Djokovic, Nadal, Roland-Garros 2012 - AFP
 
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La guerre des nerfs


Par Eurosport
Dernière mise à jour Le 11/06/2012 à 11:12 -
Par Eurosport - Le 11/06/2012 à 11:12
Après une nuit forcément compliquée à gérer, Rafael Nadal et Novak Djokovic vont reprendre leur combat lundi en finale de Roland-Garros. Lequel des deux champions saura le mieux négocier cette attente? Djokovic avait le vent dans le dos dimanche soir. Il devra le porter encore deux sets...

Comment dort-on quand on est en plein milieu d'une finale de Grand Chelem? Pas très bien, probablement. Jouer une finale de Grand Chelem le lundi, en soi, ça n'a rien d'extraordinaire. Ces quatre dernières années, la finale du simple messieurs de l'US Open s'est d'ailleurs déroulée le lundi, les deux dernières impliquant d'ailleurs Rafael Nadal et Novak Djokovic. La difficulté n'est donc pas de jouer une finale le lundi, mais de la reprendre ce jour-là. Cette finale de Roland-Garros est en suspens, comme si elle retenait son souffle pendant toute une soirée, toute une nuit, toute une matinée. Le combat a déjà duré trois heures et un peu plus de trois sets. Pour l'Espagnol comme pour le Serbe, il va falloir éviter de gamberger, de trop réfléchir. "C'est sûr que c'est difficile pour eux psychologiquement de se dire ce soir qu'il faut se préparer pour rejouer la finale de Roland-Garros demain", admet Gilbert Ysern, le directeur du tournoi.

C'est probablement pour Nadal que la situation est la plus compliquée à gérer. Il a d'abord nettement dominé les débats dimanche. Quand il a réussi le break d'entrée de troisième set après avoir remporté les deux premiers, tout le monde se préparait à son septième triomphe parisien, synonyme de record. Novak Djokovic paraissait impuissant et passablement agacé. Tant que ce match a répondu à une forme de logique, Nadal l'a dominé, survolé même par moments, comme il avait survolé ses six premiers matches. Mais le Serbe possède décidément une capacité de réaction hors du commun qui n'appartient qu'à lui? A 2-0 Nadal dans le troisième set, qui aurait sérieusement pu imaginer que le numéro un mondial allait aligner huit jeux de suite pour inverser totalement la tendance? C'est pourtant ce qu'il a réussi à faire, en nous offrant un sidérant remake de L'Empire contre-attaque.

Pour Nadal, ce serait une catatsrophe

Incontestablement, l'arrêt définitif de la rencontre et le report à lundi après-midi sont une bonne affaire pour Nadal. Même s'il a stoppé l'hémorragie en gagnant son jeu de service juste avant l'interruption, il était en train de passer un sale quart d'heure. Il n'avait plus le contrôle du jeu et cette finale si longtemps à sa main était clairement en train de lui échapper. La question est maintenant de savoir si Djokovic peut prolonger son euphorie par-delà cette nuit de sommeil. Il n'a de toute façon plus le choix. Malgré son break d'avance dans le quatrième set, il est toujours mené dans ce match. Mais qu'a-t-il à perdre? Pas grand-chose. Dans ce tournoi, il revient déjà de nulle part après avoir sauvé quatre balles de match. Dans l'adversité, le Djoker semble trouver un confort difficilement explicable. Il a la foi de ceux qui ont survécu à une mort certaine et c'est encore le cas dans cette finale, quasiment perdue pour lui avant la révolte du troisième set.

A l'inverse, Rafael Nadal doit gérer un contexte plus délicat. Il n'a pas vraiment le vent en poupe, c'est peu de le dire. Il va devoir reprendre le fil de son jeu. Il est incontestable que le doute l'a pris d'assaut en fin de journée. Ce doute que seul Djokovic semble capable de faire germer en lui. Il va jouer beaucoup plus gros que son adversaire lundi. Une défaite, vu le scénario de la finale, serait catastrophique pour l'Espagnol. Lui qui a gagné 98% (!) de ses matches sur terre battue lorsqu'il a gagné le premier set, lui qui n'a perdu qu'une seule fois dans sa carrière après avoir mené deux sets zéro (toutes surfaces confondues), quand il n'avait encore que 18 ans, aurait du mal à se remettre d'un tel naufrage. Perdre une finale de Grand Chelem, qui plus est à Roland-Garros, serait dévastateur. A côté de cette pilule si amère, ses trois échecs successifs cumulés contre Djokovic, à Wimbledon, à l'US Open et à l'Open d'Australie, s'apparenteraient à une sucrerie.

Pour éviter cette catastrophe, le numéro deux mondial doit sans doute espérer retrouver des conditions de jeu un peu plus "normales" lundi. Dimanche, à l'exception de la première moitié du premier set, les deux joueurs ont joué sous une pluie continue. Le court comme les balles étaient gorgées d'eau et la situation n'a cessé d'empirer au fil des jeux et des minutes. Indéniablement, le tennis de Nadal a été plus impacté que celui de Djokovic, le lift dévastateur du Majorquin s'en trouvant largement neutralisé. Nadal doit remettre cette finale sur le chemin de la normalité. Alors la logique, sa logique, s'appliquera comme dans les deux premiers sets et il aura de bonnes chances de gagner ce match. Mais si Djokovic parvient à le transformer en une guerre des nerfs, avec son aptitude unique à semer le trouble chez son grand rival et en jouant avec ce public visiblement décidé à lui offrir son soutien, alors tout sera possible pour lui. En tout état de cause, l'entame sera déterminante. Chacun voudra imposer d'emblée un rapport de forces. Vu le contexte, ce n'est pas un match comme les autres que les deux joueurs vont se livrer. Il n'en est que plus indécis. Tant mieux.