Dans le sport, les chiffres ne font pas tout. Ils ne disent pas tout non plus. On peut même parfois leur faire dire tout et n'importe quoi. Mais eux mentent rarement. En battant Novak Djokovic en finale de Roland-Garros lundi, Rafael Nadal est devenu devant l'Histoire le Roi soleil de l'ocre. Le maitre des lieux. Terre, capitale Nadal. Avec ce septième sacre, il laisse tout le monde derrière lui, y compris le mythique Bjorn Borg, six fois vainqueur entre 1974 et 1981. Après l'avoir égalé l'an passé, Nadal se hisse désormais seul au-dessus du Suédois. Le Majorquin est le plus grand joueur ayant jamais évolué sur cette surface. Son record de victoires à Roland-Garros doit permettre de convaincre les derniers sceptiques à ce sujet.
Mais au-delà de Roland-Garros, le record de Nadal lui confère aussi une place spéciale désormais dans l'histoire de son sport, même si c'est à un degré moindre. Sept victoires dans un même tournoi du Grand Chelem, c'est en effet quelque chose d'exceptionnel. Jamais personne n'a fait mieux dans le tennis masculin. Margaret Court a remporté onze fois l'Open d'Australie, Martina Navratilova et Helen Wills Moody se sont imposés respectivement neuf fois et huit fois à Wimbledon, mais chez les hommes, sept victoires représentent un seuil pour l'instant infranchissable. Le champion de Manacor n'est que le sixième joueur de l'histoire à décrocher sept titres dans un tournoi majeur. Richard Sears, Bill Larned et Bill Tilden l'ont fait à l'US Open, tout comme William Renshaw à Wimbledon mais, à leur époque, le système du Challenge Round était en vigueur (le tenant du titre n'avait qu'un seul match, appelé Challenge Round, à jouer l'année suivante pour conserver son titre, face à un challenger issu d'un tableau à élimination directe), ce qui limite la portée de leur performance.
Le record de Federer en ligne de mire?
En réalité, depuis plus de 80 ans, un seul homme avait réussi un tel exploit: Pete Sampras à Wimbledon. Exactement comme Nadal, l'Américain s'était imposé sept fois en huit éditions entre 1993 et 2000). Mais là où le fait d'armes du numéro deux mondial est sans égal, c'est dans la vitesse à laquelle il l'a accompli. Il n'a eu besoin que de huit participations pour s'imposer sept fois. Sampras avait atteint ce cap à son douzième Wimbledon. Il était à un mois de son 29e anniversaire au soir de son septième titre londonien. Nadal a trois ans de moins. Surtout, il est loin d'avoir amorcé son déclin. Au contraire, sa marge sur ses principaux rivaux sur terre reste très importante. A l'avenir, pourquoi pas dès l'an prochain, il pourrait donc fort bien devenir le premier joueur à compter huit victoires dans un tournoi du Grand Chelem.
Si sa carrière s'arrêtait aujourd'hui, Rafael Nadal s'inscrirait d'ores et déjà parmi les champions les plus titrés du tennis. Mais il peut aller encore plus loin, encore plus haut. Si son corps le laisse tranquille, compte tenu de son talent et de sa détermination, il a encore quelques années pour affoler les compteurs. Ce Roland-Garros 2012 marque sa onzième victoire en Grand Chelem, comme Borg et Laver. Devant lui, il ne reste donc plus que Roy Emerson (12), Pete Sampras (14) et, bien sûr, Roger Federer (16). Pour espérer aller chercher le record du Suisse, il va toutefois devoir démontrer à nouveau sa capacité à gagner en dehors de Paris. Ce ne sera possible qu'à ce prix. Or lors des six derniers tournois majeurs, il s'est imposé à deux reprises, mais "seulement" à Roland-Garros. Ce sera, pour lui, un des enjeux majeurs des mois à venir, de Wimbledon à Melbourne en passant par l'US Open. Avec sept titres à Paris et quatre au cumul des quatre autres grands tournois, il reste d'abord, en partie injustement (il a tout de même gagné les quatre !), l'homme de Roland.



DPPI
























