Roland-Garros 2013 - Tsonga : "J'ai réalisé à quel point j'aimais le tennis"

Tsonga : "J'ai réalisé à quel point j'aimais le tennis"
Par Eurosport

Mis à jourLe 07/06/2013 à 10:10

Publiéle 06/06/2013 à 15:53

Mis à jourLe 07/06/2013 à 10:10

Publiéle 06/06/2013 à 15:53

Article de Eurosport

22e mondial il y a deux ans, Jo-Wilfried Tsonga est aujourd'hui aux portes de la finale de Roland-Garros. Retour sur 24 mois décisifs de la carrière du Manceau.

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Petit retour en arrière. Un peu plus de deux ans, exactement. Nous sommes au début du mois d'avril 2011. Jo-Wilfried Tsonga annonce sa séparation avec son entraineur, Eric Winogradsky. Le coach avec lequel il s'est révélé, explosant au firmament du tennis mondial en 2008, de la finale de l'Open d'Australie à sa victoire à Bercy. "Il voulait s'organiser autrement, il veut donner un autre visage à la suite de sa carrière", explique alors Wino. Tsonga, lui, se montre peu loquace. Il ne donne aucune justification à son choix. Beaucoup d'hypothèses vont circuler. Mardi, après sa victoire tonitruante contre Roger Federer, le Manceau s'est livré à ce sujet. Simplement. Ouvertement. La raison de son choix, à l'époque, n'avait en réalité rien à voir avec Winogradsky. Il n'était question que de lui.

Tsonga souffre alors de ce qu'on pourrait nommer le syndrome Agassi. Dans sa passionnante autobiographie, l'Américain avait expliqué les (très) hauts et les (très) bas de la première moitié de sa carrière par une forme de crise identitaire. On lui avait demandé de jouer au tennis. Mais il n'aimait pas ça. Il ne comprenait pas pourquoi il était sur un court, compte tenu de son absence de plaisir. Puis il a découvert qu'en réalité, il adorait ce sport, à condition de jouer pour lui. Résultat, à 35 ans, il était encore au sommet. Le cas de Tsonga est un peu différent. Il n'a pas été poussé comme Agassi. Mais à l'instar du Kid de Vegas, il s'est retrouvé à un certain moment confronté à une question aussi épineuse qu'essentielle: Pourquoi ? Pourquoi je fais ça ? Pour qui ? Pour moi ? Pour les autres ?

La solitude comme une absolue nécessité

Voilà pourquoi au printemps 2011, il a décidé de voler de ses propres ailes. "Il ne s'agissait pas de remplacer Eric. Si ça avait été le problème, j'aurais pris un autre entraineur. Mais je n'avais pas envie d'un autre entraîneur, j'avais envie d'être seul." Plus qu'envie, besoin. La solitude était devenue une absolue nécessité pour qu'il puisse savoir quelle orientation donner à sa carrière. "Je devais comprendre pourquoi je faisais tout ça, explique le numéro un français. Parfois, c'est dur d'avoir quelqu'un avec vous, derrière vous. Les gens attendent beaucoup de vous et vous ne savez pas si vous attendez les mêmes choses. Je ne savais plus trop si je vivais le tennis par procuration, pour répondre aux attentes des gens, ou si je le faisais vraiment pour moi."

Quand il quitte Winogradsky, Jo-Wilfried Tsonga traverse une période délicate. Il descend jusqu'à la 22e place à l'ATP avant Roland-Garros. Son plus mauvais classement depuis l'avant Open d'Australie 2008. Sa solitude est une prise de risque. Ça passe ou ça casse. Ça va passer. Haut la main. Six mois plus tard, Jo termine l'année à la 6e place mondiale. Il a battu Nadal au Queen's, atteint les demi-finales à Wimbledon (en sortant Federer), les quarts à l'US Open, la finale à Bercy et au Masters et remporté deux titres. Une exceptionnelle demi-moitié de saison. Le tout sans entraineur? Oui. Mais avec un plaisir décuplé. "Il fallait que je comprenne que ce que je fais, je le fais parce que j'aime le faire, analyse-t-il. J'ai réalisé à quel point j'aimais le tennis, à quel point je voulais progresser j'ai compris quels sacrifices j'étais prêt à faire." D'une certaine manière, Tsonga a donné au cours de ce second semestre 2011 un sens à sa présence sur le court. Le tennis de très haut niveau n'est pas qu'une question physique ou technique, mais bien d'engagement, de croyance et, donc, de plaisir. Rassurant, d'une certaine manière.

"Je crois que j'ai vraiment fait les bons choix"

Puis ce processus est arrivé à son terme. Tsonga a encore passé l'intégralité de la saison 2012 seul. Il a confirmé son statut de Top 10 mais globalement, il a stagné. A un haut niveau, certes, mais stagné quand même. Alors, pour des raisons tennistiques mais pas seulement tennistiques, il a jugé que l'heure était venue de travailler à nouveau avec un entraineur. "Au bout d'un moment, ça devient difficile de tout gérer tout seul. Une carrière, au quotidien, c'est compliqué. J'ai fait ça pendant un an et demi." Il a aussi compris qu'il avait besoin d'avancer à nouveau. Que sans coach, il n'irait pas plus haut qu'une fourchette située entre la 6e et la 10e place. Voilà pourquoi il est allé chercher Roger Rasheed. Pourquoi Rasheed ? "Parce qu'il possède une réelle passion pour le jeu", dit JWT.

Après six mois de collaboration, celle-ci apparait déjà fructueuse. Techniquement, Tsonga a accompli de réels progrès. Côté revers, par exemple. "C'était un coup moyen chez moi avant. Aujourd'hui, j'ai tellement plus confiance en lui". Jouer sur ce coup du Français, ce n'est plus nécessairement le neutraliser. Tsonga est capable de tenir l'échange et même d'accélérer. Mais c'est surtout physiquement que le Sarthois a franchi un cap. Dans ce domaine, il est en train de se hisser tout près du niveau du Big Four. Le choix de Rasheed, réputé pour l'intensité de ses entrainements, n'est évidemment pas anodin. Tsonga n'a pas digéré d'avoir explosé physiquement contre Djokovic l'an dernier en quarts de finale de Roland-Garros. Il a compris qu'il devait être capable de tenir quinze jours en Grand Chelem et, s'il le faut, quatre ou cinq heures sur un match. "Avec Roger, les entrainements sont durs mais ils sont variés, reprend-il. J'ai ce que je voulais."

En l'espace d'un an et demi, Jo-Wilfried Tsonga a probablement pris les deux décisions les plus importantes de sa carrière. "Je crois que j'ai vraiment fait les bons choix depuis 2011, se satisfait le numéro 8 mondial. Ce n'était pas forcément évident, il y avait une part de risque, mais quand on regarde où je suis aujourd'hui, il n'y a rien à regretter." En découvrant qu'il aimait profondément son métier, Tsonga a donné un sens à son ambition. En découvrant Roger Rasheed, il s'est peut-être offert les moyens de l'assouvir.

Reuters
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