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Lassés de la domination de Djokovic ? Dommage, il n'y a aucune raison que ça change...

Lassés de la domination de Djokovic ? Dommage, il n'y a aucune raison que ça change...

Mis à jourLe 18/01/2016 à 16:42

Publiéle 18/01/2016 à 16:36

Mis à jourLe 18/01/2016 à 16:42

Publiéle 18/01/2016 à 16:36

Article de Laurent Vergne

OPEN D'AUSTRALIE - Quasiment intouchable l'an dernier, Novak Djokovic a placé le circuit sous sa coupe. Sauf blessure, il serait surprenant qu'il ne prolonge pas son hégémonie en 2016.

Un amical conseil : si vous n'avez pas aimé la saison 2015, passez votre chemin. Ou préparez-vous à souffrir, car 2016 a toutes les chances de ressembler comme une jumelle à sa devancière. La dernière campagne a été survolée par Novak Djokovic. Peut-être même comme jamais un joueur n'a dominé le circuit ces 40 dernières années. Il y a eu, au gré des époques, des champions isolés au sommet du tennis, de Borg à Federer, de Lendl à Nadal, de McEnroe à Sampras. A tour de rôle, tous (parmi d'autres) ont mis le circuit sous leur coupe.

Mais il n'est pas interdit de penser que la suprématie actuelle du Serbe est la plus nette de l'ère moderne. Pour ne la comparer qu'aux périodes de domination récentes de Federer et Nadal. Le Suisse, même dans ses plus grandes années, a dû composer avec un Nadal omnipotent sur terre battue et menaçant ailleurs. L'Espagnol, à son sommet, avait Federer et Djokovic sur sa route. Depuis plusieurs mois, Djokovic, lui, n'a plus réellement d'adversaire à sa mesure. Sur la durée, en tout cas.

Oui, il a Federer, Nadal, Murray ou Wawrinka à ses trousses. Mais aucun d'entre eux ne parvient à s'imposer comme une menace constante. Dans le même temps, le Djoker, lui, se maintient en permanence sur des cimes qui n'appartiennent qu'à lui. Pour résumer, son plancher, c'est le plafond des autres. Alors, de temps en temps, quand il touche son seuil minimal, et qu'il croise un rival au sommet de sa courbe (typiquement, le Djokovic-Wawrinka de la finale de Roland-Garros), il peut trébucher. Mais ses dauphins sont simplement interchangeables dans le rôle du poil à gratter ponctuel.

L'étreinte entre Wawrinka et Djokovic après le match
L'étreinte entre Wawrinka et Djokovic après le match - AFP

Très franchement, je ne vois que peu de raisons susceptibles de bouleverser cette hiérarchie. Pas à court terme, en tout cas. Pour que l'écart se resserre, il n'y a que deux solutions : un renforcement de l'adversité ou un tassement du numéro un mondial. Prenons la seconde hypothèse. On a déjà vu par le passé des sublimes mécaniques s'enrayer brutalement. Personne n'est à l'abri de rien. Mais je serai très surpris de voir Djokovic effectuer un pas en arrière en 2016. Physiquement et tennistiquement, il est au pic de sa carrière. Et je ne parle pas de sa confiance XXXXXXXXXXXXL.

Contrairement, à 2011, où il avait donné l'impression de marcher sur l'eau, d'être sur un nuage mais avec une forme de totale réussite dans tout ce qu'il entreprenait, il est cette fois beaucoup plus en contrôle. Rien, chez lui, ne fleure le sur-régime. Au contraire. Sur le court comme en dehors, le Serbe est dans l'absolue maîtrise de tout. Je le crois tout autant à l'abri d'un possible phénomène de lassitude. Sa personnalité dit le contraire. Il est constamment en quête de nouveaux horizons, de nouveaux défis. Chaque nouveau titre ouvre son appétit, sans jamais tarir sa soif.

Quant à la concurrence, elle ne parait pas avoir les armes pour se rapprocher sensiblement des standards actuels du numéro un mondial. Federer le bat de temps à autre, mais sur un format en trois sets gagnants, la dernière victoire du Suisse remonte à Wimbledon 2012. Son dernier sacre majeur, d'ailleurs. Murray a perdu 10 fois sur 11 contre Djokovic depuis deux ans.

Et Nadal ne l'a plus battu depuis un an et demi. Sur leurs cinq derniers duels, l'Espagnol a même été réduit au rang de sparring-partner, voire de punchingball : aucun set pris par Nadal et raclée sur raclée. Rafa va mieux, mais c'est un océan, pas une rivière, qui le sépare de Djokovic. Reste le cas Wawrinka. Peut-être le plus à même, sur un match, de poser sur la table des atouts suffisamment maitres pour provoquer une sortie de route serbe. Mais l'effet-loupe de la finale de Roland ne doit tromper personne : une défaite du Djoker contre Wawrinka reste exceptionnelle. Pour rappel, voilà le bilan du patron face à ses quatre principaux rivaux depuis l'été 2014, celui où il a remis la main sur le tennis mondial :

7-4 contre Federer
4-1 contre Wawrinka
5-0 contre Nadal
9-1 contre Murray

Roger Federer, finaliste malheureux de l'US Open 2015 face à Novak Djokovic.
Roger Federer, finaliste malheureux de l'US Open 2015 face à Novak Djokovic. - AFP

Au-delà de ces quatre joueurs, il parait déraisonnable d'imaginer une autre source de menace potentielle. Bien sûr, l'histoire du tennis regorge de révélations météoriques. Il était presque impossible de voir venir les avènements de Mats Wilander, Michael Chang ou Gustavo Kuerten à Roland-Garros, ou celui de Boris Becker à Wimbledon. Mais le tennis a changé. Gagner en Grand Chelem à 17 ans (ce qui était le cas de trois des quatre joueurs pré-cités), c'était rarissime. Alors que la moyenne d'âge du Top 10 flirte à présent avec la trentaine, c'est devenu impensable. Aujourd'hui, quand un jeune de 20 ans intègre le Top 30, c'est déjà bien. Pour rappel, aucun joueur du Top 15 n'a moins de 25 ans.

On a donc beau retourner le problème dans tous les sens, tout destine cette saison 2016 à être placée sous le joug de Novak Djokovic. Sauf si son corps venait à le trahir. Personne n'est à l'abri d'une blessure même si, en la matière, Nole a plutôt été épargné. Mais en dehors d'un aléa de ce type, le père Novak devrait encore dérouler.

Je n'irai pas jusqu'à dire, comme Mats Wilander sur ESPN, que "s'il gagne l'Open d'Australie, il gagnera les quatre". Il suffit d'un jour sans, d'un adversaire en fusion, pour mettre à terre le plus dominateur des joueurs. Djokovic affiche une constance sans égale mais, sur un match, en fonction du contexte, il peut se trouver fragilisé. Si, si, c'est possible. Wawrinka l'a prouvé. Kevin Anderson à Wimbledon n'avait pas été loin du compte non plus. A Flushing, il avait été presque quelconque pendant 10 jours, et si son tableau avait été plus complexe (il avait lâché un set à Bautista Agut et un autre à Lopez, s'agaçant à l'occasion), peut-être aurait-il été en danger.

Personne ne peut donc dire si le Serbe gagnera un, deux, trois ou quatre tournois majeurs cette année. Peut-être même n'ajoutera-t-il pas une 6e couronne australienne à sa collection. Mais je serais quand même surpris qu'il ne prolonge pas ce qu'il convient d'appeler, aujourd'hui, l'ère Djokovic.

Djokovic avec son 3e trophée à Wimbledon
Djokovic avec son 3e trophée à Wimbledon - Imago
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