Roland-Garros, un tournoi en trois questions

Roland-Garros, l'avenir en trois questions
Par Eurosport

Mis à jourLe 23/05/2013 à 22:52

Publiéle 22/05/2013 à 18:56

Mis à jourLe 23/05/2013 à 22:52

Publiéle 22/05/2013 à 18:56

Article de Eurosport

Surcoût, retards et guérilla judiciaire: l'extension du stade de Roland-Garros accumule les revers depuis deux ans. La FFT ne semble pas au bout de ses peines.

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Quand l'extension du stade va-t-elle être lancée pour de bon ?

Personne ne peut répondre à cette question précisément. Lorsque l'Assemblée générale de la FFT s'est massivement prononcée, le 13 février 2011, en faveur du maintien sur le site historique, battant en trois sets secs les dossiers de délocalisation à Gonesse, Versailles et Marne-la-Vallée, l'heure était aux superlatifs et à l'optimisme béat. Ces prévisions sont d'ores et déjà caduques. Prévue en 2016, la livraison du stade rénové, étendu de 8,5 à 12,5 hectares et doté d'un toit amovible sur le Central, a été reportée à 2017, puis à 2018, voire 2019 pour le Central.

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Le projet a subi un nouveau coup de frein le 1er mars dernier lorsque des associations de riverains et d'écologistes, rejoints par des élus UMP, ont obtenu du Tribunal administratif de Paris le rejet de la convention d'occupation signée avec la Mairie de Paris. Décision qui a fait l'objet d'un appel de la part de la Ville de Paris. Le coût initialement chiffré à 273 millions d'euros a, lui, été réévalué à la hausse (340 millions) dans un contexte économique tendu. D'autant que Roland-Garros, obligé de s'aligner sur les autres tournois du Grand Chelem, a augmenté sa dotation annuelle de trois millions d'euros. Il reste néanmoins le tournoi le moins rémunérateur des rendez-vous en Grand Chelem (22 millions d'euros de primes contre 26,5 à Wimbledon).

La réponse de Gilbert Ysern : "Nous avons signé une nouvelle convention d'occupation du domaine public avec la Mairie de Paris pour 50 ans. Nous sommes à nouveau occupants officiels. On est serein de ce point de vue. On continue d'avancer. On va déposer le permis de construire avant l'été qui prévoit l'extension sur les serres d'Auteuil et non la couverture partielle de l'autoroute, option proposée par les opposants. La Mairie de Paris nous a demandé une étude que l'on a commandée à un cabinet d'experts et on attend les conclusions mais on sait déjà que cela ne fonctionne pas en termes d'espace. Ce qui pourrait fonctionner, c'est une couverture plus ambitieuse, donc beaucoup plus chère. Notre projet est très beau. Il respecte totalement les serres de Formigé. Il ne touche qu'à une toute petite partie des serres, dans la partie sud-est, qui n'a aucune valeur architecturale et que nous proposons de rendre plus belle encore."

Sans travaux, quelles conséquences pour le tournoi ? Peut-il perdre son label de Grand Chelem ?

L'extension controversée, et contestée via de nombreuses procédures devant les tribunaux, du stade de la Porte d'Auteuil est la pierre angulaire de la croissance du tournoi. Son échec en signerait l'arrêt de mort. La menace, en tout cas, est brandie par les responsables de la fédération française de tennis (FFT) dont environ un tiers du chiffre d'affaires repose sur la réussite de la quinzaine (160 millions pour Roland-Garros, 500 pour la FFT). Tout, en effet, découle de la modernisation d'installations charmantes mais vétustes où les joueurs, aujourd'hui, sont beaucoup moins bien accueillis que dans la plupart des tournois Masters 1000 aux infrastructures plus récentes. Sans parler des spectateurs qui se pressent sur des sièges étriqués et dans des allées bondées.

