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L'exclusion de Benoît Paire par la FFT : un grand flou éclairci en 4 questions

L'exclusion de Paire par la FFT : un grand flou éclairci en 4 questions

Le 10/08/2016 à 15:31

JO RIO 2016 - En excluant Benoît Paire, la FFT a voulu montrer son autorité envers ses représentants qui ne respecteraient pas ses règles. Mais entre un timing mal choisi et un joueur ingérable dès le départ, la Fédération Française ne peut que se mordre les doigts de ce nouveau dérapage incontrôlé du Français qui pouvait être prévisible. Retour sur cette sortie peu commune en quatre questions.

Comment Benoit Paire a-t-il fait pour se faire exclure de l’équipe de France ?

Mardi soir, nous avons donc appris que Benoît Paire était exclu de l’équipe de France, quelques minutes après son élimination au 2e tour du tournoi de simple messieurs par Fabio Fognini. Un cas rarissime. Une défaite qui tombait surtout à pic pour la délégation tricolore, qui a donc officialisé sa sanction vis-à-vis du Français. D’après le directeur technique national, Arnaud Di Pasquale, l’Avignonnais a manqué de respect aux règles protocolaires de la vie en communauté au sein du village olympique.

D’après les échos cariocas, il a préféré passer le plus clair de son temps avec ses proches, plutôt qu’avec le groupe France comme cela était souhaité et même imposé par le staff tricolore. Le DTN affirme avoir rappelé à l’ordre le Français à plusieurs reprises, celui-ci n’en a, a priori, pas tenu compte. Et le dernier avertissement non respecté a eu raison de la patience de Di Pasquale, qui a décidé de le renvoyer de l’équipe, après accord de son président Jean Gachassin.

Arnaud Di Pasquale : "Il est exclu pour manquements au règlement de vie mis en place par la Fédération. Il était connu par tous les joueurs avant de venir. On porte le maillot de l’équipe de France, on respecte le staff. On l’a très peu vu. Il a clairement fait sa vie. Il était inexistant, il n’était pas là. Il n’a pas tenu son engagement. Il a fallu le sanctionner de cette manière."

Arnaud Di Pasquale et Alexandra Fusai - FFT DTN - Rio 2016

Arnaud Di Pasquale et Alexandra Fusai - FFT DTN - Rio 2016Panoramic

Que signifie cette exclusion ?

Tout simplement qu’il quitte le village olympique et qu’il ne bénéficie plus du staff et de l’encadrement de l’équipe de France présents à Rio. En somme, qu’il se débrouille tout seul loin du site olympique le temps de la fin de la compétition. Les athlètes, même éliminés, sont d'habitude tolérés dans le village. Pour Paire, ce ne sera plus le cas. Et s’il était encore en lice, la Fédération aurait même pu le renvoyer chez lui au lieu de jouer les huitièmes de finale face à Andy Murray, s’il avait battu Fognini mardi.

Prenez l’exemple du gymnaste néerlandais Yuri Van Gelder, pourtant finaliste des anneaux en fin de semaine et même champion du monde en titre : il a été exclu pour "grave violation aux règles de l’équipe", après une virée nocturne non tolérée. Cela signifie également qu’une sélection en Coupe Davis serait aussi fortement compromise. Yannick Noah n’a encore jamais fait appel à lui pour le moment. Après cet épisode, il semble non-sélectionnable pour un bon moment.

Benoît Paire : "Je suis content de partir. J’ai un œil différent de ce qu’il se passe. Je garde mon avis pour moi, mais je suis très content de partir et d’aller à Cincinnati. La fédé, ils sont inexistants, donc ce n’est pas très grave. Je suis juste content d’avoir la personne que je voulais à mes côtés. C’était le plus important pour moi. Le reste, je m’en fous. Qu’ils soient là ou pas, ça ne change rien, je reproche beaucoup de choses à la fédération, après ce n’est pas grave."

Benoit Paire

Benoit PairePanoramic

Paire était-il obligé de venir ?

Non, bien sûr. Mais le Français a tout de même accepté de venir après le forfait de Richard Gasquet, blessé au dos. Le 6 juin, c’était lui le premier remplaçant au classement mondial ATP en qualité de cinquième meilleur français. Et non, Lucas Pouille, qui, aux yeux de la Fédération, aurait fait un bien meilleur représentant français. Mais l’adage voulait que la FFT propose à Paire d’abord. Et l’Avignonnais a accepté l’invitation… en traînant les pieds. C’est là où le bât blesse et là où le joueur est difficilement défendable : pourquoi a-t-il fait le voyage si, pour lui, ce n’était qu’un "entraînement" et non une compétition prestigieuse à jouer dans une carrière ?

Benoit Paire a eu les oreilles qui ont dû siffler ces dernières heures. Son manque de motivation avant de jouer à Rio avait déjà été suffisamment relayé pour comprendre que le Français n’était pas là pour se dépasser. Ses déclarations d’après-match suite à son élimination n’ont rien arrangé. Du haut de ses 27 ans, l’Avignonnais savait pourtant à quoi s’en tenir. Mais en le faisant venir, la FFT également. Elle n’a pas réussi à trouver le point de règlement qui aurait pu lui éviter ce psychodrame presque dessiné d’avance. Même la Coupe Davis, où il n’a jamais refusé de sélection faute d’avoir été appelé, ne lui est pas venue en aide. Mais Paire en aurait-il voulu vraiment à la Fédération de lui préférer Lucas Pouille ? La question est posée. La FFT, elle, s’en mord les doigts.

La FFT a-t-elle choisi le bon moment pour le sanctionner ?

C’est là aussi où le bât blesse. La sanction contre Benoît Paire a été prise lundi et signifiée au Français dans la foulée, la veille de son match face à Fognini. La FFT aurait pu l’empêcher de jouer cette rencontre, mais n’a pas osé le faire. Et l’annonce de son exclusion, officialisée tout de suite après l’élimination du Français, n’a pas été réalisée dans le timing opportun. A vrai dire, cela a même créé plus de confusion qu’autre chose : pourquoi exclure un joueur qui vient de sortir de la compétition ? Même son président Jean Gachassin a été surpris... La Fédération a juste choisi de montrer son autorité, même à contretemps, face à ce qu’elle juge être un manque de respect envers ses règles. Mais le sanctionner en le sortant de la compétition avant son match aurait été un geste bien plus fort.

Benoît Paire ne sera sans doute pas le seul à subir la foudre de la FFT. Arnaud Di Pasquale a souligné qu’une sanction serait également prise envers Kristina Mladenovic, qui a fustigé la même Fédération pour son absence de connaissance du règlement sur les tenues de ses athlètes alignés en double. Une sortie qui avait déjà marqué les esprits et qui avait déjà souligné un problème de rébellion manifeste de ses représentants. La Française, elle, n’a pas été exclue et poursuit la compétition en double mixte… là où une chance de médaille est toujours possible. Ramener une breloque serait sans doute la meilleure manière d’atténuer les tensions et faire oublier que les JO de Rio ressemblent de plus en plus à un sacré cauchemar.

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