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Grand Chelem : Roger Federer reste le roi mais il a un tout nouveau dauphin

Federer reste le roi du Grand Chelem mais il a un nouveau dauphin...

Mis à jourLe 01/02/2016 à 20:14

Publiéle 01/02/2016 à 18:15

Mis à jourLe 01/02/2016 à 20:14

Publiéle 01/02/2016 à 18:15

Article de Laurent Vergne

Nous avons remis à jour le classement que nous avions effectué sur la seule base des résultats dans les tournois majeurs. Sans surprise, Roger Federer demeure plus que jamais le roi du Grand Chelem. Mais depuis dimanche, son dauphin s'appelle... Novak Djokovic.

Il y a six ans, histoire de nous amuser un peu, nous avions établi un classement à l'échelle de l'histoire des tournois du Grand Chelem. Avec un principe simple. Considérant que la "deuxième semaine" fait référence, nous avions attribué des points à chaque joueur à partir des huitièmes de finale, selon le barème suivant :

  • 1 point pour une défaite en huitième de finale
  • 2 points pour une défaite en quarts de finale
  • 4 points pour une défaite en demi-finale
  • 6 points pour une défaite en finale
  • 10 points pour une victoire finale

Il y a six ans, juste après l'Open d'Australie, que Roger Federer venait de remporter, le Suisse trônait en tête de ce classement avec 220 points. Il devançait alors Jimmy Connors, Pete Sampras et Ivan Lendl. A l'époque, Rafael Nadal totalisait 93 points. Il ne figurait même pas parmi les 25 premiers du classement. Novak Djokovic, lui, affichait 46 points au compteur. A peine de quoi flirter avec le Top 50 historique.

Le classement juste après l'Open d'Australie 2010

1. Roger Federer 220 points
2. Jimmy Connors 208 points
3. Pete Sampras 203 points
4. Ivan Lendl 202 points
5. Roy Emerson 201 points
6. Andre Agassi 192 points
7. Ken Rosewall 179 points
8. Rod Laver 162 points
9. Bjorn Borg 156 points
10. Bill Tilden 152 points

Roger Federer après son titre à Melbourne en 2010
Roger Federer après son titre à Melbourne en 2010 - AFP

6 ans et 24 tournois du Grand Chelem plus tard, la hiérarchie a sensiblement évolué, donnant toute la mesure de l'impact de la génération actuelle sur l'histoire du tennis. Oui, nous vivons une époque exceptionnelle. Bien évidemment, Federer est toujours intouchable. Avec sa demi-finale à l'Open d'Australie, il a dépassé les 300 points. 302 exactement. Il a creusé des écarts inouïs. Si l'on avait arrêté un tel classement fin 2002 après la retraite de Pete Sampras, les quatre premiers auraient tenu dans un mouchoir : 208 points pour Connors 203 pour Sampras, 202 pour Lendl, 201 pour Emerson. Aujourd'hui, Federer a mis ce trio à environ une centaine de points, ce qui est proprement hallucinant.

Mais la révolution ne s'arrête pas là. Fort de son exceptionnel parcours en Grand Chelem ces dernières saisons, Novak Djokovic s'impose comme le nouveau dauphin du roi. Sa dernière victoire en date à Melbourne vient de le faire passer à 212 points, soit, d'un coup, devant Lendl, Sampras et Connors. Il a aussi doublé un certain... Rafael Nadal (204 points). A ce jour, Roger Federer, Novak Djokovic et Rafael Nadal occupent donc trois des quatre premières places. Comme un saisissant témoignage de ce que sont en train d'accomplir les trois ténors depuis une grosse décennie. Ce trio-là (Federer, Djokovic, Nadal) n'a pas d'équivalent dans l'histoire du tennis. On le mesurera sans doute avec davantage de force encore quand ils seront tous à la retraite.

