"Roger, plus possible !"

Le quotidien suisse Le Matin a eu accès à la mère de Roger Federer, Lynette, qui lui a détaillé son travail pour la fondation de son fils, mais aussi quelques-unes des étapes-clefs de la construction du meilleur joueur de tous les temps. C'est un témoignage rare, touchant et instructif.

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C'est d'elle, d'origine sud-africaine, que Roger Federer tient "son caractère easy going". "Cela vient vraiment de mon côté, de l’Afrique, déclare Lynette Federer au quotidien suisse Le Matin. Et l’aspect discipliné lui vient de son père. C’est ce qu’il dit." Alors que tout ou presque a été dit ou écrit sur le plus grand joueur de tous les temps, le journal de Lausanne a eu accès, lundi, à celle qui parlera forcément le mieux de lui, celle qui l'a mise au monde le 8 août 1981. Lynette Federer n'est pas seulement une supportrice régulière des exploits de son fils. Elle fait partie de sa galaxie professionnelle en consacrant une bonne partie de son temps à la fondation du joueur. "L’objectif de la fondation est de permettre aux enfants défavorisés d’accéder à une éducation de qualité afin qu’ils puissent façonner leur avenir, dit-elle. Je suis très fière de pouvoir dire que nous avons commencé auprès de 200 enfants et qu’aujourd’hui, ils sont plus de 10 000 à bénéficier de notre soutien."
Lynette Federer se souvient parfaitement du moment où Roger lui a expliqué vouloir passer une partie de sa fortune (plus de 67 millions de dollars sur le circuit depuis le début de sa carrière) dans le soutien à l'enfance défavorisée. "Son envie est née courant 2003. Cette année-là, il jouait très bien et commençait à gagner beaucoup d’argent. Il m’a dit: 'Maman, je suis très chanceux alors j’aimerais donner un peu en retour.' Je lui ai répondu que pour cela, il lui 'suffisait' de créer sa propre fondation." Quelques années plus tôt, aurait-elle parié sur un destin aussi grandiose pour son rejeton ? Probablement pas, à lire son témoignage sur l'évolution mentale du joueur suisse entre ses années juniors et son début de carrière professionnelle."Je ne vois pas Roger comme un modèle"
"Quand il était tout petit, dit-elle, les gens nous disaient à quel point il était talentueux. Mais il était également doué pour le foot, pour le tennis de table, pour le squash. En fait, peu importe la balle qu’il avait dans les mains, il en faisait quelque chose de bien. Mais le talent seul ne mène pas au succès. (...) Avec Roger, ce qui était incroyable c’est que tout en étant très ambitieux pour sa carrière, il restait un enfant qui aimait avant tout l’aspect ludique du sport (...) et lorsqu’il fut assez mature pour comprendre pourquoi il était nécessaire de travailler son don, cela est devenu un immense plaisir." Plus loin, Lynette Federer raconte : "Quand j’avais roulé une heure depuis Bâle pour aller le voir jouer et qu’il réalisait un magnifique premier set, avant de changer complètement de comportement dans le second, où l’on avait alors l’impression qu’il n’en avait juste rien à faire, qu’il ne jouait pas. Et dans le troisième set, lorsqu’il réalisait qu’il devait gagner ce match car il était meilleur, c’était trop tard, il avait perdu. Sur le chemin du retour, je lui disais: 'Roger, je suis désolée. Je travaille et je ne peux pas accepter de faire une heure de route pour venir à ces tournois et te voir te comporter ainsi, ne pas donner le meilleur de toi. Là, tu dis à ton adversaire: 'Hey! Je te demande de me battre, tu peux me battre.'' Mon mari et moi avons continué de le lui répéter jusqu’à ce que le déclic se fasse. Jusqu’à ce qu’il comprenne que plus il serait calme sur le court, mieux il jouerait. C’est comme on doit répéter des centaines de fois à un enfant de se brosser les dents avant qu’il ne réalise lui-même que c’est une bonne chose de le faire."
Grand-mère des jumelles de Roger Federer et de deux autres jumeaux, nés de la soeur du tennisman, madame Federer assure que "ce n’est pas un problème" de partager son fils avec le reste du monde, même si elle dit recevoir des courriers des personnes certifiant que Roger leur a "sauvé la vie". "Ce qui m’importe, c’est qu’il soit heureux, en santé, qu’il ait du plaisir à jouer et soit un bon père de famille. En tant que parents, vous n’avez pas besoin de voir votre enfant sur scène, sur un court central, ou enfiler une blouse de médecin pour être fiers de lui. Personnellement, je ne vois pas Roger comme un modèle. Il est mon fils et s’il vient à la maison demain, je peux toujours lui dire: 'Assieds-toi correctement'. Il va rire, mais je resterais sa mère jusqu’à ma mort, alors j’aurais toujours ce privilège…"
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