"Le favori, c'est Rafa." Novak Djokovic n'avait pas encore quitté le court central après sa victoire contre Roger Federer vendredi, que le Serbe avait déjà annoncé la couleur pour dimanche. Malgré son statut de numéro un mondial, malgré ses quatre victoires lors des cinq dernières levées du Grand Chelem, malgré ses trois finales gagnées en quelques mois face à Rafael Nadal à Wimbledon, à l'US Open et en Australie, il s'avancera dans cette finale dans la peau de l'outsider. Presque sur la pointe des pieds. "Si on regarde les faits, incontestablement, il est le favori de ce match", insiste-t-il.
De sa part, c'est tout sauf une posture. Djokovic avance d'ailleurs des arguments, difficilement réfutables. "Il a dû perdre deux fois dans sa carrière dans un match au meilleur des cinq sets", rappelle-t-il, avant qu'un confrère lui précise qu'en réalité, Nadal n'a subi qu'une seule défaite dans ce contexte. "Ah, un seul? C'est encore pire alors", plaisante Nole, avant de rappeler son passé, plutôt son passif, ici, face au Majorquin: "J'ai joué trois fois contre lui à Roland-Garros et je n'ai jamais pris un set. Toutes les statistiques parlent pour lui." Certes, mais ces matches commencent à dater. "Je me sens différent aujourd'hui, confirme-t-il. Mais c'est ma première finale ici alors que lui a déjà gagné six fois. Franchement, si on est honnête, le favori, c'est lui."
Courier: "Nadal pose un problème presque insoluble sur cette surface"
A vrai dire, son opinion est loin d'être isolée. Au contraire. Difficile de trouver dans les allées de Roland-Garros quelqu'un qui soit convaincu du sacre de Novak Djokovic. Chez les joueurs, notamment. A commencer par les deux battus des demi-finales. "Pour moi, explique Roger Federer, Rafa va remporter ce tournoi. Il est largement favori." "On parle là de joueurs qui sont très forts, mais je pense quand même que Rafa va gagner, renchérit David Ferrer, pour qui Nadal est "pratiquement impossible à battre en ce moment sur terre." Et c'est presque toujours cette réponse qui revient dès que vous évoquez cette finale porte d'Auteuil. "J'ai vu Nadal jouer, glisse Mike Bryan, finaliste du double. Il est vraiment impressionnant. Je l'ai déjà vu très bien jouer sur terre, mais cette année, il est encore meilleur que ce que j'ai vu par le passé." "La manière dont Nadal frappe dans la balle en ce moment, c'est complètement dingue", ajoute son jumeau, Bob.
Chez les anciens, le constat est à peu près identique. Jim Courier, double vainqueur de Roland-Garros en 1991 et 1992, est un grand admirateur des deux joueurs. Après la pénible victoire de Djokovic contre Seppi en huitièmes de finale, il ne s'était pas montré inquiet une seconde. "Au contraire, c'est tout ce dont il avait besoin pour lancer son tournoi. Il ira en finale", avait-il pronostiqué. Mais face à Nadal... "Nadal pose un problème presque insoluble sur cette surface, juge l'ex-numéro un mondial. Je crois que jamais personne n'a autant dominé sur terre battue, même Borg à son époque. Novak peut gagner bien sûr, mais il aura besoin, d'une part, de faire le match de sa vie et, d'autre part, il faudra que Rafa soit un ton en-dessous de ce qu'il a montré depuis le début du tournoi." La combinaison de ces deux éléments rend la tâche du Serbe pour le moins complexe.
Pour autant, il ne s'avance pas en victime expiatoire. S'il est le premier à admettre que sa mission est difficile, le "Djoker" se dit persuadé de pouvoir renverser la montagne. "Je l'ai battu sur terre l'an dernier deux fois, coup sur coup, c'était incroyable, rappelle-t-il. Je peux y penser dimanche lorsque je serai sur le terrain. C'est une finale, alors attention. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Il est le favori, c'est vrai, si on regarde les faits, les statistiques dont je viens de parler. Je crois en moi-même, je crois que j'ai la possibilité de le battre." Et Nadal, que pense-t-il de tout ça? Samedi, invité à réagir aux déclarations de certains, notamment celles de Federer qui le désigne donc "largement favori", il préfère en sourire. "Je remercie Roger de la confiance qu'il a en moi. Mais je ne me sens pas comme il me décrit. On enlève 'largement' et puis on peut éventuellement laisser le mot favori." Même Nadal le dit. A demi-mots, bien sûr. Mais quand même.
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