Le classement après l'Open d'Australie 2016

Total points Australie Roland-Garros Wimbledon US Open
1. Roger Federer 302 76 52 94 80
2. Novak Djokovic 212 67 38 51 56
3. Jimmy Connors 208 16 24 72 96
4. Rafael Nadal 204 35 93 39 37
5. Pete Sampras 203 39 10 77 77
6. Ivan Lendl 202 48 49 34 71
7. Roy Emerson 201 76 41 40 44
8. Andre Agassi 192 52 38 34 68
9. Ken Rosewall 179 64 27 36 52
10. Rod Laver 162 38 30 55 39

Il ne s'agit évidemment pas à travers ce classement de déterminer une hiérarchie des meilleurs joueurs de l'histoire, mais plus de dégager des tendances fortes. Les limites d'un tel classement tiennent évidemment aux aléas du tennis lui-même au fil des décennies. De la même manière que le nombre de titres en Grand Chelem constitue un élément comparatif insatisfaisant pour les grands champions qui ont effectué la totalité ou l'essentiel de leur carrière avant l'avènement de l'ère Open. Parce qu'ils passaient (presque) tous professionnels, les grands joueurs qui ont sévi avant 1968 ont un déficit en matière de grands tournois. Combien de titres aurait par exemple Rod Laver s'il n'avait pas zappé 21 majeurs consécutifs de 1963 à 1968 ?

Et que dire de Ken Rosewall ? Il est passé pro à 22 ans. Quand il a rejoué un Grand Chelem, en 1968, il en avait bientôt 34. Jetez un œil au palmarès de Federer, de Djokovic, de Connors ou de Sampras, et ôtez-leur tous leurs titres majeurs gagnés entre 22 et 34 ans. Que reste-t-il ? Rien, ou quasiment rien. Rosewall a gagné 8 fois le "French Pro" (disputé chaque année sur terre battue à Paris, et qui était l'équivalent de Roland-Garros pour les professionnels) entre 1958 et 1966, battant notamment Laver à quatre reprises en finale.

L'Australien a également gagné 5 fois le Wembley Pro et deux fois l'US Pro. Soit un total de 15 titres dans ce que l'on pouvait considérer comme le "Grand Chelem professionnel". Si Rosewall ne compte donc "que" 8 titres officiels du Grand Chelem, il aurait probablement avoisiné le record de Federer. A minima. Malgré ces longues parenthèses, Rosewall et Laver figurent aux 9e et 10e places de notre classement. C'est dire...

Rod Laver et Ken Rosewall
Rod Laver et Ken Rosewall - AFP

Au classement par tournoi, le boss c'est... Tilden !

Afin de tempérer l'impact de ces aléas historiques, on peut également établir un classement à la moyenne, en divisant le total de points par le nombre de tournois joués. Novak Djokovic (4,71) passe alors devant Roger Federer (4,51) tout comme Rafael Nadal (4,63). Mais ce trio reste tout de même dans le Top 5, aux 3e, 4e et 5e places. Qui se retrouve devant eux ? Bjorn Borg, 2e avec 5,78 points par tournoi et… Bill Tilden, intouchable avec 6,60 points ! Le géant américain des années 1920 possède un ratio de performance inégalable avant son passage chez les pros : il a joué 23 tournois du Grand Chelem, pour 10 victoires, 5 finales et 5 demies. Il a donc figuré dans le dernier carré 20 fois sur 23. Injouable...

Le ratio par tournoi favorise évidemment un Borg, parti à la retraite au sommet de son art sans avoir eu le temps de décliner, et pénalise à l'inverse les joueurs à la forte longévité, comme Connors, Federer ou Rosewall, qui ont obtenu (ou obtiennent) leurs "moins bons résultats" dans leurs dernières années. Ainsi, après sa dernière victoire en Grand Chelem, à Wimbledon, en 2012, Federer affichait une moyenne de 5 points par tournoi. Mais encore une fois, qu'on prenne le problème par tous les bouts, peu importe : Federer, Djokovic et Nadal sont en train de laisser une empreinte exceptionnelle et tout à fait originale.

Djokovic, Federer et Nadal
Djokovic, Federer et Nadal - Eurosport
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