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En faisant le choix de rester à Paris, la FFT a pris le risque de voir le fossé s'élargir avec les autres tournois du Grand Chelem. Même avec quatre hectares le plus, Roland-Garros restera plus petit que Wimbledon, l'Open d'Australie et l'US Open qui ne connaissent pas les mêmes freins à leur développement et annoncent tous des investissements importants. Dans certains cercles on murmure déjà que la France pourrait perdre son Grand Chelem au profit par exemple de Madrid. Un vieux serpent de mer qui paraît peu probable en l'état actuel. Mais qui met un peu plus la pression sur la FFT.

La réponse de Gilbert Ysern : "Il n'y a pas d'alternative. Le tournoi va dans le mur dans sa forme actuelle. Bientôt les joueurs ne voudront plus venir parce qu'ils seront mieux traités ailleurs. Le confort que l'on offre n'est plus à la hauteur. En première semaine, les joueurs sont confinés dans les vestiaires. Le stade est vital pour la survie du tournoi. C'est l'intérêt du tennis français mais c'est aussi l'intérêt de Paris. C'est un enjeu national. Une fois que l'on a identifié ce besoin, on le fait de manière respectueuse des lois et de l'environnement. Le site sera plus beau qu'avant. Si on ne réalise pas ces travaux, on ne perdra pas forcément le label Grand Chelem mais plus personne ne viendra."

L'arrivée d'Emirates comme nouveau sponsor changera-t-il quelque chose ?

Roland-Garros peaufine actuellement son image et sa réputation à défaut de ses locaux. A ce titre, l'arrivée d'Emirates, sponsor planétaire dans le domaine du sport aussi bien dans le tennis (ATP Tour et US Open) que dans le monde du football (où il est le sponsor maillot du PSG), est vue comme une bouffée d'oxygène. D'abord d'un point de vue financier : si ce tournoi dégage encore 50 millions d'euros de bénéfice dans sa forme actuelle, l'objectif est de gonfler encore la dotation globale des participants de 10 millions d'euros pour atteindre 32 millions en 2016. Et ce, d'autant plus que les autres sponsors (comme Peugeot, BNP Paribas, Perrier, SFR, Orange) commencent à tirer la langue. Ensuite en termes de rayonnement : à ce titre, la victoire de la Chinoise Na Li en 2011 a été une véritable aubaine que la FFT a exploitée dès l'année suivante pour mener une opération en Chine sur le thème de la terre battue.

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Sans les stars, que deviendraient les recettes de sponsoring et surtout de droits TV, déjà les plus faibles des quatre tournois majeurs? Avec quelque 60 millions d'euros de droits mondiaux par an (38% de ses revenus contre plus de 50% à Wimbledon), le "French" fait petite figure à côté de l'US Open qui vient de signer un contrat portant à 58 millions d'euros annuels ses seuls droits nationaux. En France, ils sont de 15,5 millions, encore détenus par le groupe France Télévisions, qui pourrait être menacé lors du prochain appel d'offres, en septembre. La FFT a en effet de grosses dépenses à assumer dans les années à venir avec son extension et a d'autres préoccupations que de laisser son joyau dans le service public, comme le lui demande le ministère des Sports.

La réponse de Gilbert Ysern : "Nos droits nationaux sont très peu valorisés. Il est fondamental de rester en gratuit. Mais pas forcément en totalité. (...) J'espère que l'on n'aura jamais besoin de "naming" (comme c'est déjà le cas pour le tournoi de Bercy, appelé le BNP Paribas Masters, NDLR). Le tournoi doit être géré dans la modernité sans renier notre histoire. Ce n'est pas un tournoi franco-français et avoir un partenariat qui donne une visibilité mondiale est important. La réputation, ça s'entretient, mais c'est une question de dosage parce que l'on ne renie pas nos valeurs, notre ADN. C'est pourquoi, aussi, on a voulu que le tournoi reste dans ce stade de la Porte d'Auteuil."

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