Finale de Coupe Davis - France-Australie - 1999, la France s'écrase sur le roc Philippoussis

1999, la France s'écrase sur le roc Philippoussis

Le 18/11/2014 à 13:09Mis à jour Le 19/11/2014 à 11:44

Suite de nos rétrospectives des finales de Coupe Davis disputées par la France. En 1999, Cédric Pioline est devenu un vrai leader. Mais à Nice, l'Australie peut compter sur un grand Mark Philippoussis. Il inflige à Pioline son unique défaite de la saison dans cette compétition. Le Français n'a plus que ses yeux pour pleurer.

  • LA FICHE DE LA FINALE

Australie bat France, 3-2
3-5 décembre 1999 - Nice – Terre battue indoor

Mark Philippoussis (AUS) bat Sébastien Grosjean (FRA) 6-4, 6-2, 6-4
Cédric Pioline (FRA) bat Lleyton Hewitt (AUS) 7-6, 7-6, 7-5
Woodforde/Woodbridge (AUS) battent Delaitre/Santoro (FRA) 2-6, 7-5, 6-2, 6-2
Mark Philippoussis (AUS) bat Cédric Pioline (FRA) 6-3, 5-7, 6-1, 6-2
Sébastien Grosjean (FRA) bat Lleyton Hewitt (AUS) 6-4, 6-3

  • LE CONTEXTE

C'est la première finale de l'Après-Guerre dans laquelle Yannick Noah n'est pas impliqué, comme joueur ou comme capitaine. C'est désormais Guy Forget qui tient les rênes. "Rookie" à ce poste, il emmène son équipe en finale dès sa première année au poste de capitaine, comme Noah huit ans avant lui. Cédric Pioline, lui, est toujours là. C'est plus que jamais son équipe. A 30 ans, il sort de la meilleure saison de sa carrière, qui l'a vu notamment atteindre les demi-finales à l'US Open. Surtout, il s'est enfin totalement épanoui en Coupe Davis. Avant cette finale, il a remporté ses six matches, portant à bout de bras l'équipe, notamment contre les Pays-Bas et le Brésil, avec des victoires sur des joueurs du Top 10, comme Michael Krajicek ou Gustavo Kuerten.

Coupe Davis 1999 Guy Forget Diaporama

Coupe Davis 1999 Guy Forget DiaporamaAFP

En revanche, il manque à cette équipe une certaine stabilité au poste de numéro deux. Sébastien Grosjean finit par s'imposer, mais il manque encore d'expérience. Le double est composé de Fabrice Santoro et Olivier Delaitre. Ils savent que leur rôle sera déterminant : depuis 1981, le vainqueur du double a toujours remporté la finale. En face, l'Australie, sans Patrick Rafter, s'appuie sur Mark Philippoussis et la petite merveille qui monte, Lleyton Hewitt. Sans oublier la plus grande paire de double de tous les temps, les Woody-Wood, Mark Woodforde et Todd Woodbridge. Bref, c'est solide. Mais les Français pensent avoir deux atouts : l'avantage de jouer à domicile et, plus encore, celui du choix de la surface. Ils optent pour la terre battue, plus parce qu'il s'agit du point faible adverse que de leur point fort.

  • LE DEROULEMENT DE LA FINALE

Dans l'ambiance électrique de l'Acropolis de Nice, Sébastien Grosjean est le premier à entrer en piste. Il parait d'un seul coup tout petit devant l'immensité de l'enjeu. Philippoussis n'est que de deux ans son aîné, mais il a un vécu nettement supérieur au très haut niveau. Le match tourne à la démonstration. Grosjean est balayé en trois petits sets. Dès lors, c'est clair : pour décrocher la timbale, la France devra compter sur Pioline et son double. Piol' assume son statut dans le deuxième match. Hewitt, très accrocheur et pénible à jouer, lui pose des problèmes, mais le numéro un tricolore remporte les deux premiers sets à l'arraché (7-6, 7-6). Dans la troisième manche, Pioline paraît cuit. Il est mené 5-1 et la perspective d'un match long fait peur à tout le monde. Mais au prix d'un gros effort mental et physique, il aligne six jeux de rang pour s'imposer en trois sets. Au cours de cette première journée, l'expérience a indéniablement payé.

Comme prévu, chacun pressent que le double sera déterminant. Individuellement, Olivier Delaitre et Fabrice Santoro sont de remarquables joueurs de double. Mais entre eux, l'alchimie est loin d'être parfaite. Tout le contraire de Woodforde et Woodbridge, atout maître de l'équipe australienne. La doublette tricolore ne fera illusion qu'un seul set, le premier. La perte de la deuxième manche (5-7) sonne l'hallali pour les Français. Menés 2-1, ils doivent remporter les deux derniers simples. Mais dès le quatrième match, Pioline tombe sur un très grand Philippoussis. Injouable, l'Australien lui inflige sa seule défaite de la saison en Coupe Davis. Le Français termine en larmes. Il n'a pourtant rien à se reprocher. Philippoussis, lui, vit sans doute le sommet de sa carrière.

TENNIS 1999 TENNIS 1999 Davis Cup France Australia Cedric Pioline

TENNIS 1999 TENNIS 1999 Davis Cup France Australia Cedric PiolineAFP

  • CE QUI A FAIT BASCULER LA RENCONTRE

Il y a trois raisons à la défaite française. Deux sont du ressort de l'équipe de Guy Forget. Le troisième facteur lui a échappé. Il s'appelle Mark Philippoussis. L'Australien, si souvent inconstant tout au long de sa carrière, a joué sur ces trois jours un tennis qu'il a rarement reproduit par la suite. Surtout sur terre battue. Concentré, imperturbable, il a donné l'impression d'être un roc insubmersible. "Sur ce week-end, Philippoussis est en surchauffe. Il a été énorme, j'avais un sentiment d'impuissance dans mon match contre lui", avoue Pioline. Plus tard, John Newcombe, le capitaine australien, aura cette analyse : "Si Mark avait joué à ce niveau durant toute sa carrière, il aura gagné plus de dix titres du Grand Chelem. Il a vraiment donné sa pleine mesure dans cette finale. C'était beau à voir."

Mais les Français ont aussi payé leurs propres carences. D'abord au niveau de l'état d'esprit. Même si rien ne filtrait officiellement, les tensions étaient palpables dans le groupe. Certaines inimitiés très fortes ont empêché les hommes de se souder. Mais en réalité, cette finale, les Bleus l'ont perdue avant même de la jouer. En optant pour la terre battue, ils ont creusé leur tombe. Certes, Philippoussis et Hewitt n'étaient pas adeptes de cette surface, mais le raisonnement valait également pour l'équipe de France. "Si j'ai un regret, c'est la surface, a confié Cédric Pioline après coup. Moi, je n'étais pas favorable à ce qu'on joue sur terre battue et je disais qu'il fallait jouer sur nos forces. Cette saison-là, j'avais mal joué sur terre et Sébastien avait bien joué sur dur. Je m'en veux un petit peu de ne pas avoir insisté plus que je ne l'ai fait. J'ai cédé."

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