L'équipe pouvait passer du 4-4-2 au 6-3-1 en passant par le 4-5-1 en fonction des positions des latéraux et des milieux de terrain adverses. Un point commun à toutes les configurations : le superbe travail d'Ambrosini, qui s'est concentré sur la coupure des transmissions dans l'axe afin de protéger sa défense centrale. Le milieu défensif a livré un match exceptionnel, brisant les tentatives de combinaisons barcelonaises dans les 30 derniers mètres. On l'a notamment vu intervenir pour empêcher Iniesta ou Messi, partis depuis les couloirs, de trouver des relais dans l'axe après avoir attaqué et quasiment franchi le premier rideau milanais.

Evidemment, en défendant à 11 derrière, les Milanais pouvaient facilement subir le pressing adverse. Dans l'exercice, le Barça s'organisait sur deux lignes dans le camp milanais. En pointe, Messi et Fabregas étaient censés travailler face aux défenseurs centraux milanais (Mexès et Zapata). Derrière eux, Xavi suivait Ambrosini tandis que Iniesta et Pedro complétaient le travail en se positionnant dans les zones de Montolivo et Muntari. Derrière, Busquets était seul en couverture devant une défense qui devait composer avec Boateng, El-Shaarawy et Pazzini.

Mais devant, Messi et Fabregas n'ont que très rarement fait les efforts pour gêner la relance milanaise. Non-pressées, les premières passes envoyaient le jeu dans les couloirs où Abate et Constant se chargeaient ensuite de rechercher Boateng ou El-Shaarawy. Dominant Alba physiquement, Boateng a été le relais privilégié côté droit : avec Montolivo en soutien dans sa zone, ils cherchaient à envoyer rapidement le jeu côté opposé afin d'offrir des situations de un-contre-un à El-Shaarawy face à Daniel Alves ou de centrer directement dans la surface en espérant que Pazzini ou El-Shaarawy soient à la réception.

Une défaite du Barça

Au-delà de l'excellente prestation d'ensemble du collectif milanais, la contre-performance du Barça est aussi venu de son entêtement en phase offensive. Comme souvent, les Catalans ont insisté dans l'axe, comme si le jeu allait forcément finir par tourner en leur faveur s'ils conservaient les mêmes habitudes. Déjà évoquées précédemment, leurs actions sur les côtés n'ont servi qu'à faire reculer le bloc milanais pour tenter d'ouvrir des brèches dans l'axe.

A aucun moment, ils n'ont tenté de créer des décalages sur les ailes. Côté gauche, Fabregas, Iniesta et Alba ont pourtant souvent combiné. Mais ce triangle finissait toujours par ressortir le ballon du couloir pour revenir dans l'axe et retrouver la paire Xavi-Busquets. Côté droit, Pedro et Daniel Alves n'ont eux quasiment pas eu d'occasions de combiner puisqu'aucun "créateur" ne s'est aventuré assez longtemps dans leur zone. Positionné plus haut et évoluant sur la largeur, Fabregas semblait pouvoir être ce joueur au retour des vestiaires. Mais l'ancien Gunner s'est rapidement éteint et a finalement été le premier remplacé (par Sanchez, 62e).

Ce changement a permis au Barça de retrouver son 4-3-3 véritable, avec deux ailiers de rupture (Pedro, Sanchez) et le trio Xavi-Busquets-Iniesta dans l'axe. Restant au contact de Abate ou Zapata sur le côté gauche, le Chilien offrait un relais pour les projections de Alba ou Iniesta sur l'aile. Mais une nouvelle fois, ni l'un ni l'autre n'ont insisté à cet endroit. Replié dans son camp, le Milan AC offrait aussi une certaine liberté aux milieux de terrain barcelonais descendant à hauteur de Busquets. Xavi a attendu le dernier quart d'heure pour en profiter en tentant de trouver Sanchez ou Pedro par la voix des airs, évitant ainsi la densité du premier rideau milanais.

Le Milan évoluant assez bas pour bloquer la profondeur, le gabarit des deux hommes servi dos au but n'était pas un problème pour la défense milanaise. En revanche, la même connexion avec Piqué à la réception a été beaucoup plus difficile à contenir dans les arrêts de jeu. Finissant la partie en position de n°9, le défenseur barcelonais a immédiatement modifié le rapport de force, apportant sa présence dans la surface de réparation... mais il était beaucoup trop tard pour un Barça déjà mené 2-0.


Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti)  

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