Tennis - Les Français(es)

17/07/2008 - 12:30

Peyre, Gasquet et les cigales


Richard Gasquet va mieux. Il a disputé sa première finale de l'année à Stuttgart et a retrouvé ses sensations. Guillaume Peyre a trouvé les mots pour redonner une impulsion à la carrière du Biterrois, qui avait tendance à laisser traîner des points en route. Découvrez son nouvel entraîneur.

Un quart de finale au Queen's, un parcours intéressant à Wimbledon et une finale à Stuttgart, Richard Gasquet a retrouvé un rythme de N.15 mondial. C'est le premier constat que l'on peut faire, deux mois après son changement d'entraîneur. Le N.1 français a tourné une page de son histoire qui a duré près de quatre ans auprès d'Eric Deblicker. Avec Guillaume Peyre, il aborde un chapitre décisif de sa carrière. Jeune (34 ans), passionné, le nouveau coach du N.1 tricolore sort du cadre paternaliste dans lequel Richard Gasquet a grandi jusqu'à aujourd'hui. Un bouleversement nécessaire et un défi humain à la hauteur du talent du joueur et de la passion de l'entraîneur.

Quand Gaël Monfils n'hésite pas à faire valser les coaches au gré de ses choix de carrière, Richard Gasquet a connu à l'inverse une remarquable continuité. Chaperonné depuis toujours ou presque par la Fédération, il est passé de son père, Francis, qui l'a suivi de Sérignan à son arrivée chez les pros, à une figure paternelle en la personne d'Eric Deblicker, formateur émérite de la Fédération. Quatre ans plus tard, c'est un Peyre qui prend le relais. Et la nuance n'est pas que sonore (prononcez Peill-re). Guillaume Peyre n'est pas là pour bichonner le bijou du tennis français mais pour accélérer le rythme (des entraînements et des résultats). A Stuttgart, où "Richie" a atteint sa première finale de l'année, Guillaume faisait remarquer : "La semaine dernière, je l'ai fait bosser dur, et ce n'est pas une image".

Les cigales vont revenir musclées

Le discours a un peu changé. Il ne s'agit plus de mettre sur orbite un joueur attendu parmi les étoiles, mais de forcer une nature en délicatesse avec la pression atmosphérique exceptionnelle du tennis français. Eric Deblicker soulignait en partant la situation de Gasquet : "Il a gagné 5 tournois, participé au Masters, atteint la place de 7e mondial et joué une demi-finale à Wimbledon, mais il débute. Cela peut paraître paradoxal." C'est le genre de défi que Guillaume Peyre adore. Interrogé avant Roland-Garros, ce passionné intègre et discret nous avait expliqué sa prédilection pour les projets intenses, qui exigent un fort investissement humain.

Peyre semble idéalement placé pour aider Gasquet à franchir les nouveaux obstacles qui se dressent devant lui. Son discours ne s'embarrasse pas de rhétorique médiatique inutile et son ambition se moule dans le cadre du projet du joueur qu'il suit. Après avoir été confronté aux avis de tous les responsables de la planète tennis tricolore, guidé comme un missile, et concassé par les critiques au moindre dérapage, le Biterrois pourra trouver dans les conseils de l'Avignonnais l'assurance d'une voix humble et déterminée. Il ne sera pas seul, mais il ne tiendra qu'à lui d'aller chercher les victoires et la confiance en soi.

Toujours à Stuttgart, après la défaite de Gasquet devant Del Potro, Guillaume concluait avec lucidité : "Je suis déçu pour lui, toute la semaine il est allé au combat mais pas en finale . Je n'ai pas aimé comment il a donné le dernier break." Le boulot ne fait que commencer. Avec l'accent du Sud, les cigales ne chanteront peut-être pas tout l'été côté Gasquet mais elles reviendront musclées. Rendez-vous sur le circuit américain et surtout, à l'US Open.

DECOUVREZ L'INTERVIEW DE GUILLAUME PEYRE

Son parcours : "J'ai eu un parcours différent des coaches qui ont été joueurs de haut niveau. J'ai décroché mon meilleur classement, 1/6, à 21 ans. J'ai eu mon BE (Brevet d'Etat du 2e degré) en club. J'ai compris très tôt que j'avais la vocation d'être entraîneur, vers 17 ans. Au sein de la Ligue de Provence, à Avignon, j'étais responsable de certaines missions. C'est ainsi que j'ai détecté Gracia Radovanovic, que j'ai suivie de l'âge de 8 ans à 12 ans."

"J'ai travaillé notamment avec Gilbert Rouvier (CSD, Cadre technique du département du Vaucluse). J'adorais diriger les entraînements. On pouvait bosser jusqu'à 60h par semaine. Je ne faisais pas de cours pour adultes mais je restais plutôt avec les jeunes. C'était déjà une passion. A cette époque, nous avions eu des résultats convaincants avec les meilleurs régionaux."

"En 2001, j'ai rencontré Patrick Mouratoglou qui recherchait des coaches pour l'Académie qui s'appelait à l'époque Bob Bret. Le courant est bien passé, il cherchait des profils différents que celui du coach-ancien joueur habituel. A 20 ans, j'étais marié avec trois enfants et ce n'était pas un choix facile. Entraîner dans de telles conditions, c'était mon rêve... J'ai dit "OK, ça passe ou ça casse !"

"Je me suis occupé du jeune Suisse Stéphane Bohli, qui avait 19 ans et qui est passé avec moi de la 900e place ATP à la 300e. Puis de Marcos Baghdatis, qui était juniors et qui est entré dans le top 200 après avoir été champion du monde juniors. Ensuite, il y a eu une coupure. J'ai travaillé pour "Bob Bret" mais cette fois-ci en Tunisie, pendant huit mois. Puis je suis revenu avec Marcos, et il y a eu cette finale de Grand Chelem (Open d'Australie 2006). J'ai définitivement quitté l'Académie Mouratoglou au printemps 2007 pour intégrer le Team Lagardère. Xavier Moreau et Rémi Barbarin m'ont présenté le projet et j'ai été intégré. J'ai travaillé un temps avec Nicolas Devilder et Nicolas Mahut. Puis ce dernier a accepté de travailler en binôme avec Richard Gasquet quand on m'a proposé de le coacher. Nicolas, c'est un mec exceptionnel, qui a des valeurs et qui fait tout pour progresser."

Patrick Mouratoglou : "Je suis reconnaissant envers lui. Nous avons des convictions différentes et nous nous sommes séparés sur un désaccord mais je ne lui en veux pas."

Sa raison d'être d'entraîneur : "Ce qui m'anime ? Le travail et la passion. Le plaisir de l'effort. Il faut se montrer enthousiaste et avoir la "foi". Il y a des gens qui me disaient quand j'avais 16/17 ans : "Tu n'y arriveras jamais". J'évite ces gens-là. Tout est possible. Les valeurs qui m'intéressent : les valeurs sportives saines et humaines. Ce n'est pas pour l'argent. C'est pour que le joueur réalise son projet."

Les formateurs qui ont marqué son parcours : "Georges Deniau. J'aimais l'engagement qu'il mettait dans ses entraînements. Jean-François Blanco, le formateur par excellence."

>LA PAGE DE RICHARD GASQUET
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Eurosport - Propos recueillis par Julien CARRASCO
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