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Finale France-Belgique : la victoire ou le fiasco

La victoire ou le fiasco

Le 19/09/2017 à 00:18

COUPE DAVIS – De retour en finale grâce en grande partie à un tableau ouvert dans les grandes largeurs, cette génération aura une occasion en or d'apposer enfin son nom au palmarès. La Belgique n'est pas une proie facile, mais elle est à la portée de cette équipe de France. Au vu des circonstances, un nouvel échec en finale serait perçu comme un gigantesque gâchis, et un échec majuscule.

Cette saison 2017 n'est plus à un paradoxe près. Elle a vu la reprise de pouvoir très autoritaire du tandem Nadal-Federer et, dans le même temps, l'émergence de joueurs de 18-20 ans, tels Alexander Zverev et Denis Shapovalov, comme on n'en avait plus vu depuis très longtemps. Après tout, il n'y avait pas de raisons que le tennis français échappe à ses propres contradictions. Alors que les ténors tricolores livrent à titre personnel leur pire campagne depuis des lustres, que pas un seul de ses membres ne figure aujourd'hui dans le Top 15 mondial, ce qui n'était plus arrivé depuis une paie, voilà que la Coupe Davis leur tend les bras. Comme jamais.

Disons-le clairement, si la France est aujourd'hui de retour en finale, trois ans après son cuisant échec lillois, elle le doit au moins autant aux circonstances qu'à ses propres mérites. Ces dernières années, la "Davis" avait bénéficié de l'implication successive de plusieurs figures majeures du circuit. Même si les défections n'ont jamais manqué au fil des éditions récentes, il y avait toujours un vainqueur en Grand Chelem (au moins) pour sauver la face. Juan Martin Del Potro l'an dernier, Andy Murray il y a deux ans ou la paire suisse Federer-Wawrinka en 2014. Cette année, rien. Mais alors rien de rien.

Groupe France et Noah - Coupe Davis 2017

Groupe France et Noah - Coupe Davis 2017Panoramic

En finale sans jouer un seul Top 40

Il suffit d'un nom, un seul, pour s'en convaincre : Daniel Evans. Voilà, sur le papier, le plus gros obstacle rencontré par l'équipe de France sur la route de la finale. Oui, vous avez bien lu : en trois tours, les Bleus n'ont pas eu à affronter un seul joueur du Top 40. Une vraie désertion, de la fin de l'hiver à la sortie de l'été. Le Japon sans Kei Nishikori, la Grande-Bretagne sans Andy Murray, la Serbie sans Novak Djokovic. Mais, même au-delà de ces trois cadors, même les seconds couteaux ont fait défaut durant cette campagne à l'heure de croiser la bande à Noah. A l'image de la Serbie qui, non contente d'être privée du Djoker, a dû également composer sans Troicki ou Tipsarevic.

Quoi qu'il arrive, cette campagne tricolore 2017 aura donc un côté historique, par la faiblesse de l'opposition rencontrée. Ce n'est pas la faute des Français. Ils ont pris ce qu'il y avait en face. En l'occurrence, les blessures, au moins autant que le désintérêt des meilleurs joueurs du circuit, a rendu leur tableau ouvert de façon presque caricaturale. Lors de leurs trois confrontations, ils ont fait le travail, plutôt bien, et avec un sérieux appréciable.

Cela aura été leur grand mérite car, ce week-end, ils avaient vraiment tout à perdre. Ils gagnent ? C'est normal. S'ils avaient perdu, c'eut été la curée. Et ça n'aurait pas forcément été volé car, même avec ses limites individuelles du moment, cette équipe, avec un Top 20, un joueur qui s'y trouvait encore il y a huit jours et un des meilleurs doubles du monde n'avait pas le droit de perdre à domicile contre cette Serbie-là. En quelque sorte, ils ne pouvaient pas sortir par le haut d'un tel match. C'était "vous avez fait le job mais on ne va quand même pas vous dire merci ou bravo" ou "vous êtes vraiment en-dessous de tout". En termes d'approche psychologique, on a fait plus agréable à gérer.

Maintenant, ou peut-être jamais

Le destin leur a fait une dernière fleur ce week-end, en leur proposant une finale contre la Belgique, à domicile, plutôt qu'un long déplacement à l'autre bout du monde pour défier l'Australie. Sportivement, l'affaire ne sera pas forcément plus simple. David Goffin est un vrai leader, Steve Darcis un vrai joueur de Coupe Davis, typiquement le genre de garçon apte à surpasser son classement quand il porte le maillot rouge, et la Belgique forme une véritable équipe. Reste que, comme l'a souligné Noah, c'est une finale "jouable".

Victimes d'un Djokovic en feu en 2010 et du tandem Federer-Wawrinka trop fort pour eux en 2014, ils ont cette fois des adversaires à leur mesure. Sur le papier, ils sont même un peu au-dessus, simples et double compris. Avec, en prime, l'avantage du terrain, ils ont une opportunité en or. Jamais la France n'a disputé une finale de Coupe Davis sans, en face, un ancien finaliste en Grand Chelem. Alors, s'ils n'y arrivent pas cette fois-ci, au vu de leur parcours, l'échec sera cuisant. Ils ne peuvent pas profiter d'un boulevard pareil. Tout le monde est prêt à leur tomber dessus. Tous. Ils le savent.

Mais ils ne joueront ni pour nous ni pour vous du 24 au 26 novembre. Ils joueront pour eux. Pour un Tsonga, un Mahut, un Monfils ou un Gasquet, les beaux lendemains deviennent plus qu'hypothétiques. Pour eux, c'est maintenant. Ou peut-être jamais. Pour eux, c'est la victoire. Ou le fiasco. Il n'y aura pas d'entre-deux.

France's player Jo-Wilfried Tsonga (R) hugs teammates as he celebrates after winning the Davis Cup World Group semi-final tennis match against Serbia at The Pierre Mauroy Stadium in Lille on September 17, 2017.

France's player Jo-Wilfried Tsonga (R) hugs teammates as he celebrates after winning the Davis Cup World Group semi-final tennis match against Serbia at The Pierre Mauroy Stadium in Lille on September 17, 2017.Getty Images

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