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Et si Roger Federer redevenait numéro un mondial ?

Et si Federer redevenait numéro un mondial ?

Le 20/03/2017 à 14:01

ATP - Open d'Australie. Indian Wells. Les deux premiers rendez-vous majuscules de l'année 2017 ont accouché d'un même scénario: un triomphe de Roger Federer et une déconfiture d'Andy Murray et Novak Djokovic. Le Suisse est parti au galop quand les deux hommes qui se partagent le pouvoir depuis des mois tournent au ralenti. La question d'un retour de Federer au sommet va vite cesser d'être absurde.

Voilà une question bien saugrenue qui aurait légitimement prêté au fou rire il y a encore trois mois. Roger Federer, numéro un mondial ? A la veille du coup d'envoi de l'Open d'Australie, le Suisse pointait au 17e rang. Son moins bon classement depuis l'adolescence. Il avait 19 ans la dernière fois qu'il s'était retrouvé aussi bas dans la hiérarchie. Ici-même, nous avions évoqué ce qui l'attendait en cas de défaite contre Tomas Berdych au troisième tour à Melbourne : une sortie du Top 30. C'est peu dire qu'aujourd'hui Federer n'a plus besoin de regarder dans le rétro.

Vainqueur de l'Open d'Australie puis à Indian Wells dimanche, le Bâlois a mis dans sa besace les deux premiers grands rendez-vous de l'année. Ce lundi, le revoilà déjà au 6e rang mondial. Kei Nishikori et Milos Raonic, ses prochaines cibles, ont respectivement 175 et 425 points de marge sur lui. Autant dire rien. Le podium n'est plus si loin. Evidemment, Andy Murray et Novak Djokovic paraissent, eux, encore à des années-lumière. Mais le classement de référence, établi sur les 52 dernières semaines, ne dit rien de ce que Federer est en train d'accomplir. Car en deux mois et demi, il a déjà comblé près d'un tiers de son débours sur Murray, l'actuel numéro un mondial.

La flambée de l'un, la sécheresse des autres

L'échantillon 2017 reste certes maigrichon. Un Grand Chelem, un Masters 1000... Mais en dominant l'un et l'autre, Federer s'est mis dans une position plus qu'intéressante. Sur l'année 2017, il affiche déjà 3045 points. C'est exactement, au point près, le total cumulé de ses deux plus proches poursuivants, Rafael Nadal (1635) et Stan Wawrinka (1410).

Mais le plus intéressant pour lui, c'est que, dans le même temps, Murray et Djokovic patinent. Ils ont certes remporté un titre chacun cette année (Dubaï pour l'Ecossais, Doha pour le Serbe), mais leur bilan famélique dans les deux principaux tournois de 2017 les pénalise fortement. Résultat, Murray est déjà relégué à plus de 2200 points, soit plus que l'équivalent d'un Grand Chelem, et Djokovic à plus de 2500 points. La flambée de l'un et la sécheresse des autres offre un cocktail (d)étonnant qui, à terme, pourrait bouleverser considérablement la donne.

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D'autant que ni Djokovic ni Murray ne seront à Miami, où Federer pourrait donc encore pousser son avantage. Et ce n'est pas tout. Le Suisse, privilège du pain noir de son année 2016 presque blanche, va pouvoir s'avancer sereinement vers la suite des opérations en termes de classement. Que lui reste-t-il à défendre ? Les 720 points de sa demi-finale à Wimbledon. Un quart de finale à Monte-Carlo, une demie à Halle et c'est à peu près tout. 1170 points en tout et pour tout jusqu'à début juillet. Puis plus rien. A titre de comparaison, Murray doit encore remettre plus 11000 points sur le tapis d'ici la fin de l'année. 10 fois plus que Federer. 10 fois plus...

Son physique, le préalable

Tout parait invraisemblable en ce début d'année. Le retour de flamme (à ce point en tout cas) de Federer, comme l'effritement (dans de telles proportions) du tandem serbo-britannique, qui avait copieusement dominé les débats en 2016. Bien entendu, tout peut encore changer. Si la saison de tennis était une semaine, nous serions à peine mardi matin. "Je comprends qu’on me parle de ça avec les difficultés de Novak et Andy et je vais faire de mon mieux. Mais là, je viens de gagner mon 90e titre, je vais déjà essayer de savourer ça", a-t-il prudemment avancé dimanche.

Pour que l'hypothèse d'une reprise du pouvoir de Federer gagne en crédibilité, il va d'abord lui falloir tenir la distance physiquement. "J'espère que mon corps va me permettre de jouer encore longtemps à ce niveau", a-t-il soufflé sur le court dimanche soir après la finale. A son âge, et compte tenu de ses récents problèmes, c'est le facteur le plus essentiel, et le plus indécis. Il conditionnera tout le reste.

Roger Federer à Indian Wells.

Roger Federer à Indian Wells.AFP

Car la quête du trône exige de briller sur la durée. Sur dix semaines et trois tournois, c'est une chose. Sur huit ou dix mois, voilà une autre affaire. Il lui faudra aussi continuer à gagner des grands titres. Peut-être un autre Grand Chelem, encore que Murray a prouvé que ce n'était pas indispensable. D'autres Masters 1000, a minima. Si le physique suit, chacun a bien compris à travers ce que nous venons de vivre de Melbourne à Indian Wells, que la chose n'avait rien d'impossible.

Le long tunnel terrien, une plaie pour Federer ?

L'autre grande question sera celle de son calendrier. Après Miami, la saison sur terre s'amorcera. Un long tunnel de plus de deux mois qui, a priori, ne lui sera guère favorable. Combien d'impasses fera le Suisse ? Sur les trois Masters 1000 terriens, où le verra-t-on ? Quid de Roland-Garros ? Au moindre sifflement de son dos, de son genou ou de n'importe lequel de ses muscles, il se mettra sans doute en retrait. L'essentiel, pour lui, est de ne pas compromettre ses chances à Wimbledon ou l'US Open.

Mais s'il perçoit une ouverture, une possibilité de reconquête des sommets, résistera-t-il à la tentation de jouer un peu plus, y compris là où il ne l'avait pas forcément envisagé ? Il n'a eu de cesse de le répéter, le classement n'est plus son affaire. Il ne joue plus pour ça. 10e, 17e, 13e, 6e, 4e, quelle importance ? En revanche, 1er... Cet horizon-là peut-il modifier sa vision des choses ? Car redevenir numéro un mondial à 36 ans (il les aura sans doute, si cela doit se produire), cinq ans après avoir quitté le trône pour la dernière fois, ce serait clairement une autre page d'histoire.

Reste que tout ne dépendra pas que de lui. Andy Murray et Novak Djokovic ont encore tout le temps de se refaire la cerise. Rafael Nadal, même dans des proportions moindres que Federer, a lui aussi engrangé en ce début de saison, et rien ne nous dit que la campagne terrienne ne virera pas à la razzia majorquine. Ce qui s'applique ici à Federer pourrait alors se dupliquer au cas Nadal.

On le voit. Il y a encore beaucoup de "si" dans cette affaire, laquelle soulève bien plus de questions qu'elle n'offre de réponses. Mais c'est une réalité : le scénario improbable des dernières semaines remet Federer sur les rails dans la course à la première place. Le simple fait de ne plus pouvoir s'étouffer à l'énoncé de cette interrogation-là témoigne de ce qui est en train de se produire : un extravagant retournement de l'histoire.

Rafael Nadal et Roger Federer

Rafael Nadal et Roger FedererAFP

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